| L'@NGLE MORT | ||||||||
| Exploitation Luttes de classe | Démocratisme Radical Action Directe | Le Monde tel qu'il va | Question d'Orient | Théorie | ||||
|
|
Réflexions critiques sur le texte intitulé "Après Gênes" mercredi 13 novembre 2002, par Denis |
|
DANS LA MEME RUBRIQUE
|
Réflexions critiques sur le texte intitulé Après Gênes Le texte intitulé Après Gênes traite de ce que TC, à la suite d'Aufheben, appelle le "mouvement d'action directe" ("MAD"). Après Gênes condense un certain nombre de points importants de la théorie de TC : la théorie et son statut, la notion d'individu dans le capital et l'immédiateté du communisme, opposé à son immédiatisme. On en arrive, à travers ces thèmes, à toucher du doigt l'aporie théorique sur laquelle débouche au bout du compte la réflexion de TC : tout simplement la question de savoir quel est la nature, le sens, l'utilité de cette activité particulière qui consiste à élaborer une théorie qui soit une théorie du communisme. Et la réponse qui semble bien être : la théorie en général, et Théorie Communiste en particulier, n'apportent rien, sinon la satisfaction d'avoir su pénétrer les principes du monde. Théorie et conscience Après Gênes avance avec force l'idée que "la théorie n'est pas une forme de conscience". Tout le problème est de saisir ce que c'est que cette théorie qui n'est pas conscience. Le contexte n'est pas très éclairant, mais il semblerait que, d'une certaine manière, ce qui ne peut être dépassé dans la conscience seulement (l'aliénation) peut néanmoins être compris sans être dépassé dans la théorie. Mais en quoi cela ne pourrait-il être "compris mais non dépassé" dans la conscience également ? Qu'est-ce qui fonde, là, la différence entre conscience et théorie ? Ce qui gêne TC dans la notion de "conscience", c'est qu'elle renvoie plus ou moins à un sujet, tandis que la théorie, elle, parait s'en affranchir, et semble tournée uniquement vers le monde qu'elle décrit. La théorie, à la différence de la conscience, peut exister en dehors du rappel des conditions de son énonciation, et se poser comme pure connaissance. Il ne s'agit pas ici de faire dire aux textes de TC ce qu'ils ne disent pas : la théorie n'y est pas considérée comme un point de vue qui plane au-dessus du rapport contradictoire entre prolétariat et capital, et le considère de loin : elle a bien son origine dans la lutte des classes. Mais cette origine, la théorie la nie tout en la reconnaissant, puisqu'elle l'admet dans les termes même de la connaissance : que la théorie a son origine dans la lutte des classes, cela devient une vérité, parmi d'autre, de la théorie, et rien de plus. Dans cette vision, qui est celle de TC, la lutte des classes n'est plus responsable de la production de la théorie, elle est vue comme un moyen pour accéder à cette vérité qu'est la théorie. La théorie en se posant comme différente de la conscience se voit transcendée, si on veut, par son identité avec à la vérité : elle n'a plus à rendre de compte de son point de vue de départ, elle n'est plus une expression de la lutte des classes, elle est devenue absolue. C'est une Idée Platonicienne, c'est l'Esprit du Monde, c'est une Vérité Transcendantale. C'est en se fondant sur cette distinction qui fait donc de la théorie l'équivalent d'une science que TC peut rendre son verdict sur chaque mouvement, dont celui "d'action directe" : la science théorique démonte les "erreurs" du discours que tient le mouvement (sa conscience) et rend compte des erreurs de cette conscience par les conditions même de la lutte des classes. Cette méthode, préconisée et utilisée par TC, n'est pourtant jamais appliquée à la théorie communiste elle-même : qu'est-ce qui, dans les conditions actuelles de la lutte des classes, peut bien permettre à une théorie comme Théorie Communiste (il ne s'agit plus là de la théorie en général, mais bien des thèses défendues dans la revue) d'exister ? Malgré la tentative pour tenir la révolution par les deux bouts, celui de la résolution de la contradiction