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L' Angle mort, polémiques

jeudi 27 février 2003


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Une approche du concept d'angle mort
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L' @ngle mort, édito


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(1/1) 1er septembre 2004, jef





Pour nous, il est clair que la révolution ce n'est pas ici et maintenant (de la période actuelle à la révolution, nul ne connaît le chemin à parcourir), elle est plus tard, dans l'angle mort au terme du parcours et produite dans le parcours. C'est cela, l 'angle mort. L'activité théorique doit faire exister cet angle mort.

 

L'ANGLE MORT


La communisation, l'action révolutionnaire du prolétariat qui produit immédiatement le communisme comme le moyen même de sa lutte contre le capital, sera le dépassement et non une transcroissance du cours des luttes telles qu'elles sont actuellement, c'est-à-dire prises dans la reproduction du capital. Ce dépassement que décrit la notion de communisation n'existe que comme concept, comme abstraction, il est issu de toute une production théorique liée aux luttes de classes et aux crises du capital depuis 68, avec la résurgence du conseillisme ( promotion du pouvoir direct des prolétaires organisés en conseils ouvriers sur la société) puis son dépassement comme dernière forme de transition socialiste. Mais il n'a jamais décrit un mouvement réel. La notion de communisation inclut alors un problème théorique insurmontable : elle est un aboutissement qui n'existe en aucune façon préalablement, c'est à dire en dehors du mouvement qui la produit. Parler de la communisation c'est la supposer non connue. Ce ne sont pas des aspects qui sont inconnus par rapport à d'autres qui seraient connus, l'inconnu tient aux conditions même de la connaissance. Il y a dans le concept même de communisation un angle mort théoriquement irréductible. Mais parce que cet aboutissement est le mouvement de sa production, incluant par là sa non connaissance, il s'impose par là comme un concept incontournable. Tout découle de la prise au sérieux des concepts de production et d'histoire, radicalement différenciés de toute idée de réalisation. La communisation décrit une révolution victorieuse du prolétariat, c'est à dire une situation future à partir de la situation actuelle du rapport entre les classes. Ce nouveau rapport s'est mis en place dans l'évolution du capital depuis sa dernière grande crise qui éclata au grand jour en 1974, des luttes de classes qui ont marqué tout le cycle de restructuration du capital mondial de la fin des années 60 aux années 90 et, ce qui est essentiel pour nous, dans l'apparition d'un nouveau cycle de luttes de classe qui contient pour le prolétariat sa propre remise en cause dans sa contradiction avec le capital comme étant l'enjeu des luttes immédiates. Situation dans laquelle la contradiction du prolétariat au capital, la reproduction de l'exploitation, est devenue contradictoire à sa propre existence comme classe, élucidant par là même les causes de ses révolutions vaincues.

Ce sont les luttes du cours du capital qui se dépasseront en communisation. Ce dépassement, nous le posons comme ne pouvant être qu'une rupture (situation de crise extrême et de luttes de classes généralisées) et non une simple augmentation du " volume " des luttes. Il y a rupture quand le prolétariat remet en cause sa propre existence comme classe, c'est à dire quand il n'attaque pas sa situation de travailleur productif de plus value en voulant produire moins de plus value (il n'y a là qu'un re-partage entre salaire et profit), mais en abolissant la nature de capital des moyens de production et la production comme accumulation de valeur.. Le contenu que nous définissons comme communisation c'est l'expropriation pure et simple des moyens de consommation (on commencera évidemment par s'emparer des stocks.) de communication, de transport ( qui sont les éléments matériels de la constitution de liens immédiats entre les prolétaires luttant contre le capital) et enfin de production ( ce sera la suppression de l'existence même d'une sphère séparée de la production et donc l'achèvement du mouvement communisateur). Il ne s'agit, en effet, que d'expropriation et non de réappropriation car c'est le rapport de propriété qui est aboli. Ce n'est pas la formation d'une nouvelle économie mais l'abolition du capital, des classes et de la société, l'auto - transformation des prolétaires en individus immédiatement sociaux. Les mesures immédiates de cette lutte contre le capital ne sont pas différentes de la production du communisme.

Cette nécessité de rupture est posée par ceux qui critiquent le démocratisme radical, mais nous devons critiquer la conception qu'a des éléments du courant communisateur, les anti-citoyennistes et les Black Blocs ont de la relation entre les luttes et cette rupture (voir plus loin)
Le démocratisme radical est le mouvement actuel qui s'oppose à la mondialisation libérale, qui s'oppose à la poursuite de la restructuration capitaliste, qui propose une défense de l'Etat providence, des services publics, des "acquis sociaux" et d'une manière plus générale des politiques keynésiennes tant au niveau national qu'international. Ce mouvement promeut la démocratie et le citoyen, il est un réformisme paradoxalement conservateur (défense des souverainetés nationales-étatiques). Il défend un capitalisme régulé à visage humain. Le démocratisme radical existe à la fois comme éternisation des formes actuelles de la lutte des classes, mais aussi comme fin de la lutte de classe telle qu'elle promouvait le programme ouvrier qui mettait la classe capitaliste en position de l'écraser et débouchant au mieux ou plutôt au pire sur la barbarie socialiste.
(Cf "Le démocratisme radical", Roland Simon, Edition Senonévéro, 2001)

