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DE L'ANTI - IMPÉRIALISME AU PACIFISME
l'absence de perspectives révolutionnaires

jeudi 20 mars 2003


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La guerre n'est plus le moteur de l'Histoire

1- Elle ne l'est plus pour le capital

La tendance à l'Empire remplace l'impérialisme. Si la domination des pays riches sur les pays pauvres et celle des capitaux dominants sur les capitaux dominés perdure, il n'empêche que ce sont les échanges entre zones à capitaux dominants qui représentent l'essentiel du commerce mondial. C'est le processus de totalisation du capital qui détermine la place hiérarchique de chacun et qui éventuellement, procède à une redistribution des cartes. Dans cette optique, le pétrole ne représente qu'une survivance de l'économie de la rente et la détermination de son prix ne peut continuer longtemps à échapper à un véritable prix de marché. On aperçoit ici la nouveauté. Dans la phase impérialiste classique, que l'on peut dater du dernier tiers du XIXe siècle jusqu'aux années 30 du XXe, il s'agit de posséder ce dont on a besoin pour assurer sa puissance et donc aussi de gagner des territoires et leurs habitants. Le développement des firmes multinationales de la Seconde Guerre mondiale aux années 70 représente déjà une autre forme de conquête où ce ne sont plus que des marchés qui se gagnent même si c'est parfois à l'aide de coups d'État. Cela n'est plus le cas aujourd'hui avec "les investissements directs à l'étranger" qui doivent assurer la fluidité des échanges et le contrôle de l'accès aux produits stratégiques. L'écroulement du bloc "socialiste" n'a fait qu'accentuer un processus déjà bien avancé par la construction de grandes structures supra-étatiques dépassant les querelles historiques entre nations (CEE, AELE). Même sans gouvernement mondial, il n'y a plus de guerre au sens classique, mais de simples opérations de police dont les interventions au Panama, en Irak et en Afghanistan nous fournissent des exemples. Les interventions humanitaires comme dans l'ex-Yougoslavie ont la même fonction. Il n'y a plus de nécessité à conquérir des territoires quand il s'agit seulement de les contrôler.

Elle ne l'est plus pour les révolutionnaires

Pendant longtemps la guerre a été considérée comme l'accoucheuse de l'Histoire (Engels). Mais l'engendrement ne donnant pas la progéniture attendue, les marxismes-léninismes théorisèrent les notions de "défaitisme révolutionnaire" des prolétaires par rapport à leur bourgeoisie nationale et de "retournement de la guerre bourgeoise en guerre civile révolutionnaire". Cette conception a atteint son point culminant avec la révolution russe de 1917 et les révoltes de soldats en France et en Allemagne pendant la Première Guerre mondiale. Les conseils de soldats seront l'émanation de cette révolte avant d'être balayés par l'État soviétique et la contre-révolution allemande. On eut même ensuite un exemple inverse en Espagne avec une révolution qui fut détournée en guerre inter-impérialiste, ce qui a entraîné de nombreuses polémiques quant à la caractérisation exacte de l'événement. La conception d'un "débouché révolutionnaire" à la guerre inter-impérialiste atteint sont point le plus bas à la fin de la Seconde Guerre mondiale qui voit le prolétariat international rendre les armes au nom de la démocratie ou du socialisme d'État.
En dehors des courants pacifistes intégraux - assimilés à "l'esprit de Munich", contraires à l'idéologie de la Résistance et donc sortis très affaiblis de la Seconde Guerre mondiale - se développent alors des mouvements anti-impérialistes qui vont se trouver piégés par la nouvelle configuration du monde : celle d'un monde bipolaire qui implique qu'une lutte principalement orientée contre un impérialisme revient à renforcer l'autre. Dès lors, soutenir les mouvements de libération nationale n'affaiblit pas vraiment l'impérialisme puisque celui-ci modifie sa forme de domination (néo-colonialisme) et que les pays nouvellement indépendants se rallient presque tous à l'un des pôles de la division du monde. Cette réalité rend sans issue toute perspective "tiers-mondiste".
Mais si combattre son propre impérialisme et pratiquer le "défaitisme révolutionnaire" n'ont pas conduit à la révolution sociale, les luttes contre la guerre d'Algérie et contre la guerre du Vietnam auront une influence directe sur les mouvements contestataires qui s'exprimeront en France en Europe et aux États-Unis à la fin des années 60. C'est à partir de ces luttes et des critiques anti-impérialistes et anti-militaristes qu'elles impliquent, que la contestation du capitalisme réapparaît après une longue période contre-révolutionnaire. Toutefois, la guerre du Vietnam marque la fin d'une époque : la "défaite" américaine achève la période de guerre froide entre les deux blocs et trouve son pendant tardif dans la défaite soviétique en Afghanistan. C'en est fini de la guerre impérialiste [1], mais aussi de l'espoir entretenu par certains, "d'un encerclement des pays bourgeois par les pays prolétaires". Il n'y aura pas "Un, deux, trois Vietnam" comme le pensait Guevara, mais le Cambodge de Pol Pot. A partir de là, le capitalisme global va structurer son nouvel ordre par d'autres moyens.
Depuis l'écroulement de l'URSS et la marche vers l'unité du monde, les "opérations de guerre" se mènent au nom de la paix. Il est donc difficile de réactiver un pacifisme traditionnel qui s'appuie sur la critique de la guerre en soi. C'est d'autant plus difficile quand ces opérations ne mettent plus en première ligne une armée de conscription qui faisait que tout le monde se sentait plus ou moins concerné. La critique anarchiste de l'armée comme mise au pas des jeunes perd de sa force à partir du moment où les États ont supprimé la conscription pour engager des professionnels et des mercenaires.
L'analyse révolutionnaire classique - telle celle du groupe "Socialisme ou Barbarie" en 1949 qui voyait une contradiction identique vécue par le prolétaire aussi bien en tant qu'ouvrier qu'en tant que soldat, ce qui donc aurait pu le conduire à retourner et les moyens de production et les moyens de destruction contre ses exploiteurs - est rendue caduque par le fait que le prolétaire a même perdu le contact avec ces moyens. La substitution toujours plus grande de capital fixe au travail vivant le relègue à une situation complètement contingente dans laquelle, au mieux, il est un simple supplétif de la machine productive comme de la machine de guerre (virtualisation de la guerre, téléguidage de destructions à distance, "opérations chirurgicales").