du capital, et celui du "dépassement produit", TC ne parvient pas à ne pas laisser échapper une des extrémités de la corde. La notion d'implication réciproque est un apport fondamental, il reste à présent à parvenir à ne jamais surestimer ni l'un, ni l'autre des deux pôles. La critique des thématiques du sujet, du désir et de la révolte entraîne TC à son corps défendant vers une minoration de ce que la revue a par ailleurs justement qualifié de "dépassement produit", et donc dans le même mouvement vers une hypostase du pôle capital dans le rapport contradictoire d'implication réciproque [1] Conscience et circonstances La révolution n'a pas pour préalable un changement dans l'ordre des consciences : l'exact opposé n'est pas plus vrai. La "transformation des circonstances" ne modèle pas la transformation des consciences comme le piston causal agissant sur la conséquence. Puisque la révolution est un "dépassement produit", c'est que conscience et circonstances se mêlent dans la "désobjectivation" du capital : qu'à l'effondrement réel des rapports objectivés du capital correspond la conscience des possibilités offertes par le dépassement du capitalisme, et oriente ainsi la communisation comme un processus pratique et théorique. Le rôle de la théorie, comme expression condensée d'une conscience qui, par ailleurs, s'exprimera sous mille formes dans une période révolutionnaire, se trouve ainsi confirmé, et il n'est pas égal à zéro : ni première, ni seconde, la théorie est tout simplement indissociable du processus dans son ensemble. La révolution est un processus dynamique où circonstances, pratique et retour réflexif sur cette pratique sont des éléments conjoints, les transformations réelles modifiant les conceptions que les hommes se font du monde, ces conceptions devenant la source de modifications nouvelles. Non pas le triomphe de la subjectivité, en effet, mais la désobjectivation et la désubjectivation comme processus imbriqués. L'individu du capital Force est donc d'admettre qu'il existe bien, dans ce qu'est l'individu dans le capital, les bases de son auto transformation, sans que les circonstances puissent être invoquées comme le deus ex machina qui changera instantanément cet individu du capital en individu immédiatement social. Le processus même de la révolution doit bien prendre en compte la réalité de sa gestation et de son déroulement. La réfutation salutaire de toutes les périodes de transition ne doit pas rendre an-historique la réalisation du dépassement du capital : la révolution est un évènement qui prend sa place dans l'histoire, au-delà de la conception abstraite que l'on en a nécessairement à l'heure actuelle. Le dépassement est le dénouement du rapport contradictoire entre prolétariat et capital, il est aussi (et "aussi" ne peut pas vouloir dire en même temps, mais qu'il s'agit de deux choses identiques, ou plutôt qu'il s'agit d'un seul et même processus, considéré sous ses deux aspects) dépassement produit par l'individu du capital dans sa capacité à se nier comme individu du capital, mais bien sûr nécessairement sur la base de ce qu'il est. Cela ne signifie pas que l'individu du capital a la possibilité de créer le communisme hic et nunc : certes, "seule la révolution permettra à la classe qui renverse l'autre de balayer toute la pourriture du vieux système qui lui colle à la peau et de devenir apte à fonder la société sur des bases nouvelles". Mais ce qui "rendra apte", la révolution, n'est pas un processus du capital seulement : c'est un processus du capital et du prolétariat dans leur implication réciproque. À défaut d'être "apte" au communisme, l'individu du capital devra au moins être apte au déclenchement du processus qui y mène, et cela ne se fait pas sans idées, sans projets, sans théories. Ainsi, si l'on admet le propos de TC lorsque cette revue affirme (TC 17) qu'il "faut en finir avec l'homme" (c'est-à-dire avec la notion de nature humaine, qui n'est qu'une "naturalisation" des caractéristiques de l'individu du capital), on