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Communisation
PRÉSENTATION DU PROJET DE REVUE

Première publication : 28 septembre 2002, mise en ligne: jeudi 3 octobre 2002, par Christian Charrier


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Il y a 8 contribution(s) au forum.

(1/8) 20 octobre 2004, jef

(2/8) 19 octobre 2004, jef

(3/8) 8 octobre 2004, C. charrier

(4/8) 13 septembre 2004, telline

(5/8) 9 septembre 2004, ADK

(6/8) 9 septembre 2004, ADK

(7/8) 8 septembre 2004, ADK

(8/8) 1er septembre 2004, jef





La prochaine révolution sera communisation de la société, c'est-à-dire sa destruction, sans "période de transition" ni "dictature du prolétariat", destruction des classes et du salariat, de toute forme d'Etat ou de totalité subsumant les individus…

La prochaine révolution sera communisation de la société, c'est-à-dire sa destruction, sans "période de transition" ni "dictature du prolétariat", destruction des classes et du salariat, de toute forme d'Etat ou de totalité subsumant les individus… Ce qui revient à dire que rien dans la société actuelle ne préfigure son futur communiste, ni comme organisation ni comme expérimentation sociale, que la communisation de celle-ci n'est pas un processus graduel déjà à l'œuvre mais débute strictement avec la révolution.

Dans sa généralité, ce "résultat" est théoriquement acquis depuis le milieu des années soixante dix par tout ceux qui, individus ou groupes, se sont livrés à une critique du paradigme révolutionnaire développé par le mouvement ouvrier et pour lesquels celle-ci n'a pas abouti à un abandon pur et simple de la théorie de la lutte de classes.
Pour autant, cette unité de vue sur le processus révolutionnaire dans son but final n'a pas empêché les divergences quant au sens du processus lui-même ou sur ses déterminations, divergences qu'il est cependant possible de réunir en deux grands courants autour de la perspective historique dans laquelle s'inscrit la révolution communiste.

Pour le premier courant - premier parce que majoritaire (et auquel la critique révolutionnaire du "citoyennisme" vient aujourd'hui redonner une nouvelle jeunesse) - la révolution communiste est l'aboutissement de l'arc historique universel de l'aliénation de l'Homme par et dans le travail et ou la valeur ; le mode de production capitaliste, en ce sens, est l'ultime étape de ce processus qui conduit nécessairement à l'abolition du travail et donc des classes, du capital, etc. Pour cette raison nous nommons ce courant courant universaliste de la théorie de la révolution communiste.
A ce titre, tous les antagonismes du capitalisme sont la manifestation phénoménale d'une contradiction essentielle antérieure à la période capitaliste, propre à l'Homme, au genre humain dans son aliénation. L'analyse du travail en général et sa critique, la recherche de ce qui fait du prolétariat un sujet révolutionnaire, sont au cœur des analyses de ce courant pour lequel les pratiques de "refus du travail" sont un moment essentiel de la lutte de classes.
Le livre de Bruno Astarian : Le travail est son dépassement (Éd. SENONEVERO, Paris 2001) est particulièrement représentatif du courant universaliste ; même s'il n'en épuise pas toutes les tendances ni n'en reprend tous les thèmes, il en offre l'une des versions les plus constuite.

Pour l'autre courant - largement minoritaire - la révolution communiste est un produit historique exclusif du mode de production capitalistes, c'est-à-dire de la société actuelle ; pour cette raison nous le nommons courant actualiste de la révolution communiste.
La problématique essentielle de celui-ci tient en une question : comment une classe agissant strictement en tant que classe de la société capitaliste peut-elle abolir les classes ? C'est par ce "strictement" que le courant actualiste s'oppose au courant universaliste dans la mesure où il n'admet aucune contradiction qui fasse du prolétariat quelque chose de plus que ce qu'il est dans les rapports sociaux capitalistes, quelle que soit la nature ou l'origine de cette contradiction. Seule l'exploitation, qui recouvre la contradiction entre le prolétariat et le capital comme procès de sa propre abolition, porte inéluctablement la révolution communiste.
La revue THEORIE COMMUNISTE est le principal tenant du courant actualiste, qui s'est constituée contre le courant universaliste dès son second numéro (Jan. 1979) ; la revue anglaise AUFHEBEN tend aujourd'hui à se rapprocher de ce courant.