Ce programme ouvrier posait la prise du pouvoir au niveau de l'Etat ou à la base pour libérer le travail, faire du prolétariat la classe unique et finir par aboutir, au terme d'une période de développement libre des forces productives, à la société communiste, c'est cette fameuse notion de transition qui résumait totalement le programme. Ce programme était la réponse et la pratique communiste du prolétariat dans son rapport au capital, rapport qui portait son propre développement contradictoire comme exploitation, ce développement le prolétariat l'intégrait sous la forme de la libération du travail et des forces productives, libération dont le but était de créer "les conditions du communisme" c'est-à-dire celles de l'abolition de l'économie, abolition de l'économie qui était d'ailleurs rapidement totalement abandonnée dans le projet énoncé, puisqu'on parlait même d'économie communiste. Dans les faits le socialisme fut une forme particulière du capitalisme, au sens propre une alternative au capitalisme. En tant que capitalisme collectif/concurrentiel de nomenklaturas bureaucratiques d'Etat. L'idéologie ouvrière du socialisme n'était pas un mensonge mais le produit de son origine et du caractère entravé du marché, et particulièrement du marché du travail !
La communisation, abolition du capital et production des individus immédiatement sociaux résout le problème du programme révolutionnaire ouvrier et en pose un encore plus redoutable.

Critiquer le démocratisme radical et affirmer la communisation sont à l'heure actuelle ce que l'on appelle "faire de la théorie". Il s'agit de faire la théorie de l'abolition du capital tant comme mouvement de "l'économie" que comme "luttes", qui sont les deux formes immédiatement apparentes du rapport capitaliste dans sa reproduction heurtée. D'une part le capital comme rapport économique est la reproduction objectivée, apparemment séparée (fétichisme du capital), de l'exploitation du prolétariat par la bourgeoisie. D'autre part les luttes de classe quotidiennes ne sont pas condamnées à rester conscience immédiate, elles produisent dans nombre d'affrontements une "désobjectivation" du rapport capitaliste exploitation et accumulation de marchandises à exproprier pour quelles existent comme prémisses de nouveaux rapports.

Au travers de cette affirmation et de cette critique s'élabore l'anticipation de ce que sera la communisation, non plus comme concept général mais comme transformation effective des luttes actuelles en production du communisme. Il s'agit de réduire l'angle mort et non pas de faire voir dans le miroir magique de la réalisation de l'histoire. L'élaboration de l'anticipation du cours du capital et des luttes vers leur dépassement révolutionnaire n'est pas une "découverte" mais fait partie de ce cours qui anticipe son propre mouvement.

La situation dans laquelle le procès de communisation peut s'initier, être écrasé, repartir ailleurs se démultiplier, s'étendre, l'emporter et ce sans aucune stratégie, cette situation existe - elle ? Vient - elle ? Rapidement ou non ? Comment le mouvement du capital et des luttes produisent-ils cette situation ? Comment les analyses que nous et d'autres font participent-elles à cette production de la situation révolutionnaire ? Comment le mouvement du mode de production capitaliste comme contradiction du capital et du prolétariat disparaît-il ? Il s'agira bien à la fois d'une crise économique et d'une crise de l'économie. L'économie c'est le rapport réifié du capital à lui-même, rapport se reproduisant et reproduisant le prolétariat comme exploité c'est-à-dire comme force de travail salariée effectivement ou potentiellement, les deux fractions étant exploitées car c'est le prolétariat tout entier qui est exploité au travers de la fraction tournante employée à un instant donné.

Tous ces points se trouvent dans l'angle mort, il ne suffit pas "d'avoir des conceptions" voire des positions sur le contenu de cet angle mort, c'est-à-dire sur la formation et l'enclenchement du processus révolutionnaire, pour qu'il n'existe pas bel et bien ici et maintenant comme angle mort. Parce qu'on définit la communisation non comme un préalable mais parce qu'on l'approche dans le mouvement qui la produit.

De la situation actuelle à la révolution, à la communisation se met en place la situation où elle sera faite, on ne peut tenter d'éclairer le déclenchement de la communisation qu'en analysant les luttes actuelles et en critiquant toutes les théorisations qui font du dépassement du capital une alternative à construire, car même si l'alternative n'a strictement aucun avenir c'est toute cette conception de la révolution comme " autre " société, " autre " économie, existant potentiellement au travers des luttes que nous critiquons, le communisme n'existe pas virtuellement, le temps du programme ouvrier étant clos, toute alternative l'est avec lui.

Le mouvement ouvrier avec son programme de montée en puissance de la classe jusqu'à ce qu'elle devienne le pôle absolu de la société n'existera plus, l'alternativisme démocrate-radical qui prend plus ou moins sa succession partage avec lui le projet de développement d'un autre possible au sein du capital. Aucun autre possible que le capital n'existera dans le capital, mais les luttes qui fondent ces théories sont réelles, le fait qu'elles ne mettent pas le capital en cause produit ces slogans bien flous d'alternatives, parce que justement ces luttes ne débouchent pas sur un nouveau mouvement ouvrier, sur une montée en puissance qui posait une véritable alternative comme le programme de transition qu'on vient d'évoquer.
Il ne se forme plus d'organisations syndicales ou politiques ouvrières d'importance et surtout qui promeuvent une identité ouvrière, mais plus encore dans les luttes, c'est l'appartenance de classe qui devient une contrainte. C'est être prolétaire qui n'est plus revendiqué, au contraire l'opposition au capital devient opposition à sa propre appartenance de classe. Cette opposition montre clairement que la révolution sera abolition par le prolétariat du capital et des classes et donc du prolétariat lui-même, abolition de la condition prolétarienne. Cette opposition à sa propre appartenance de classe qui ne peut devenir abolition fonde actuellement le caractère humaniste du démocratisme radical y compris de son opposition intime anticitoyenniste comme on le verra plus bas. Humanisme qui participe de l'éternisation de l'horizon capitaliste puisque tout est pensé sur la base de l'abstraction "l'homme", abstraction de l'individu du capital.