comprendra également qu'on ne peut sous couvert de cette critique récuser en bloc, en les taxant "d'alternativistes", tous les mouvements de révolte plus ou moins organisés qui se manifestent dans le capital, tout simplement parce qu'aucune révolution ne commencera, qui ne sera le fait de l'individu du capital, donc de sa révolte. Le "mouvement d'action directe" est absolument dans le vrai lorsque son point de départ est une exigence immédiate du communisme sur la base de ce que les prolétaires sont ici et maintenant, sur la base de ce qu'est l'homme du capital, parce que tout simplement le refus de la transcroissance [2] impose qu'aucune révolution ne commence autrement (l'auto négation de ce qu'est cet individu ne pouvant intervenir comme un préalable pour la révolution, ce serait le retour de la conscience et du sujet). Immédiateté et immédiatisme L'immédiateté du communisme est une conséquence logique de la critique de la transcroissance des luttes, du programmatisme et de la notion de période de transition : c'est pourquoi cette thèse est partagée par le "mouvement d'action directe" et TC. Pour TC cependant, le "mouvement d'action directe" se caractériserait par son "immédiatisme", qui consiste à poser le communisme comme déjà présent (escamotant la révolution). "L'émeute telle qu'elle est pratiquée par les anarcho/bb est la confusion entre l'immédiateté du communisme et son immédiatisme" (Après Gênes p17). C'est ainsi que divisant en fait le prolétariat en deux (ceux qui se fondent sur leur humanité pour vivre l'immédiateté du communisme dans le cadre de la zone temporairement libérée par l'émeute, ceux qui restent prisonniers de l'aliénation du capital) le "mouvement d'action directe" en vient à se marginaliser, autonomisant ce qui est, par ailleurs, la dynamique de la lutte de classe dans ce cycle. Pourtant, la position attentiste (celle qui refuse toute action au motif que la situation ne conviendrait pas) n'est pas plus acceptable. "Attendre" revient forcément à mettre l'accent sur l'un des pôles de l'implication réciproque, celui du capital. Certes, la révolution se présente d'abord comme une crise généralisée du rapport social mais cette crise en tant que crise de l'implication réciproque est produite par les deux pôles. Le capital n'est pas moteur dans son déclenchement, le prolétariat non plus : c'est dans le cadre de leur implication réciproque qu'ils le sont l'un et l'autre. C'est qu'il n'existe aucune condition particulière pour anticiper le déclenchement de la révolution, car fixer ces conditions reviendrait à reconnaître au capital l'initiative de son commencement.. Tout ce qui concerne la production du dépassement, affaire d'actes des individus du capital, est à rattacher à la subjectivité, même si c'est celle d'un sujet voué à se désubjectiver en pratiquant la désobjectivation du capital : et il n'est évidemment pas question de parler de "conditions subjectives" , expression qui est une contradiction dans les termes. Il n'y a pas de conditions subjectives parce que si un sujet est conditionné, il n'est plus véritablement un sujet. Quand on parle de communisme, on parle donc nécessairement d'immédiateté, et ceci dans tous les sens que ce terme peut prendre.. C'est cependant une erreur des rédacteurs d'Après Gênes, que d'avoir pris ce refus de la médiation temporelle (le refus du "Il va falloir attendre" [3]) pour la marque d'un communisme déjà présent qui n'a plus besoin de la révolution. C'est bien plutôt la possibilité du changement révolutionnaire sans conditions préalables qu'il fallait retenir. Une frange du mouvement d'action directe sait très bien que la révolution n'a pas eu lieu et c'est pourquoi elle ne prétend pas créer le communisme dans l'instant. Comme le souligne TC, seule la véritable alternative, celle qui renonce à la révolution, peut prétendre vivre le communisme dès maintenant : mais c'est une erreur de penser que le MAD est dans son ensemble nécessairement conduit à cette position. C'est pour que cela reste clair et