Ce tableau de la théorie de la révolution communiste est forcément schématique dans la mesure où les deux courants ne sont pas des blocs monolithiques - surtout le courant universaliste . En outre, il ne prétend pas à la neutralité théorique. Quoi qu'il en soit, depuis trente ans, donc, "universalisme" et "actualisme" se font concurrence sans pour autant parvenir à se réfuter mutuellement ou à sa dépasser… Disons tout de suite qu'il n'est pas question ici de prendre parti pour l'un ou pour l'autre ou de départager chez chacun l'ivraie du bon grain, pas plus qu'il n'est question de jeter les deux courants en vrac aux orties.
On trouvera dans une anthologie à paraître aux Éd. SENONEVERO les principaux textes fondateurs de ceux-ci et notamment le texte de J. Barrot (alias G. Dauvé) sur l'idéologie ultra-gauche (1969) qui peut être considéré comme le texte fondateur de la chose, avant que les deux courants ne se distinguent clairement.

COMMUNISATION n'a pas l'exclusivité de cette vision de la théorie de la révolution communiste actuelle : dans un texte récent (Prolétaire et travail : une histoire d'amour  ?) Gilles Dauvé et Karl Nesik renvoient de fait les deux courants dos-à-dos à partir d'une critique de ce qu'il nomme le "déterminisme", c'est-à-dire de toute position qui considère la révolution comme nécessaire ou inéluctable, quel que soit le point de départ : qu'il s'agisse du courant actualiste pour lequel elle est un « achèvement de ce que l'on présente comme le cycle de vie du capital » ou bien le courant universaliste qui perçoit la crise révolutionnaire comme « conclusion programmée d'un arc historique dont l'évolution naturelle porterait le communisme. »
Cependant, confondus dans une même vision déterministe de la révolution, les deux courants ne sont pas ici identifiés comme tels (quel que pourrait être par ailleurs le nom qu'on leur donne), c'est-à-dire dans leur cohérence globale et donc dans leur finitude. C'est ainsi que la critique de Dauvé et Nesik ne sort pas radicalement de l'orbite du courant universaliste dans sa recherche d'un sujet révolutionnaire, d'une « subjectivité sociale » et que son "indéterminsme" devient un "idéalisme de la liberté".. Pour autant, leur critique ne doit pas être traitée sotta la gamba dans la mesure où elle suppose la plupart des enjeux de la théorie de la révolution communiste actuelle telle qu'elle se présente aujourd'hui, tant du point de vue du "contenu" que de la "méthode" de ses deux courants. Ils ne vont tout simplement pas jusqu'au bout de la logique qu'ils initient, ce qui est précisément le projet de COMMUNISATION, par toutes les voies possibles.

Pour ce faire il faut commencer par identifier les deux courants dans leur cohérence, ce qui signifie qu'il faut placer la théorie de la révolution communiste dans une perspective historique ; mais cela nécessite alors de ne pas supposer comme le font Dauvé et Nesik que « rien de fondamental n'a changé depuis 1867 » (date de publication du Capital) dans le capitalisme. Cela suppose au contraire d'admettre la réalité, c'est-à-dire le fait que malgré l'existence d'invariants généraux dans le mode de production capitaliste, celui-ci a une histoire, de même que la lutte de classes, que l'exploitation a connu des transformation depuis les origines du capitalisme qui ne se réduisent pas à la grande coupure du passage de la subordination formelle du travail par le capital à sa subordination réelle, que celle-ci a elle-même une histoire et que nous sommes aujourd'hui dans cette histoire…
Se placer ainsi dans une perspective historique revient à reconnaître qu'il existe des cycles théorique déterminés ayant un début et une fin, au même titre qu'il existe des cycles de la lutte de classes. Toute la question est alors celle du bilan critique du cycle ouvert à la fin des années soixante et de son devenir actuel dans le cadre de la crise qui a frappé ce que l'on a appelé le "modèle fordiste" d'accumulation du capital. Ainsi la nécessité de ce bilan n'est-elle pas de nature subjective, le produit de quelques volontés singulières : elle renvoie à une autre question qui est celle des transformations qui ont affectés le mode de production capitaliste au cours de ces trente dernières années.