Faire et publier des analyses qui se veulent révolutionnaires est une activité qui ne peut exister que dans un courant car on n'est jamais seul à partager une trajectoire et une position dans le cours des luttes et des transformations de la société capitaliste. Ce courant, nous l'appelons "communisateur. Se placer dans l'optique de la communisation c'est repousser toute étape et toute stratégie, poser le dépassement de tout programme et de toute accumulation de forces, de toute stratégie, non comme une attitude d'en dehors mais comme une activité révolutionnaire. Abordons maintenant le courant communisateur par quelques exemples, en sachant que ce courant est à la fois très petit, très divisé et très flou !

Polémique dans l'angle mort
Autonomie et potentialité permanente de dépassement révolutionnaire. L'exemple d'Echanges et Mouvement.
Une revue comme Echanges et Mouvement pose la permanence de la conflictualité des rapports capitalistes d'exploitation et postule, au moins implicitement, que cette conflictualité porte sans cesse une potentialité de dépassement révolutionnaire, ses rédacteurs sont attentifs aux "conditions" mais fondamentalement ce présupposé existe toujours. Ce qui est toujours posé aussi, c'est que ce qui doit primer pour que les travailleurs mettent en oeuvre leur potentiel révolutionnaire, c'est leur autonomie. Or quand on parlait d'autonomie dans l'ancien cycle de lutte, on parlait d'affirmation du prolétariat à partir de ce qu'il est dans le procès de production comme procès de travail et comme procès de production et il ne fallait donc pas s'offusquer ni s'étonner quand on voyait le syndicat en redevenir toujours l'expression la plus adéquate. Expression la plus adéquate dans et par l'implication réciproque du prolétariat et du capital." L'implication réciproque entre et le prolétariat et le capital devient alors vision politicienne, l'intégration de la classe c'est le parti communiste, les syndicats, les hauts salaires, la démocratie, l'antifascisme, les néo-réformistes…etc., l'histoire devient une succession d'échecs, d'erreurs, de demi-réussites parfois, de mystifications souvent " (TC 7). L' " autonomie " en tant qu'orientation de lutte est spécifique d'une période précise de la décomposition d'une lutte de classes qui avait pour contenu et objectif l'affirmation de la classe ; Echanges fait de ce moment une nature révolutionnaire Poser leur manque d'autonomie c'est dire tranquillement que les prolétaires ne sont pas responsables leurs échecs révolutionnaires, qu'ils auraient été trahis et trompés, et donc que leur nature révolutionnaire, quant à elle, n'aurait été pas atteinte. Cette conception se situe dans une visée révolutionnaire mais n'enest pas moins sclérosée, le mouvement ouvrier tout bureaucratisé voire "embourgeoisé" qu'il était, n'en appartenait pas moins (paradoxalement pour beaucoup de gens se rattachant au conseillisme) réellement aux luttes de classe. Cependant ce qu' E & M énonce (après les anarchistes et l'IS) est fondamental, à savoir que le communisme n'est pas de résultat d'une prise de pouvoir étatique ou basique initiant une période de transition.
Se fonder sur la conflictualité pour elle-même, sans la concevoir comme implication réciproque et sans y intégrer directement et explicitement l'accumulation du capital, comme le fait Echanges et Mouvement, c'est se condamner à chercher sans cesse la pureté radicale dans les luttes et finir, par moments, par dire que les prolétaires feront la révolution sans le savoir.
Notre projet n'est pas de découvrir dans les luttes autre chose que ce qu'elles sont et que ce qu'elles disent - mais dans une situation, que nous analysons comme nouvelle, celle où l'appartenance de classe devient une contingence imposée par l'adversaire capitaliste- de saisir comment se met en place une confrontation qui aura la communisation pour issue telle que nous pouvons actuellement la concevoir.
Si nous avons évoqué Echanges et Mouvement c'est parce que cette revue, de par son ancienneté, sa permanence et son général souci de rigueur, occupe une place très importante pour ceux qui pensent que la révolution c'est au "minimum" l'abolition de l'Etat et du capital. La position incontournable d'E & M tient aussi à ce que, par cette réaffirmation permanente de l'autonomie ouvrière, est balayée toute crainte d'un quelconque impérialisme d'organisation. Mais il faut dépasser ce fétichisme de l'autonomie tout simplement parce que si cette revendication a pu avoir sa validité en tant que critique de toute stratégie organisationnelle et/ou politique, maintenant toute stratégie a vécu et la saisie des conflits doit nous éclairer sur la révolution tout simplement, sur la production du communisme. Le prolétariat n'a aucune nature communiste a faire triompher avant de produire la communisation. Le caractère révolutionnaire du prolétariat n'est pas une donnée essentielle du prolétariat mais se constitue
Face à cette défense et illustration de l'autonomie ouvrière considérée comme l'essence toujours assassinée d'un possible mouvement révolutionnaire, existe, depuis quelques années, un autre courant, bien plus important maintenant, l'anticitoyennisme et qui, bien qu'aux antipodes des positions hyper-prolétariennes d'Echange, vient paradoxalement répondre aux attentes d'E. & M. 