intelligible qu'il semble préférable de parler, plutôt que d'immédiateté du communisme, d'immédiateté du projet communiste. Le communisme est d'actualité, mais il l'est comme potentialité, non comme réalité concrète déjà effectuée. Cette clarification permet peut-être de distinguer, au sein du MAD, le bon grain communiste de l'ivraie alternative : l'un et l'autre apparaissent ainsi comme deux pôles opposés et non plus, comme nous le présente Après Gênes, l'alternative comme le destin contraint des malheureux révolutionnaires égarés dans le mouvement d'action direct. L'aire de l'immédiateté du projet communiste Il n'est pas question, dans ce bref survol de quelques réflexions critiques à propos du texte "Après Gênes", de donner une description précise de ce que l'on propose de nommer "aire de l'immédiateté du projet communiste". On se contentera d'en esquisser le positionnement théorique, laissant la charge à chacun d'en évaluer les contours. L'AIPC se définit par : Avec l'AIPC, on tient réellement la corde de l'implication réciproque par les deux bouts. Pour le pôle capital, la théorie comme connaissance sur la société du capital qui nous est offerte par notre position réciproquement impliquée avec lui pointe la possibilité réelle de son dépassement communiste : pour le pôle prolétariat, c'est le projet communiste qui est à même de cristalliser les éléments de la production désubjectivante du dépassement. Notons que la théorie joue un rôle essentiel, puisque ses positions expriment en même temps les potentialités ouvertes par le capital et le projet cristallisé par le prolétariat : il n'y a plus aucune dichotomie entre les deux pôles de l'implication réciproque. C'est arrivé au terme de ce rapide survol que l'on peut répondre à l'objection, qui ne manquera pas d'être soulevée, de "relativisme". Si la théorie n'est pas "la connaissance", mais l'expression d'une partie de la lutte des classes, alors pourquoi serait-elle plus "vraie" que les autres expressions de celle-ci (lesquelles sont marquées du sceau de l'appartenance au capital), ou encore même en quoi serait-elle plus valable que le point de vue capitaliste ? Mais il n'y a pas d'autre critère de la validité d'une théorie que sa sanction par la pratique. Si la théorie existe, et qu'elle est capable de parler de communisme dans un monde ou rien n'y fait penser, c'est qu'elle est liée à l'aire de l'immédiateté du projet communiste, c'est qu'il existe et a existé des prolétaires dont les pratiques de lutte ou de quotidienneté rendaient possible les conditions de l'émergence de la théorie communiste. Si la théorie communiste est vraie, c'est au sens ou elle pointe la possibilité du communisme comme dépassement du monde du capital, et le seul fait de pouvoir le faire dans le monde du capital témoigne de cette possibilité. Une possibilité n'est pas une réalité effective et de ce point de vue il faut bien admettre que la théorie, tout en étant un point de vue réel sur un monde réel ancré dans une pratique déjà existante qui la fonde, est peut-être aussi un point de vue sur un monde qui, éventuellement, n'existera jamais. [1] TC a souvent réfuté l'accusation la plus courante qui lui a été portée, celle d'être "objectiviste", en faisant remarquer que l'objectivation d'un rapport social qui est historique était un processus du capital lui-même et qu'en ce sens, la révolution était aussi "désobjectivation". Si la défense est subtile, elle ne permet pourtant pas de réfuter l'essentiel de ce que cette critique portait : à savoir l'existence chez TC d'un véritable déni du sujet, sensible dans cette conception de la théorie comme "connaissance" indépendante de "qui" connait [2] Il faut bien comprendre que le "mouvement d'action directe" refuse la transcroissance et que son immédiatisme découle directement de cette prise de position théorique. [3] Titre d'une brochure signée Dauvé et Nésic [4] M'en voudra-t-on d'ajouter AIPC à MAD et autres MPA ? |
|||
|
Denis |
|
|
|
|
|
![]() |
|
L'@NGLE MORT | PLAN DU SITE | Stats |