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LA MATÉRIELLE
Concept Préliminaire (la Matérielle)

mercredi 11 décembre 2002, par Christian Charrier


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L'Histoire comme un radeau

§ 1 - « Jusqu'alors l'homme se connaissait lui-même en se référant à un ordre objectif, indiscuté, tel le cosmos des Anciens ou l'univers théophanique du Moyen Age ; l'existence pouvait être secouée par les terreurs les plus profondes, mais elle n'était pas problématique : l'homme connaissait sa place naturelle dans un monde qu'ordonnait une présence souveraine. Or, avec la ruine de l'univers médiéval, ce n'est pas seulement la place de l'homme qui est devenue problématique mais l'idée même de l'univers s'est progressivement vidée de sa substance. La nouvelle "situation de l'homme dans le monde" est celle d'un être farouchement affranchi de tout, profondément isolé au sein d'un monde infiniment ouvert qui exclut tout sentiment de sympathie entre le moi pensant et les choses.
« It's all in pieces, all coherence gone [1], dit John Donne dans un poème qui porte le titre caractéristique Une anatomie du monde (1611). C'est encore cette douloureuse perte de la totalité qu'expriment les Pensées de Pascal. L'homme se sent comme un étranger dans cet univers construit par l'esprit qui calcule et qui mesure, mais qu'il ne peut plus penser comme un tout : "Nulle idée n'en approche". L'ordre naturel était jusqu'alors considéré comme un témoignage de Dieu, comme le signe le plus adéquat d'une Intelligence ordonnatrice du réel et dispensatrice de toute valeur. Désormais ce monde dont la signification reste toujours précaire et fragmentaire n'est plus en rapport avec les aspirations profondes de l'âme : les "sciences abstraites » de la nature « ne sont pas propres à l'homme", dit Pascal. C'est que l'univers est désormais "muet" : il ne parle plus au "cœur" ; aucune certitude ontologique n'émane plus du cours du monde. "Qu'est-ce que l'homme dans la nature ?" Ce cri de Pascal devant les solitudes glacées que n'organise plus le cosmos, exprime une expérience qu'aucune autre époque n'avait jusqu'alors considérée comme possible : les sciences exactes suscitaient un sentiment d'ignorance ontologique ou "existentielle" dont l'intensité allait s'avérer proportionnelle au savoir.
« Le mot de Rimbaud : "Nous ne sommes pas au monde" commençait à être vrai : incapable de trouver son support dans l'univers, l'homme se tourna vers l'histoire pour lui demander les réponses que le cosmos ou la révélation ne pouvaient plus lui donner. Dans l' "océan des doutes" cartésien Vico a vu l'histoire comme l'unique firmum et mansurum [2] auquel l'homme pouvait prétendre : œuvre d'une liberté se créant progressivement son contenu, seule réalité vraiment connaissable par l'homme parce que produite par lui, l'histoire devenait la seule façon humainement possible de concevoir la place "naturelle" de l'homme dans le monde, la seule totalité englobante pouvant encore servir d'horizon à la triomphante certitude de soi, le seul monde encore concevable après la suppression de la transcendance et la perte de la présence. Selon la profonde remarque de Marx, l'histoire reçut "la mission, une fois que l'au-delà de la vérité s'est évanoui, d'établir la vérité de l'ici-bas" : au Dieu "mort" ou "caché", à la nature "muette" ou inaudible, l'homme opposait ce fragment dérisoire du temps qu'il avait réussi à faire sien et dont il espérait tirer à la fois la vérité de son être et la norme de son action. Hegel en fera la vie même de l'Absolu. »