* L'humanisme et l'immédiatisme du communisme des anticitoyennistes. L'exemple des " Témoins de Genova ".
En France, l'acte de naissance du démocratisme radical se situe en 95 avec le vaste mouvement de grèves et de manifestations face à l'attaque contre la sécurité sociale, les retraites des agents de l'Etat, le caractère publics des transports ferroviaires et les services publics en général. Déjà abordé ici ce courant très important de résistance à la poursuite des politiques de restructuration capitalistes, de défense des derniers éléments du welfare state s'est articulé avec une opposition au cours mondial du capital désigné sous le nom de mondialisation ou de globalisation, ce caractère défensif s'est structuré dans un corpus idéologique que nous avons appelé démocratisme radical, car l'idéal de démocratie dont il veut une application véritable voire "radicale"oriente l'ensemble de cette idéologie.
Une opposition à ce mouvement s'est très vite formée sur la dénonciation du fétiche du démocratisme radical : le citoyen, d'où le nom d'anticitoyennisme qu'elle porte désormais. L'anticitoyennisme dénonce le dit citoyennisme comme réformisme, comme apologie d'un capitalisme à visage humain, comme idéologie droit-de-l'hommiste, comme nouvelle social-démocratie, ce qui est flagrant, parfaitement clair dans le nom que globalement le D.R. se donne : "la gauche de gauche". Mais l'anticitoyennisme est dans la même "impasse" (celle de la brochure " l'impasse citoyenniste ") que lui : celle de l'individu isolé face au capital, du hors-classe qui cherche à se recomposer une société Pour la théorie anticitoyenniste d'action directe il s'agit de la "TAZ"- (zone autonome temporaire). A la très grande différence du citoyennisme il ne s'agit pas d'un réformisme mais d'une transposition volontariste de l'émeute prolétarienne, transposition qui est caricature puisque la cause de cette émeute est absente : la défense, par le pillage, d'un welfare attaqué ( même si ici ou là quelques reprises individuelles ont eu lieu auxquelles ont pu se joindre quelques personnes du cru). Si l'émeute est une impasse qui ne prétend à rien, la TAZ en revanche se veut exemplaire et espace de liberté dans la lutte. La révérence à l'exploitation donc à l'anticapitalisme face à un simple antilibéralisme ne signifie nullement que l'anticitoyennisme développe une analyse de classe, c'est (mais c'est beaucoup) la radicalisation du démocratisme radical ! C'est-à-dire qu'il dépasse le DR tout en étant sur la même base : l'individu isolé. La critique de la démocratie ne fait que déboucher sur la démocratie directe que l'on oppose à la démocratie participative, la question qui se pose à l'anticitoyennisme est la même que celle qui se pose au citoyennisme : quelle société ici et maintenant pour l'individu ?
L'anticitoyennisme fait de la surenchère et dénonce sous le nom de citoyennisme le courant dominant du démocratisme radical tout en lui collant aux fesses (tout comme le dit citoyennisme colle aux fesses des sommets de la globalisation) ou plus justement il le dénonce parce qu'il lui colle aux fesses, et pour lui coller aux fesses. L'anticitoyennisme ne peut appeler le DR par ce nom, il l'appelle citoyennisme parce qu'il est lui-même une forme volontairement liée au démocratisme-radical et qui se pose justement comme " radicale " et revendique la démocratie (directe), il se braque contre le citoyen parce qu'il adore l'individu tel qu'il est dans la société capitaliste c'est-à-dire atomisé. L'anticitoyennisme saisit bien le prolétariat comme une classe, mais ça n'est pas comme classe que le prolétariat est révolutionnaire. Toute l'importance et la limite actuelle de l'anticitoyennisme sont là.
L'abandon par l'individu de ses vieux habits de prolétaire est devenu un préalable au caractère révolutionnaire de son opposition au capital. L'appartenance de classe comme une contingence imposée par l'adversaire capitaliste est à la fois exprimée et totalement occultée par une phraséologie humaniste :

" L'hiatus est que le citoyen s'accorde très mal avec l'homme.
Quand le premier est une réduction à une somme de droits et de devoirs toujours présentés rationnellement, que laisse t-il au second de sa vitalité (...) La réponse est rien, rien de rien même...
Le citoyen grandit sur le cadavre de l'homme, il est anti-humain...
Le citoyen est la forme achevée de l'homo servilis. Mais tant qu'il y aura des êtres humains il n'y aura pas de Citoyen. Le bon citoyen n'existe pas. Pas encore.
Les témoins de Genova, "l'exception génoise".

Certes cette citation est particulièrement gratinée mais elle ne fait que décliner l'essentiel de la pensée anticitoyenniste que l'on retrouve, beaucoup plus élaborée et pas naïve, dans "l'Impasse citoyenniste" ou dans les documents sur le mouvement d'action directe diffusés par "Mutines séditions" (références de tous ces textes et de leurs critiques dans. T.C. 17 ).