Nous n'entrerons pas ici dans le débat sur la "restructuration" du capital : que l'on pense qu'elle est par définition de ce qu'est le capital impossible, qu'elle est désormais achevée ou qu'elle n'a pas (encore ?) abouti… on ne peut nier, ne serait-ce que d'un simple point de vue empirique, les transformations apportées par la classe capitaliste au procès d'ensemble du capital. Que les mesures prises soient négatives ou positives, que la chose soit achevée ou non dans son détail importe peu : il suffit de constater que le "cadre objectif" de la lutte de classes a changé pour poser la question du devenir du cycle théorique actuel.
L'enjeu est au moins aussi important que celui auquel nous nous sommes trouvés confrontés à la fin des années soixante lorsqu'il s'est agit d'établir la critique du paradigme révolutionnaire porté par le mouvement ouvrier ; mais cet enjeu doit-il se traduire en termes de rupture avec l'existant et de refondation globale de la théorie de la révolution communiste, en termes de réformation ou en termes d'approfondissement… c'est une première question. Ce bilan critique doit-il se limiter au dernièr cycle théorique - et doit-on considérer celui-ci comme achevé ou non -, ou bien doit-il s'élargir aux sources marxiennes de celui-ci - et jusqu'à quel point -, c'est le seconde question.
La théorie de la révolution communiste ne peut échapper à ces deux questions sauf à se figer en théorie positive de la révolution qui perdure, dure pour elle-même (et par là devient un schéma qu'il est possible d'appliquer sur n'importe quel objet), et ceci quelle qu'ait été sa force critique antérieure. Que le courant universaliste tout autant que le courant actualiste aient "fait leurs preuves", nul ne le nie… raison de plus pour mettre ceux-ci à l'épreuve de la réalité actuelle de la lutte de classes telle qu'elle se donne à voir immédiatement dans son cours quotidien, lorsque la classe prolétaire et la classe capitaliste s'affrontent dans la défense unilatérale de leurs conditions de reproduction immédiates respectives. C'est alors que s'impose une autre question (nullement subsidiaire !) : comment et dans quelles circonstances cet affrontement peut-il "dévier" de son sens défensif et prendre un tour révolutionnaire, c'est-à-dire se résoudre dans l'abolition de la lutte de classes et la communisation immédiate de la société ?
En ce sens le bilan critique du cycle théorique actuel est une autocritique, ce qui veux dire, comme nous l'avons déjà dit, qu'il n'est pas un regard singulier porté sur la chose, de l'extérieur de celle-ci ou d'ailleurs. Comme l'écrit Hegel « Si la réfutation va au fond des choses, c'est qu'elle est tirée de lui-même et développée à partir de lui, non pas mise en œuvre du dehors à l'aide d'idées opposées qu'on énonce simplement avec assurance ou qu'on vient à avoir » [1] . Pour cela le bilan critique concerne tous les tenants actuels de la théorie de la révolution communiste, pour autant qu'ils en perçoivent le besoin…

Pour toutes ces raisons la décision de publier une nouvelle revue ne tient pas au hasard et n'intervient pas à n'importe quel moment. Pour ces raisons également, COMMUNISATION n'est pas l'organe d'un groupe proposant une nouvelle cohérence théorique globale et systématique : ses colonnes sont ouvertes à qui voudra les occuper dans le cadre de la problématique exposée dans ces lignes. A ce titre elle est forcément diverse dans ses contenus et elle ne peut légitimement revendiquer que la pertinence des questions posées et des sujets abordés du point de vue de la révolution comme communisation immédiate de la société. Pour autant cette diversité ne s'épuise pas dans une simple forme éditoriale : en tant que processus autocritique du cycle théorique actuel elle est en elle-même une position théorique de fond.

Septembre 2002


[1] Hegel, Préface à la Phénoménologie de l'esprit, Éd. Vrin, Paris 1997, § 24, p. 77.

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Christian Charrier
La Matérielle









> Il n'y a pas de théorie révolutionnaire
9 septembre 2004, par ADK   [retour au début des forums]

Ai-je bien compris, mais je ne pense pas que la vision de jef (article critiquant le texte communisation de mr. Charrier), soit en contradiction avec celle de ce dernier : la théorie dite scientifique de la révolution peut être totalement erronée et la révolution advenir... à condition de ne pas sentir liés par ladite théorie. Rien n'empêche de le penser.