K. Papaioannou, in Hegel, La raison dans l'histoire, U.G.E. - 10/18, Paris, 1993, pp. 5-6-7.

Elle se fout de la contradiction et de la Fin de l'histoire

§ 2 - « [Dans ce livre - La Situation des classes laborieuses en Angleterre n.d.a.] l'histoire universelle se passait tout autrement que dans les schémas du Manifeste [Remarque § 32 bis].Tout y dépendait des conditions de vie (Lebensbedingungen) et de travail (Arbeitsbedingungen), faites aux exploités, tout y remontait à la grande dépossession de l'accumulation primitive qui avait jeté ces hommes à la maison brûlée dans les rues, et dans les bras des possesseurs locaux des moyens de production. Pas question de concept, de contradiction, de négation et de négativité, de primat des classes sur la lutte, du primat du négatif sur le positif. Mais une situation de fait, résultat de tout un processus historique imprévu mais nécessaire qui avait produit cette situation de fait : des exploités aux mains des exploiteurs. Quant à la lutte, elle était aussi le résultat d'une histoire factuelle. Ils s'étaient battus pour conserver leurs terres, on les avait battus pour les en déposséder, ils avaient perdus, ils s'étaient embauchés dans l'esclavage de la production et résistaient comme ils pouvaient (…).
« Que le chartisme fût défait est une autre histoire mais Engels tira lui aussi la leçon de ce qu'il avait pu observer (…) : qu'il y a bien une philosophie à l'œuvre dans l'histoire mais une philosophie sans philosophie, sans concepts ni contradiction et qu'elle agit au niveau de la nécessité des faits positifs et non au niveau du négatif ou des principes du concept, qu'elle se fout de la contradiction et de la Fin de l'histoire, qu'elle se fout même de la Révolution comme de la négativité du grand renversement, qu'elle est pratique, qu'en elle règne le primat de la pratique et de l'association des hommes sur la théorie et l'autonomie stirnérienne égoïste de l'individu, bref qu'il y a du vrai dans le Manifeste mais que tout y est faux car à l'envers, et que pour atteindre la vérité, il faut penser autrement. »

L. Althusser : Sur la pensée marxiste (1982), in Futur Anterieur, « Sur Althusser - Passages », éd. L'Harmattan, Paris 1993, p. 18.

CONCEPT PRELIMINAIRE

§ 3 - Le concept que je développe ci-dessous est un concept analytique au sens où il vise à rassembler et à articuler sous une appellation commune des réalités empiriques historiques, factuelles ou textuelles différentes - ce qui ne signifie pas qu'il soit neutre et dénué de tout parti pris théorique (nommer quelque chose c'est toujours l'identifier et donc le poser d'un certain point de vue exclusif de tous les autres), et surtout de celui qui consiste à refuser toute « scientificité » lorsque celle-ci se veut déduction de la réalité dans la multitude de ses déterminations à partir du concept le plus simple (ce que tente de faire Marx à partir du concept de « valeur » dans le Livre I du Capital - avec inconséquence - et qui est la « méthode » de la systématicité spéculative hégélienne).

« On doit comprendre que les définitions ou concepts dans les sciences sociales ne sont pas des absolus et qu'ils ne sont pas des "choses" qui seraient vraies ou fausses. Les définitions sont des outils qui nous aident à comprendre la réalité et à clarifier les catégories avec lesquelles nous examinons la nature de la société humaine. Ils peuvent être plus ou moins utiles. Ils peuvent clarifier et rendre plus perceptible notre point de vue sur les éléments de la société que nous examinons. Les définitions ne sont pas universelles et doivent changer à mesure que la société change. Dans le pire des cas, les définitions, si elles ne sont pas clairement formulées, peuvent distordre notre vision de la réalité sociale et limiter notre compréhension du monde. » [3]

§ 4 - J'appelle THEORIE DU PROLETARIAT (comme Sujet ou SUJET PROLETARIEN), toute la production théorique existante depuis le milieu du XIXe siècle dans son unité spéculative ou dans sa systématicité scientifique comme théorie du sens révolutionnaire de la classe prolétaire moyennant son existence historique comme SUJET POLITIQUE. Elle est initiée par Marx en 1847 avec l'établissement du SYLLOGISME DU PROLETARIAT :