Pourquoi une nouvelle intervention en Irak ?

La position américaine représente une option et non une nécessité absolue pour les États-Unis et pour le monde en général. Elle cherche à réinvestir une dimension politique dans la marche du monde en exprimant une réelle souveraineté à portée universelle, mais une souveraineté qui a du mal à prouver sa légitimité. Pour les néo-conservateurs américains, il ne s'agit pas simplement d'étendre la libre circulation des marchandises et des hommes, mais d'étendre aussi le modèle politique qui correspond à cette réalité économique. Nous avons affaire à un volontarisme politique et idéologique qui apparaît d'autant plus "choquant" que : 1) il se situe dans un contexte d'affaiblissement de ces deux dimensions (déclin et crise de la politique, "fin des grandes idéologies") ; 2) il provient d'un courant qui n'est pas connu pour sa volonté à bouleverser l'ordre des choses. Cela explique en partie qu'il ait surpris certains de ses anciens alliés de la première intervention dans le Golfe. Le soubresaut du 11 septembre a en effet changé la donne en mettant fin à une stratégie d'équilibre qui permettait de tolérer encore des Saddam, des Ben Laden et autres islamistes pakistanais. La lutte anti terroriste est devenue partie intégrante d'une stratégie impériale. Cela ne signifie pas que l'intervention armée en Irak est inéluctable car l'offensive américaine, qui n'a d'ailleurs jamais cessée depuis l'intervention en Afghanistan, peut prendre des formes diverses. Nous disons cela, non en vertu d'une théorie infaillible qui nous permettrait de dire l'avenir, mais à partir d'une activité critique qui ne cède pas aux banalités de base (logique du capital = logique de guerre, par exemple), sans pour autant verser dans l'extravagance. En tout cas, jamais nous ne courrons au devant de la guerre pour mieux pouvoir ensuite la dénoncer.

Que faire ?

Face à cette nouvelle situation, certains recherchent à tout prix les arguments qui peuvent recréer le lien historique entre guerre et. capitalisme, c'est à dire, finalement, le lien économique, qui viendrait tout expliquer et rassurer. Faire appel à la nature impérialiste de toute guerre est ainsi une solution de facilité, surtout si cet appel peut reposer sur un anti américanisme qui, combiné à un peu d'anti lepénisme, représente bien le nouveau "socialisme des imbéciles". Chirac est assurément le président de 82% des Français !
L'extrême-gauche, après avoir fait tomber Jospin, ressuscite le fantôme du gaullisme et n'arrive même plus à se distinguer d'un gouvernement pour qui elle a finalement appelé à voter. Le pétrole du Caucase a servi d'explication pour l'intervention dans les Balkans, alors pourquoi ne pas servir le même coup du pétrole pour une nouvelle intervention en Irak ? Cela est censé montrer le caractère inéluctable de la guerre en système capitaliste car celui-ci y trouverait soit la source de nouveaux profits soit une solution à ses contradictions internes. A partir de là le contact est rétablit avec le dogme et on peut espérer faire le lien entre lutte contre la guerre et lutte contre le capital. On pense ainsi se distinguer du simple "pacifisme bêlant". Mais aujourd'hui, encore plus qu'en 1991, le "non à la guerre" ne peut que masquer l'incapacité à dépasser cette attitude pacifiste. Peu importe, alors les pratiques avant gardistes des "activistes" contre la guerre (blocage des trains de matériel militaire américain), quand une décision du Parlement turc se révèle plus efficace que toute leur agitation. S'il y a une continuité entre les mouvements anti globalisation et le mouvement contre la guerre, c'est bien dans cette incapacité objective et subjective à dégager une perspective autre que celles qui se confondent avec les différentes fractions du capital. Il ne s'agit pas de se réfugier dans l'hypercritique ou le retrait mais il faut en prendre acte.

Temps Critiques


[1] Pour nous, il n'y a pas de commune mesure entre l'intervention soviétique en Afghanistan, encore mâtinée d'impérialisme et l'intervention russe en Tchétchénie qui relève de l'opération de police.











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