Dans "Les témoins de Genova" encore, l'article " Un mouvement hétérogène" s'approche de plus près de ce que nous considérons comme la réalité, en décrivant un mouvement avec deux composantes. L'une, antimondialiste, utilisant la notion de démocratie radicale est définie comme l'agent de la transformation idéologique des antagonismes sociaux, c'est à dire "remplacement de la vieille lutte de classe par la participation citoyenne". L'autre composante est définie comme anticapitaliste, sa caractéristique serait de n'avoir aucune revendication "voulant rompre avec l'ordre social "et avec le rôle médiateur de ce mouvement vis à vis des institutions capitalistes internationales, " du spectacle et du cirque démocratique " On se trouve devant un mystère puisque ce courant "rupturiste" est une composante d'un mouvement plus vaste qui n'est pas nommé, dont on dit seulement que ce sont les média qui le caractérisent comme antiglobalisation. Ce mouvement est posé comme de "reconstruction idéologique dont l'idée centrale est que le capital transnational a trop de pouvoir" mais ce mouvement reste socialement absolument inexistant, il est simplement relié à la gauche institutionnelle dont il est dit être l'aile gauche, mais encore ?
Donc avec les rupturistes on a affaire à une composante minoritaire qui ne revendiquerait rien, d'un mouvement majoritairement bel et bien revendicatif, mais que fait-il là ? En fait cette rupture ne le serait qu'avec l'autre composante dont la présence est pourtant absolument nécessaire, rupture tout aussi "spectaculaire" que le cirque démocratique et qui même, si cirque il y a, en fait totalement partie, tant il est vrai que le succès médiatique des manifs anti-sommets a longtemps tenu pour une très large part aux affrontements et aux soi-disant agents provocateurs.
En fait il n'y a pas de rupture du tout, les BB sont une partie intégrante des manifestations, le terme de rupture n'a de sens que comme autocompréhension de la présence et éventuellement comme justification de cette présence face à la critique souvent faite " qu'avons nous à faire dans cette galère ".. Ici il n'est absolument pas question de faire une telle critique tacticienne et normative, mais de comprendre de façon critique le rapport entre l'action des anticitoyennistes et le courant démocrate radical.

Jusqu'à Gênes la répression violente des manifestations a, malgré des dénonciations des "violents" par les "pacifiques", globalement uni les manifestations comme convergence contre l'offensive mondiale du capitalisme. La violence policière à Gênes a atteint des sommets, déclenchant chez les pacifiques des réactions de défense non bêlantes, elle a tué et est même allée chercher les "pacifiques" dans leur QG et les a torturés, cette violence a eu pour résultat, qu'il soit délibérément recherché ou issu de conflits internes à l'appareil politico-répressif, de maximiser la réaction des organisateurs officiels représentant le courant majoritaire contre l'aile "radicale" de ce qui constitue la coalition objective des contre-sommets. Les éléments "démocratiques", une fois le coup de la dénonciation d'une soi-disant provocation policière réussi, se sont amputés de leur " bras armé " mais ils n'en restent pas manchots. Par le niveau qu'elle atteint, la violence largement étendue au-delà des BB, s'est rendue elle-même inutile. Elle a atteint un but qui n'était pas le sien mais qui peut en partie maintenant les satisfaire : les choses ont changé, les travailleurs sont là !
Mais les BB, heureux du ralliement partiel des éléments des COBAS et de la CGIL est le dindon de la farce. Le choc social qu'a été la violence capitaliste de l'état a placé le démocratisme radical, en tant que tel, en position de cristalliser toutes les contradictions sociales : des luttes d'usines à la mondialisation en passant par les quartiers, le démocratisme radical se révèle comme un populisme. La clarté de la situation en Italie, où la CGIL agit pour encadrer cette cristallisation, ne donne pour l'instant qu'une grille de lecture pour un processus en cours.
Si la définition du démocratisme radical par les anticitoyennistes reste dans le vague et ne se précise que pour le définir comme supplétif de la gestion capitaliste, et ce essentiellement sur le plan idéologique, c'est que les luttes de classes que le DR remplacerait par la "participation citoyenne" sont absentes des articles des " Témoins... " et donc absents leurs liens complexes avec le DR. Dans l'article "Les expulsés... " (qu'on évoquera plus bas) après l'éditorial et celui sur le commerce équitable, on verra que l'anticitoyennisme ne comprend ce rapport luttes-DR que comme du détournement des luttes par cette "gauche de la gauche institutionnelle" Or comme nous le disions en parlant d'Echanges... les luttes sont toujours autonomes, on ne peut "détourner" que ce qui est détournable, c'est-à-dire ce qui appelle dans sa forme même ce dit détournement comme son propre débouché.

Dans l'éditorial des "Témoins" toujours, on trouve : " La réalité est que le mouvement antiglobal qui est de par sa nature, un mouvement pluriel, multipolaire, composite, se découvre être un sujet "politique" -en négatif- dans le refus commun du mode capitaliste de production, des lois du marché. Et ce caractère critique et anticapitaliste des no-global est "inacceptable". Parce que le simple fait de mettre l'accent sur l'homme plutôt que sur les rapports quantitatifs tels que taux de profit, développement, etc. est révolutionnaire ? "

On voit dans la lecture critique des analyses du mouvement qu'il y a des désaccords de fond entre anticitoyennistessurla compréhension du démocratisme radical ici crédité d'anticapitalisme en assimilant tranquillement opposition aux lois du marché, ce qui ne débouche que sur le commerce équitable, et opposition au capitalisme (ce qui d'ailleurs n'est en général qu'opposition aux multinationales), cet anticapitalisme se résume in fine à "mettre l'accent sur l'homme".
Si le mouvement antiglobal est un continuum clivé entre citoyennisme et anticitoyennisme ; l'anticitoyennisme est lui-même clivé entre, d'une part des tendances tendant à faire des analyses dans une optique de rapports de classe, et d'autres part des tendances plaquant les termes de révolutionnaire et d'anticapitaliste sur des analyses platement humanistes. De tels plaquages permettent de magnifier l'ensemble d'un mouvement antiglobal dont le caractère majoritaire potentiellement contre-révolutionnaire est masqué sous le qualificatif très mode de "pluriel".

Cependant parmi les opposants au "citoyennisme"existent aussi des cercles qui se trouvent sur des positions de classe à la limite entre le militantisme pour l'organisation autonome du prolétariat et l'activité uniquement tournée vers la communisation, c'est-à-dire une action qui ne nécessite pas de tenter de construire une positivité ouvrière puisque le prolétariat n'a rien à affirmer, mais n'a que le capital à abolir et, partant, lui-même comme toutes les classes immédiatement. Certains de ces militants-critiques conçoivent leurs positions comme une forme actuelle et très spécifique de l'anarcho-syndicalisme, liant résistance quotidienne et anticipation du Grand Soir, ce qui compte dans les faits, c'est qu'ils ne sont ni un syndicat, ni un groupuscule politique mais un groupe communisateur ; d'autres sont en rupture avec une ultra-gauche conseillo-bordiguiste fossilisée et en font le bilan.