Il n'y a pas de théorie révolutionnaire qui puisse faire souche en se fondant sur la seule cohérence historique alléguée de mouvements abstraitement définis. Je pense que ceci découle du sens de l'idée de causalité. Toute théorie de la révolution future qui tendrait à faire état d'une telle chose, d'une révolution rendue nécessaire par une évolution historique et, inéluctable, due à un phénomène positivement ou théoriquement authentifiable ne me semble pas articulée valablement. Il y manquerait trop un certain subjectisme. D'autre part, je pense qu'on sait trop peu de choses sur les mécanismes constitutifs des classes sociales, de sorte qu'il n'y a vraiment pas lieu de prétendre que la lutte des classes va mener inéluctablement à un processus de transformation révolutionnaire de la société. Je pense qu'il s'agirait d'étudier les révolutions pour saisir le mécanisme qui les amène. Je pencherais plutôt pour un fondement pragmatique des révolutions. Je pense que certains contextes, situations, véhiculent des évidences particulières qui, moyennant certaines conditions, font percevoir la nécessité d'un processus révolutionnaire. Le travail évolue. Le fondement prétendu d'une révolution anticapitaliste par une cohorte de théoriciens semble se dérober. Il n'y a pas de preuve qu'un processus révolutionnaire ait des chances d'aboutir, ni même qu'il fût en cours. La poussée révolutionnaire du début du vingtième siècle s'est pratiquement éteinte. Quelqu'un a parlé de péremption ! Je pense que les analyses et les théories de la démocratie, du travail, du marché, notamment, de la liberté, sont beaucoup trop lacunaires que pour pouvoir prétendre mener à une révolution. La théorie sociale elle-même me paraît beaucoup trop limitée. Nul n'a la moindre idée de la manière dont pourrait fonctionner une société égalitaire. Pourtant on sait que seule l'égalité permet de combattre la misère sociale, et donc, par transitivité, la violence sociale, et aussi la guerre. Cela étant, même si on le sait vaguement, qui a jugé bon jusqu'ici de développer théoriquement ce point de vue. Je pense que ce qui amène aussi une révolution, c'est une théorie révolutionnaire qui « semble » tenir debout, qui satisfait une série de conditions. Historiquement, je pense que ce qui a permis l'émergence de ce genre de bonne théorie au cours de la période moderne, c'est le travail de sape de la religion au cours d'un millénaire, celui de ses conceptions morales disons, et le bouleversement de la Réforme qui a ôté le voile jeté depuis toujours sur la complexité de l'esprit humain et sur ses contradictions. C'est aussi peut-être le rôle joué par les intellectuels. Ils semblent jouer un rôle majeur dans la constitution des États Nations modernes, dans le développement de la réflexion politique notamment. Les révolutions modernes sont pratiquement les actes de créations des états actuels. On peut m'objecter que la France existe depuis près d'un millénaire quand la révolution française éclate, il n'en reste pas moins que cette dernière parachève la création de l'état français moderne, qu'elle lui donne forme en quelque sorte, de quelque forme qu'il s'agisse. Qu'est-ce que le capitalisme a à voir avec la forme moderne des états-nations actuels ? Leur relation réciproque, leur lien de cause à effet sont souvent jugés évidents. Encore faudrait-il justifier une telle conception ? Il me semble en effet que l'exploitation a existé de tout temps. De fait, le salariat est une invention récente. Mais faut-il abolir l'exploitation ou le salariat ? Et si l'abolition de l'exploitation n'impliquait pas ipso facto celle du salariat ? Prétendre une telle chose semble aller à contre-sens du courant, mais qu'en est-il de ce courant dominant (du moins dans l'angle mort laissé par la liberté de pensée à toutes sortes de réflexions), de sa légitimité, de ses fondements théoriques précisément ? Quelles preuves avons-nous de leur fiabilité ? Aucune justement. Le texte intitulé « Communisation, pas par hasard » décrit les courants théoriques de la révolution communistes existants de manière cohérente et intéressante. Ceci me paraît très utile. Lorsqu'il évoque avec prudence et réserve les théories qui partent du point de vue qu'un cycle aurait débuté au cours des années soixante et qu'il se caractériserait par la crise ou par la disparition du fordisme, il est à mon avis objectif et scientifique. Rien ne prouve que le cycle auquel l'époque actuelle se voit confrontée ait quoi que ce soit à voir avec un cycle qui se clôturerait par une révolution. À moins qu'il ne s'agisse de tout autre chose que de la transformation toute relative d'un mode d'organisation du travail, les changements qui caractérisent cette transformation sont à mon avis beaucoup trop peu significatifs ! L'incapacité à penser ces changements suffisamment en profondeur exclut à mon sens toute issue réellement révolutionnaire à la crise actuelle. Ce qui caractérise la pensée de Marx et du marxisme, peut-être est-ce le fait d'avoir élaboré une « théorie de la révolution » et peut-être est-ce dans cette théorie et moyennant son approfondissement que la future forme d'organisation politique et aussi sociale, celle à laquelle donnera lieu la prochaine révolution ou le prochain cycle révolutionnaire, puisera ses caractéristiques, ses concepts formels. Il me semble en tout cas que thématiser la question d'une forme révolutionnaire peut amener à thématiser d'une nouvelle façon sur la question de l'état. Or, il est un fait, c'est que toute révolution transforme durablement la forme étatique existante. Cette théorie, je le pense, existe à l'état embryonnaire. Elle n'existe pas encore. Même si ce qui existe est extrêmement délicat à maîtriser. Son état actuel est relativement complexe, en même temps que fort confus. J'en veux pour preuve que Trotzky, en rédigeant un texte intitulé De la révolution permanente ne nous dit pas pratiquement rien à ce sujet, du moins sur un plan théorique. À nous, aux théoriciens politiques communistes de la développer, mais encore une fois, en ne rejetant rien a priori, mais en n'acceptant rien a priori non plus…