« Ainsi cette masse est déjà une classe vis-à-vis du capital, mais pas encore pour elle-même. Dans la lutte (…), cette masse se réunit, elle se constitue pour elle-même. » [4]

Elle est avant tout une théorie rationnelle (spéculative) de l'histoire en général :

« Pour le Marx de Mars 1845, ce n'est pas assez de dire avec Hegel que le "réel est rationnel" et que le rationnel, nécessairement se réalise : il faut dire qu'il n'y a de réel, et de rationnel, que la révolution. » [5] (§ 44)

Elle est en particulier une théorie de la lutte de classes et donc du Capital, qui implique une THEORIE DE LA REVOLUTION PROLETARIENNE, c'est-à-dire une théorie de la révolution comme « œuvre victorieuse » du Sujet prolétarien réalisant par là son sens historique ou sa « signification historique ».

§ 5 - La théorie du Prolétariat (et donc de la révolution prolétarienne) est un moment historique de la THEORIE DE LA REVOLUTION COMMUNISTE qui ne s'achèvera qu'avec la révolution elle-même.

§ 6 - Le PARADIGME OUVRIER DE LA REVOLUTION est l'existence concrète, c'est-à-dire historiquement déterminée, positive, pratique, organisationnelle et programmatique, de la théorie du Prolétariat.

« Le concret est, suivant l'étymologie latine du mot, le résultat d'un croître-ensemble, d'un se-développant ensemble, ou encore d'un déploiement d'une différenciation dans l'unité ; il est donc, comme le dit Hegel, « une unité de déterminations différentes ». [6] Le positif est le fini déterminé, stabilisé (momentanément) dans sa finitude historique et dans lequel le négatif de l'infini rationnel, de la vie a disparu. Ainsi, Hegel peut opposer le négatif du christianisme primitif à la théologie positive.

§ 6 bis - Le paradigme ouvrier de la révolution connaît sa première crise majeure avec la critique ultra-gauche de la social-démocratie et du léninisme ; il se « décompose » à partir de la fin des années soixante et disparaît effectivement à la fin des années quatre-vingt avec l'effondrement de l'U.R.S.S. et de ses divers vassaux du « bloc de l'Est ».

§ 7 - J'appelle THEORIE POSTPROLETARIENNE DE LA REVOLUTION toute la production théorique existante depuis la fin des années soixante. Elle est dite ainsi au sens où elle est une ré-élaboration (critique mais toujours spéculative) de la théorie du Prolétariat et de la révolution prolétarienne, à partir de la crise du paradigme ouvrier, sur la base de la critique de la classe prolétaire comme sujet politique. En ce sens la théorie post prolétarienne est un moment historique de la théorie du Prolétariat et elle ne peut que s'achever avec elle.
Le texte de J. Barrot (alias G. Dauvé) : Critique de l'idéologie ultra-gauche (I.C.O. 1969), peut-être considérée comme l'un des principaux textes fondateurs de la théorie post prolétarienne de la révolution en général.

§ 8 - La théorie de la révolution comme COMMUNISATION IMMEDIATE DE LA SOCIETE (sans période de transition) est le principal acquis du cycle théorique désormais clos de la théorie post prolétarienne de la révolution.

§ 8 bis - Malgré cette unité de vue sur la fin, elle se divise en deux grands courants quant au sens et aux déterminations du processus qui y conduit, selon l'angle d'attaque de la critique du paradigme ouvrier et la perspective historique dans laquelle s'inscrit le communisme.

§ 9 - Le COURANT UNIVERSALISTE est le plus important et le plus diversifié. Son angle d'attaque est la critique de l'affirmation du travail. La révolution communiste est conçue comme achèvement de l'arc historique universel de l'aliénation humaine telle qu'elle est incarnée hic et nunc par la classe prolétaire. Historiquement, c'est la première forme qu'a prise la critique du paradigme ouvrier de la révolution.
Le livre de B. Astarian : le Travail et son dépassement [7] est l'expression la plus systématique du courant universaliste. J. Camatte dans la première série d'Invariance (à partir de 1968) peut être considéré comme l'initiateur de ce courant.