Certes on peut dire (et c'est très certainement vrai) que de "jeunes prolétaires" viennent aux anti-sommets pour avoir "un pur affrontement" avec l'Etat, pour s'en prendre aux symboles du capital et éventuellement à des éléments essentiels telle la prison à Gènes ( symboliquement aussi le niveau d'affrontement anticipé s'interdisant une délivrance des prisonniers) mais ils viennent justement là, à ce moment là, et c'est dans le cadre de l'action démocrate radicale que de tels affrontements, qui, quoiqu'en disent les "pacifiques" ne dépassent pas le niveau d'affrontement général, sont possibles et sont même emblématiques de l'action d'ensemble.. Constituer une aile d'un courant ne veut bien sûr pas dire qu'on est d'accord avec la majorité de ce courant, mais qu'on y est bel et bien, qu'on le veuille ou non.

En conclusion provisoire on peut dire que l'action des black blocs a été un succès, elle a polarisé les manifestations sur l'affrontement direct avec l'Etat en le posant comme élément constitutif essentiel du capital, elle a largement uni les manifestants dans la haine de la police. Son succès a été crescendo jusqu'à Gênes où l'ampleur inégalée de la manifestation, la participation élargie des manifestants à leur propre défense active, le déchaînement de la police auront été sa victoire, homologuée par sa dénonciation urbi et orbi par les ONG (ATTAC en tête).
Ce grand succès a été celui de la possibilité et de l'inévitabilité pour les anticitoyennistes d'être dans ces manifestations, du fait de leur appartenance foncière à ce mouvement anti-mondialisation libérale comme son aile gauche. La seule possibilité de radicaliser ce mouvement n'était et ne pouvait pas être dans les mots mais bien dans la rue et le black bloc l'a fait. Il a ainsi boosté l'ensemble du phénomène des anti-sommets. Les groupes qui en son sein cherchent une liaison avec un mouvement plus quotidien et de base des travailleurs n'ont aucune chance d'y parvenir, aucune positivité des luttes ne pouvant plus être capitalisée. Il faudra que l'histoire des manifs et de l'action des BB soit écrite, elle est une forme importante des luttes du nouveau cycle.

Nous sommes embarqués avec et contre le DR., mais notre opposition au DR ne se veut pas idéologique et unilatérale comme celle de l'anticitoyennisme même le plus conséquent. Si l'anticitoyennisme dénonce le DR c'est parce qu'il s'y relie dans ce que le démocratisme radical a d'essentiel, un mouvement qui nie fondamentalement le caractère strictement de classe de l'antagonisme au capital. Cette négation a deux formes liées et conflictuelles :
L'éternisation de l'horizon capitaliste du démocratisme radical.
La révolution, pour l'anticitoyennisme quand il en parle, ne s'enclenche qu'une fois dépassé l'horizon capitaliste
Le terme de multitude lancé par Negri dans Empire et qui a eu un énorme succès à Gènes signe très clairement l'abandon du caractère de classe de l'antagonisme au capital, car s'il se substitue à Masses (avec son caractère on ne peut plus compact) c'est bien pour marquer qu'il s'agit de la révolte d'une multitude d'individus isolés face au capital mondial, "l'empire".
Le dépassement des limites démocrates radicales de la lutte de classe actuelle n'est pas une "rupture" dans le champ idéologique mais bien une rupture de la reproduction du capital. Le dépassement des positions de l'anticitoyennisme par des gens qui y sont investis ne peut que se placer dans la perspective de cette rupture en critiquant la base conceptuelle générale de l'anticitoyennisme : l'individu prolétaire, se posant déjà au-delà de la classe, donc aclassiste, ni citoyen ni travailleur productif . Cette critique de sa propre base ne peut se contenter d'être révérencielle (coup de chapeau) mais ne peut être que réappropriation de la critique de l'économie politique : l'analyse de classe du mode production capitaliste comme exploitation du prolétariat, et les luttes de classes et les crises de ce mode de production ouvrant la perspective du communisme comme abolition du capital et des classes par les prolétaires.
Alors que l'anticitoyennisme, dans son immédiatisme du communisme, c'est à dire dans l'illusion de la destruction de tout lien social, se comporte comme si le communisme était déjà là, comme si le capital n'était plus maintenant qu'un communisme aliéné, paradoxalement, l'individu sans communauté de l'anticitoyennisme participe conceptuellement de l'éternisation du capital. Cette compréhension explique son centrage sur la critique de la marchandise, critique en actes symboliques dans les cassages de carreaux des " majors companies " et des banques. Ce qui est absent c'est le procès même du capital au communisme, la communisation. La communisation est absente de la théorie anticitoyenniste parce que le communisme est déjà présent pour elle !

