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LA LUTTE DES CHOMEURS
SELON LE LIVRE "LE DÉMOCRATISME RADICAL"

vendredi 27 décembre 2002, par Bruno Astarian


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selon le livre le Démocratisme Radical

La lutte des chômeurs et des précaires de 97-98 permet « de commencer à comprendre historiquement comment une activité de classe peut aller au-delà des classes, poser l'abolition du capital comme abolition des classes et donc du prolétariat lui-même » (p. 207).

Cette affirmation, si je la comprends bien, est d'une grande importance théorique puisqu'elle pose que des luttes quotidiennes devraient permettre de comprendre ce que sera la « lutte finale ». Essayons donc d'approfondir.

L'enjeu de cette lutte « était la nature du rapport entre travail salarié et chômage » (id). Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que, « dans ce qu'elle pouvait avoir de plus dynamique et radical », la lutte « tendait » à définir le travail salarié à partir du chômage. On note tout de suite les deux bémols : pour voir la façon dont la classe va au-delà des classes, il ne faut s'intéresser qu'à un moment limité de la lutte, et encore pour n'y trouver qu'une tendance. Mais bon, pourquoi pas. Il faut bien décrypter la réalité qui ne se livre pas directement d'elle-même.

Donc : la lutte des chômeurs, en définissant le travail salarié à partir du chômage, « pose immédiatement la critique du travail salarié et porte, pour le prolétariat sa propre remise en cause » (id).

Je note d'abord que définir le travail salarié à partir du chômage, c'est un peu le propre des rapports sociaux capitalistes, puisque le salarié est dans tous les cas celui qui n'a pas de réserve et qui ne va vendre sa force de travail que parce qu'il n'a pas d'autre moyen de se reproduire. Bien sûr, dans la prospérité du capital, le chômage est l'exception, mais sa menace est toujours présente dans la mesure où le statut de sans réserve est une contrainte au travail salarié en permanence.

En fait, il semble que la proposition désigne en effet la « réalisation » dans la société de ce point originel du travail salarié dans le statut de sans réserve : c'est le sens de la précarité. « Le chômage n'est plus cet à côté de l'emploi nettement séparé. La segmentation de la force de travail, la flexibilité, la sous-traitance, la mobilité, le temps partiel, la formation, les stages, le travail au noir ont rendu floues toutes les séparations... la conclusion s'impose : les chômeurs travaillent » (p. 209). On pourrait tout aussi bien conclure "les salariés sont des prolétaires" mais ce serait moins joliment dialectique, et puis surtout ça ne permettrait pas de montrer - si c'est bien de cela qu'il s'agit ! - que ce statut prolétarien du salarié parvient à sa réalisation, dans la précarité. Pour ma part, je suis absolument d'accord avec l'importance de cette réalisation résultant de la fin de la prospérité fordiste. C'est le propre de toute phase de ralentissement de l'accumulation de rappeler au salarié qu'il est un prolétaire sans réserve face à l'homme aux écus. A mon sens, tirer ce constat dans le sens d'une formule comme « les chômeurs travaillent » sert surtout à noyer le poisson du rapport entre prolétariat et communisme dans une eau dialectique peu claire. Mais peut-être n'ai-je pas bien compris.

Mais pourquoi cette redécouverte du travailleur salarié comme sans réserve implique-t-elle que « dans sa lutte contre le capital, le prolétariat se remet en cause lui-même » ? (p. 209) Pour comprendre cela, il semble qu'il faille partir du « monstre social » résultant de la « recomposition de la classe autour des chômeurs ». Le capital mesure tout en temps de travail et inessentialise le travail. C'est sa contradiction. La recomposition de la classe autour des chômeurs fait que cette contradiction prend maintenant « la forme bien particulière de la définition de la classe face au capital, car n'oublions jamais que les chômeurs travaillent . » (p. 210). Doit on comprendre :

* il y a du chômage, beaucoup de chômage : le travail est inessentialisé ;
* le chômage ne se définit plus comme dans le fordisme, mais fait nettement apparaitre le statut de sans réserve ;
* mais les chômeurs travaillent de temps en temps, ils ne peuvent pas faire autrement ?

Il semble que l'idée importante soit que ce ne sont plus les travailleurs qui chôment, mais les chômeurs qui travaillent : voilà le monstre social, de même que le capital mesurant tout au travail vivant et cherchant continuellement à s'en débarasser est une contradiction. Admettons.

Mais si c'est à peu près cela qu'il faut comprendre, comment conclure sur : « l'action de la classe comporte alors en elle-même sa propre remise en cause comme classe » ? (p. 210) L'explication tient en trois moments :

1. Le prolétariat lutte en tant que producteur immédiat de plus value : il revendique ;
2. pour ce, il est contraint de s'élever au niveau de la contradiction avec le capital : il négocie ;
3. le fait de négocier implique qu'il tienne compte des nécessités du capital, dont le mouvement est celui de l'expulsion du travail vivant.

Il est donc « impliqué par son action dans sa propre remise en cause en tant que classe ». CQFD. Ce qui est en fait démontré par ce raisonnement, c'est que le prolétariat est devenu le capital, ce qui bien sûr le remet en cause !

Il n'est pas sûr du tout que ce décryptage soit le bon. Mais s'il l'est, cela signifie que l'on a fait un grand détour pour montrer que :

1. le statut de sans réserve est plus apparent qu'avant ;
2. que le prolétariat ne peut y échapper qu'en travaillant ;
3. que l'exploitation implique l'accumulation du capital et l'inessentialisation progressive du travail ;
4. et que donc le prolétariat "joue contre son camp" de façon plus évidente qu'auparavant.

Et l'on garde toujours le même type de raisonnement qui part de tendances contradictoires internes au mouvement du capital pour dire que le procès est celui de son abolition en acte. Si mon décodage est le bon, le raisonnement est identique à celui de dire que le capital « abolit la valeur sur la base de la valeur » (ici : le prolétariat abolit les classes sur la base des classes) et que ça suffit à montrer le rapport entre le MPC et le communisme.



Bruno Astarian









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