§ 10 - Le COURANT ACTUALISTE a pour unique actuel représentant le groupe qui publie la revue Théorie Communiste. Il s'est construit plus tardivement que le courant universaliste (à partir de 1977) contre celui-ci. Son angle d'attaque principal du paradigme ouvrier de la révolution (qu'il nomme « programmatisme ») est l'affirmation du prolétariat. La révolution communiste est pour lui le strict produit de la «  contradiction prolétariat/capital », conçue comme «  exploitation ».
Le livre de R. Simon : Théorie du Communisme, vol. I, « Fondements critiques d'une théorie de la révolution - Au-delà de l'affirmation du prolétariat » [8] est l'expression la plus achevée du courant actualiste… et de ses ambitions. Le texte la Révolution sera communiste ou ne sera pas, de UNE TENDANCE COMMUNISTE (courant minoritaire du groupe REVOLUTION INTERNATIONALE - aujourd'hui COURANT COMMUNISTE INTERNATIONAL) animé par Bérard peut être considéré comme l'initiateur du courant actualiste.

1. Écrivant ces lignes et surtout celles qui suivent, je m'aperçois que j'ai souvent tendance à penser la théorie post-prolétarienne de la révolution à travers le prisme de son courant actualiste et, par là, d'aplatir la spécificité des thèses du courant universaliste… La raison subjective en est certainement que je suis issu de ce courant que j'ai contribué dès son origine à établir contre le courant universaliste ; une autre raison - plus intéressante théoriquement - est que le courant actualiste pousse jusqu'au bout la théorie de la révolution communiste dans la voie de la systématicité spéculative - il est plus conséquent que le courant universaliste dans les reproches qu'il lui adresse - et que par là, il est l'archétype de la théorie postprolétarienne de la révolution dans ses limites… Cela lui donne sans nul doute sa grande force due à une cohérence qu'il est difficile de prendre en péché d'inconséquence, mais cette force ne va pas sans faiblesse : je veux dire son extrême rigidité qui, dans ses analyses, lui fait avant tout voir dans l' « Autre » ce qu'il n'est pas par rapport à lui-même et occulter ainsi sa logique propre…
2. C'est ainsi que François D. - proche de THEORIE COMMUNISTE - , à propos de la question de l'inéluctabilité de la révolution et du communisme, peut répondre à l'un des camarades de ce groupe : « (…) en faisant ainsi abstraction de ce qu'il peut y avoir de vrai dans les "mauvaises compréhensions" de votre production théorique, tu ne surmontes pas l'unilatéralité de votre position. Autrement dit, si le faux est un moment du vrai, la vérité - la révolution - ne se produit pas seulement à travers la position la plus correcte du problème - la vôtre - mais aussi à travers la moins correcte - celle des indéterministes. » [9] (§ 16)
3. La rigidité « técéiste » est certes ici assouplie, mais cet assouplissement se fait sur la base de ce qui fonde celle-ci : par rapport à la « vérité » de la révolution, il y a des positions « correctes » (vraies) et d'autres qui le sont moins (fausses)., c'est-à-dire à travers une problématique typique de la systématicité spéculative ou scientifique - j'y reviendrai.

§ 11 - Je n'ai pas l'exclusivité de cette division en deux courants de la théorie postprolétarienne de la révolution. Dans un texte récent (Prolétaire et travail : une histoire d'amour  ?) [10] Gilles Dauvé et Karl Nesic renvoient de fait les deux courants dos-à-dos à partir d'une critique de ce qu'il nomme le « déterminisme », c'est-à-dire de toute position qui considère la révolution comme nécessaire ou « inéluctable », quel que soit le point de départ : qu'il s'agisse de considérer la révolution comme « achèvement de ce que l'on présente comme le cycle de vie du capital » (courant actualiste), ou comme « conclusion programmée d'un arc historique dont l'évolution naturelle porterait le communisme. » (courant universaliste).