Dans "Les témoins... l'article : " Commerce équitable mon cul " se moque de l'individu qui tout seul dans sa cuisine se donne bonne conscience en utilisant des produits labellisés "solidaires" et en plaçant son argent dans des entreprises "éthiques", qui rêve d'un capitalisme autolimité... , bref d'un capitalisme à visage humain. Oui mais ! quid de la défense des services publics, des retraites par répartition, des allocations chômage inconditionnelles, des remboursement à peu près garantis des soins et des arrêts de travail, de la défense du contrôle de ces arrêts par des médecins fonctionnaires et non des agents directs des patrons, de la revendication du revenu garanti ? Quid du refus du nucléaire et des OGM ? Quid de la revendication de la souveraineté alimentaire ? Quid du refus de la destruction de toute agriculture vivrière qui envoie les paysans du sud dans les bidonvilles géants alimenter le travail informel ? Quid de la lutte contre la pollution et la destruction d'une masse d'espèces animales et végétales ? Bref encore quid de tout ce qui va avec le commerce équitable qui demande avant tout la suppression de la dette dont on voit les derniers effets en Argentine, (sur ce point rappelons que la critique démocrate-radicale de la dette est une extériorisation de la contradiction prolétariat/capital en une contradiction entre capitaux ). Cette critique rigolote du commerce équitable fait l'impasse sur tout ce qui fonde cette revendication, parce que c'est une autre paire de manches que de critiquer le vrai programme démocratique radical. C'est une autre paire de manches si on ne veut pas simplement et mécaniquement dire : "Une seule solution la révolution !". C'est une autre paire de manche si on ne veut pas sortir un autre catalogue dont on sait pertinemment que ce sera le même ! Or l'anticitoyennisme est exactement pris entre les deux : il est l'individu qui se pense au-delà du prolétaire et ne veut pas ânonner "Une seule solution..." et ne veut pas non plus être citoyen, l'anticitoyennisme ne sait pas quoi faire des revendications alternativistes du démocratisme radical parce qu'il est lui-même alternativiste, tous deux se posent une même question : " quelle nouvelle société construire ? ". On ne peut critiquer le démocratisme radical si on reste dans la même confusion entre luttes revendicatives et construction d'une autre société. Ces revendications sont incriticables et c'est quand on cherche des revendications qui seraient une alternative qu'on reste le bec dans l'eau.
"La démocratie participative et l'économie solidaire" sont refusées, la solution c'est la surenchère sur la même base, l'individu de cette société qui nie les classes dans le mouvement même où elle les reproduit, mais en crise ! Dans cet article on a en plus un exemple parfait du coup de chapeau : "... chaque capitaliste pris isolément doit impérativement faire toujours plus de profit (augmenter le taux de plus-value aurait dit Marx) sous peine de disparaître..." D'abord il y a confusion entre taux de profit et taux de plus-value, (qui n'est pas qu'une bonne vieille formule d'un bon vieux Marx !), le taux de profit n'ayant pas un rapport direct avec le taux de plus-value au niveau d'un capitaliste individuel, ensuite, ce qui est plus important et critiquable c'est le rapport révérenciel qui n'engage à rien, qui fait écho au "vieux mouvement ouvrier" et a sa position révolutionnaire, sans la critiquer positivement, et qui par-là se dispense d'analyser le démocratisme radical et permet de faire les impasses que l'on a vues.

L'article " Les expulsés sont des citoyens comme les autres" débute ainsi : " Le citoyennisme est une machine à neutraliser toute expérience potentiellement subversive pour en faire une contestation soluble dans la réforme au prix de détournements qui frisent l'arnaque" et décrit la crapulerie de Verts proposant aux sans-papiers d'aller nettoyer les plages polluées par l'Erika et d'obtenir ainsi un "certificat de citoyen d'honneur", quelques-uns se sont fait avoir et l'un d'entre eux a été expulsé ! Autre arnaque : les pousser à revendiquer le droit de vote. L'auteur refuse que la lutte des sans - papiers pour en avoir soit qualifiée de citoyenne alors qu'ils ne seront jamais de vrais citoyens, cela ne fait pas de doute, mais l'auteur dit aussi : " Même en considérant que demander des papiers, c'est vouloir accéder à une sorte de normalité (ce qui est partiellement vrai, c'est surtout refuser des conditions de vie insupportables et s'organiser pour qu'elles changent) cette normalité est bien loin de celle du citoyen faisant valoir ses droits par l'Etat qui le représente ". On le voit cela n'a rien à voir avec ce qui est dit dans la première phrase : " expérience potentiellement subversive " détournée et rendue réformiste. Il n'y a pas eu de détournement, les sans - papiers se sont bagarrés pour avoir des papiers. Les démocrates peuvent appeler ça du réformisme s'ils veulent, car en effet les "irréguliers" voulaient une normalisation dans leur vie insupportable, et alors ? Déclarer qu'il y avait expérience potentiellement subversive est tout autant idéologique que de dire que leur lutte était citoyenne, sauf que c'est pour la bonne cause. Les luttes sont vraies et ne mentent pas sur leur contenu, celle des sans papiers ne s'est jamais déclarée citoyenne ni subversive ; il est vrai que l'auteur ne dit que "potentiellement subversive", mais d'où le tire-t-il ? C'est une projection pas une compréhension, s'organiser pour lutter c'est la lutte elle-même, autant dire que toute lutte est potentiellement subversive, c'est ce que sous-entend "Echanges" avec d'autres concepts, du point de vue que nous avançons ici, c'est faux. C'est l'immédiatisme du communisme qui pose que toute lutte peut transcroître en mouvement révolutionnaire. Ce qui semble vrai c'est que nous sommes dans un cycle de luttes qui va vers une situation révolutionnaire au travers d'une crise de l'économie, crise dans laquelle le capital existera jusqu'au bout comme contre-révolution.