§ 12 - Cependant, confondus dans une même vision déterministe de la révolution, les deux courants ne sont pas ici identifiés comme tels (quel que pourrait être par ailleurs le nom qu'on leur donne), c'est-à-dire dans leur cohérence globale et donc dans leur finitude. C'est ainsi que la critique de Dauvé et Nesic ne sort pas radicalement de l'orbite du courant universaliste dans sa recherche d'un sujet révolutionnaire, d'une « subjectivité sociale » (p. 33) et que par là son « indéterminisme » court le risque de se transformer en un « idéalisme de la liberté ». Pour autant, leur critique ne doit pas être traitée sotta la gamba dans la mesure où elle suppose la plupart des enjeux de la théorie de la révolution communiste telle qu'elle se présente aujourd'hui, tant du point de vue du « contenu » que de la « méthode » de ses deux courants. Ils ne vont tout simplement pas jusqu'au bout de la logique qu'ils initient…

§ 13 - la Matérielle propose de contribuer à poursuivre la réflexion théorique à partir du point où s'achève le cycle ouvert à la fin des années soixante, c'est-à-dire la théorie de la révolution comme communisation immédiate des rapport sociaux (je préfère à « de la société »). Poursuite qui suppose une autocritique de la théorie post prolétarienne de la révolution et, à travers elle, une critique de la théorie du Prolétariat.

§ 14 - Les principales publications de cette période qui ont contribuées à établir la théorie post prolétarienne de la révolution sont [11] :

1968
Invariance n°1, Série I : « Origine et fonction de la forme parti » (à partir de 1972, avec la théorie de la « surfusion » du capital [n°2, Série II], J. Camatte abandonne la théorie de la lutte de classes). Ce numéro date d'avant Mai 68.
1969
Critique de l'idéologie Ultra-Gauche (G. Dauvé, sous le nom de J. Barrot).
1972
Bordiga et la passion du communisme, J. Camatte, éd. Spartacus, Paris.
le Mouvement communiste n°1 (J. Barrot e. a.). Cinq numéros jusque en 1974.
le Mouvement communiste , J. Barrot, éd. CHAMP LIBRE.
Intervention communiste n°1 (R. Simon e. a.). Deux numéros parus jusque en 1973
1974
le Nouveau mouvement (H. Simon e. a.).
1975
Echanges n°1 (H. Simon e. a.). Cent deux numéros à ce jour - fin 2002.
1977
la Guerre sociale n°1 (J. Barrot e. a.). Sept numéros jusque en 1984.
Crise Communiste (B. Astarian e. a.). Un seul numéro.
Théorie Communiste n°1 (R. Simon e. a.). Dix sept numéros jusqu'à ce jour.
1978
Théorie Communiste - Notes de travail n°3 : « Le programmatisme impossible (Critique de Théorie Communiste n°1) ».
1983
Crise et communisme (B. Astarian).
la Banquise n°1 (J. Barrot e. a.). Quatre numéros parus jusque en 1986.

2001
Le travail et son dépassement (B. Astarian), éd. Senonevero, Paris. Malgré sa date tardive de publication, ce livre est la poursuite de la réflexion entamée dans Crise et communisme dont il systématise les analyse.

La théorie post prolétarienne comporte ainsi quatre grands corpus théoriques, tous initiés entre la fin des années soixante et la fin des années soixante-dix (au-delà il n'y a plus de nouveautés notables) :
1) l'ensemble des revues animées (entre autre) par J. Barrot ;
2) le bulletin Échanges ;
3) le revue Théorie Communiste ;
4) la réflexion menée par B. Astarian (et autres) à partir de la revue Crise Communiste - ce dernier corpus étant plus éphémère que les trois précédents.

Présentation - 11.3 ko

Si décidément une chose telle que la métaphysique est seulement possible…

§ 15 - « Mon intention est de convaincre tous ceux qui jugent bon de s'occuper de métaphysique qu'il est absolument nécessaire qu'ils interrompent provisoirement leur travail, qu'ils considèrent tout ce qui s'est déjà fait jusqu'à ce jour comme non avenu et qu'avant tout ils commencent par soulever la question de savoir "si décidément une chose telle que la métaphysique est seulement possible".
« Si c'est une science, d'où vient qu'elle ne peut s'accréditer de manière universelle et durable, comme les autres sciences ? Si ce n'en est pas une, comment se fait-il qu'elle ne cesse de tout faire pour avoir l'air d'une science et qu'elle nourrit l'intelligence humaine d'espérance aussi incessante que toujours insatisfaites. Donc, que ce soit pour démontrer qu'elle sait ou qu'elle ne sait pas, il faut une bonne fois établir quelque chose de certain sur la nature de cette science prétendue, car il est impossible de demeurer plus longtemps sur le pied où nous sommes actuellement avec elle. Il semble presque ridicule, alors que toutes les autres sciences ne cessent de progresser, que dans celle qui prétend cependant être la sagesse elle-même, et donc tout homme consulte les oracles, on en reste à tourner en rond sur place, sans avancer d'un pas. Aussi ses adeptes sont-ils devenus fort rares et on ne voit pas que ceux qui se sentent assez forts pour briller en d'autres sciences veuillent risquer leur réputation dans celle où le premier venu, au reste ignorant en toutes matières, se flatte de trancher de manière décisive, parce qu'il est de fait que dans ce domaine on ne dispose encore d'aucuns poids et mesures assurés permettant de distinguer du plat bavardage ce qui est profond et solide (…).
« Quand on se demande si une science est possible, cela implique qu'on doute de sa réalité. Or un tel doute est choquant pour ceux dont toute la richesse consiste peut-être en ce prétendu trésor ; aussi celui qui s'ouvre de ce doute peut-il s'attendre à une levée de boucliers. »

E. Kant, Prolégomènes à toute métaphysique future, éd. Vrin, Paris 1996 , pp. 13 et 14.

§ 15 bis - Comment et à quelles conditions, une chose telle que la théorie de la révolution communiste est seulement possible aujourd'hui ?


[1] Tout est en morceau, toute cohérence s'en est allée.

[2] Point d'appuis (socle) et réconfort… Je traduit sous réserve qu'un latiniste veuille bien me corriger si nécessaire !

[3] M. Glaberman et S. Faber : Working for de Wages : The Roots of Insurgency, in Échanges n° 102, Automne 2002, p. 62. B.P. 241, 75866 Paris, Cedex 18.

[4] Misère de la philosophie, in « Œuvres » t. I, éd. Gallimard, Paris 1965, p. 135.

[5] E. Balibar, la Philosophie de Marx, éd. La Découverte, Paris 1993, p. 33 - à ceci près que la thèse ne vaut pas que « pour le Marx de Mars 1845 ».

[6] B. Bourgeois, Présentation in Hegel : « Encyclopédie des sciences philosophiques », t. I, la Science de la logique, éd. Vrin, Paris 1994, p. 81.

[7] Éd. Senonevero, Paris 2001.

[8] Ibid.

[9] Théorie Communiste n°17, septembre 2001, p. 126. B.P. 17, 84300 Les Vignères.

[10] Lettre de trop loin n°2, juin 2002. Aredhis, B.P. 20306, 60203 Compiègne Cedex

[11] Certains de ces textes vont être republiés dans une anthologie à paraître aux éd. Senonevero. D'autres (relevant surtout du courant universaliste) le sont dans l'anthologie publiée par la Bombeuse : A propos de l'ultra-gauche et de la communauté humaine (labombeuse@yahoo.fr). Pour ma part je republierai prochainement le Nouveau mouvement, l'introduction au n°2 de Théorie communiste : Exploitaton et révolution. et Crise et Communisme de B. Astarian.

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Christian Charrier
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