* Dans le cycle de luttes actuel, deux conceptions du processus de dépassement révolutionnaire s'opposent
Nous avons d'une part, les positions posant la communisation immédiate, sans transition, au terme d'un cycle de luttes et d'accumulation du capital ( Pour nous, ce cycle débuté autour de 90 - pourra être -sera - aussi long que la restructuration des années 70 et 80).
D'autre part les positions immédiatistes qui posent que le communisme peut être produit immédiatement. La distinction n'est pas temporelle ou chronologique, elle est conceptuelle : qui fait la révolution, un sujet qui s'est débarrassé de son appartenance de classe ou le prolétariat en tant que classe dans son rapport au capital ? Est-ce une contradiction entre des classes ou entre communisme et capital ? La distinction temporelle est une conséquence. Pour nous, il est clair que la révolution ce n'est pas ici et maintenant (de la période actuelle à la révolution, nul ne connaît le chemin à parcourir), elle est plus tard, dans l'angle mort au terme du parcours et produite dans le parcours. C'est ça, l 'angle mort.

L'activité théorique doit faire exister cet angle mort. L'immédiatisme de la révolution, de fait, nie cet angle mort en se concentrant sur l'instant, au nom de l'abandon de toute transition. Une "période de transition" post révolutionnaire, bien sûr ; mais aussi la définition de la lutte de classes comme cours du mode de production capitaliste. De fait elle instaure une nouvelle sorte de transition ou plutôt un préalable : la fin du vieux mouvement ouvrier et la fin de la polarisation de la société en classes et la masse d'individus qui en résulte devient le sujet de la révolution. (cf. "l'Impasse citoyenniste" chapitre 6) Si, en effet, il ne peut plus y avoir une quelconque période de transition, il n'en demeure pas moins qu'il n'y a pas d'immédiatisme du communisme. L'angle mort n'est pas un en soi inconnaissable mais le champ des luttes et des crises que nous devons tendre sans cesse à maîtriser en sachant qu'il restera pourtant l'angle mort jusqu'à la communisation.
Nous devons sans cesse poser le débouché révolutionnaire des luttes de classe contre le capital. Il faut en effet tout de même relever que l'anticitoyennisme parle très peu de révolution, ce débouché est implicite, le terme, tellement usé et piétiné par la contre-révolution socialiste réelle est certes à manipuler avec des pincettes, mais il ne s'agit pas seulement de cela, il s'agit bien plus d'une conséquence de l'immédiatisme du communisme, qui postule un dépassement ici et maintenant dans les luttes (cf. "La potentialité subversive" vue plus haut). Ce dépassement certes s'oppose à la construction d'enclaves alternatives dans le capital mais il peut devenir un abandon du renversement social pour une résistance de tous les jours ressourcée dans les affrontements où existent - de fait - des TAZ et où se créent des liens interindividuels forts contre le capital. Ces liens étant ensuite le moyen de poursuivre la résistance dans une vie plus ou moins en rupture et/ou par des contacts élargis mais n'ayant aucune perspective autre que le quotidien et le prochain affrontement avec l'Etat. Cet immédiatisme et ce quotidiennisme ont, entre autres, comme conséquence une production analytique limitée. La réticence à l'élaboration d'un corpus dont on pense qu'il risque fort de se figer en "idéologie" (terme impropre, il s'agirait en vérité d'un programme, d'un système, l'idéologie y est déjà, il s'agit de l'humanisme) est consubstantiel à l'immédiatisme qui se fixe l'aujourd'hui comme horizon et qui se débat avec les cadavres du mouvement ouvrier, du marxisme et de l'anarchisme prolétarien. Le dépassement du programme ouvrier d'affirmation lui semble nécessiter l'abandon du caractère systématique de l'élaboration théorique typique de ce mouvement et de ses organisations. C'est radicalement juste pour les organisations et le programme, pas du tout pour la révolution comme production consciente du communisme.
Etre prolétaire ce n'est plus se revendiquer de la condition ouvrière et encore moins faire des incantations humanistes. L'Homme tient le lieu qu'occupait le "travail créateur" dans le programme ouvrier. Au-delà de l'ouvrier producteur des richesses et de l'Homme absolu il y a la communisation, non pas à glorifier mais à saisir/anticiper dans les luttes en ce que justement elles ne posent pas le socialisme mais bien l'opposition à la condition prolétarienne. Ce n'est pas la "dictature des marchés" mais la dictature du capital qui nous contraint à la condition prolétarienne et pas par pour nous empêcher de nous révolter mais bien dans l'exploitation. L'abolition du capital c'est l'abolition des classes. L'abolition de la condition prolétarienne n'est pas la libération d'un Homme enfermé dedans, c'est l'autotransformation des prolétaires en individus immédiatement sociaux, c'est la lutte contre le capital qui nous fera tels. Dans les affrontements violents des anti-sommets (mais non-guerriers contrairement à ce que certains disent) la communauté de la lutte anti - policière n'est pas un nouveau rapport social entre opposants à la police. Ce que sera l'immédiateté sociale de l'individu dans la communisation de la société est ici son propre mouvement, l'immédiateté n'est que subjective : elle devient "dynamique de groupe", le "groupe en fusion".

Après avoir critiqué l'anticitoyennisme et l'immédiatisme du communisme, il nous faut maintenant critiquer ceux qui tentent de redresser chez les anti-citoyennistes, précisement chez les Black Blocs l'abandon (dans les positions réelles sinon la parole) de la théorie du prolétariat (la révolution comme action du prolétariat en tant que classe du mode de production capitaliste).

Lire Un anticitoyennisme de classe ?

Théorie Communiste











> L' Angle mort, polémiques
1er septembre 2004, par jef   [retour au début des forums]

ce texte fait un peu double emploi avec le préviseur, non ? à moins que ce soit le contraire

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