> Communisation
1er septembre 2004, par jef   [retour au début des forums]
SZ VBIZN

ce qu'il y a de bien avec Charrier c'est qu'un catéchumène comme moi sait rapidement à quoi s'en tenir au sujet des termes du débat. il appara^it clairement que l'heure est à l'abandon de la thèse enlisée selon laquelle l'action de la classe en tant que classe produit le dépassement du capital. il faut entendre par cette thèse que la diction contradictoire de la classe contrastant avec le p^ole contraire-identique, auquel cette contradiction est réductible ou identifiable à l'accent près, entre en contradiction avec elle-m^eme de manière cette fois insupportable pour la contradiction en procès. mais il y a là deux contradictions, semble-t-il. celle du capital(/prolétariat) accumulant et détruisant le travail à la fois, et celle du prolétariat(/capital) avec lui-m^eme en tant que classe. le communisme est déjà présent (pas de problèmes) dans la contradiction par laquelle se définit le prolétariat (les problèmes commencent ici) en vue d'exténuer la contradiction dont se supporte le capital. pourquoi ne pas dire tout de suite qu'on en revient à la bonne vieille baisse du taux de profit sans phrase,c'est-à-dire sans contre-tendances ? pourquoi parler de nécessité du communisme qui soit autre qu'une nécessité irréductiblement extérieure à celle du capital à m^eme le mouvement de ce dernier, c'est-à-dire exposée au fracassement définitif ? car si le caractère potentiellement insupportable de la contradiction dont le procès se supporte pour l'heure tient précisément à la nature processuelle de la contradiction (d'accord encore), pourquoi faire co"incider l'écroulement du capital avec l'avènement du communisme ? j'ai l'impression qu'avec TC/meeting on est en plein zusammenbruchstheorie sans oser la nommer. le refus de la nature révolutionnaire du prolétariat reconduit paradoxalement à un autre nécessitarisme, celui selon lequel le capital fait le boulot tout seul. L'alternative, c'est que la société capitaliste est non bouclée, que son totalitarisme est tendanciel et jamais achevé, et que le bois dont fait flèche la révolution, c'est la mémoire irréduite. la lutte de classe, la tendance à la constitution d'un sujet antagonique dans et à travers toute l'histoire du capital certes consolide le travail abstrait conforme à l'essence du capital, mais s'y dérobe par là où elle est la tra^ine stellaire d'une mémoire pré-moderne, qui ombre le travail comme sa destruction. cette contradiction est à terme ce que j'appelle une contrariété, c'est-à-dire qu'il s'agit d'une contradiction intenable, car il y a va de sujets insubjectivables. la lutte de classes, c'est la schizophrénie du prolétariat ; avec le fin de la schizophrénie, c'est la fin de la révolution. le capital peut donc s'épuiser et finir sans que la communisme ne prenne la relève. il n'y a donc pas dépassement du capital, ce qui s'apparente trop à l'abolition où à la négation, qui sont des concepts sursomptifs, tendus à la spéculation, hégéliens, mais destruction. ne parlons pas ici des thèses universalistes, qui renvoient l'essence du prolétariat à celle de l'homme. il s'agissait seulement d'une critique possible de l'actualisme, non pas tant dans son actualisme d'ailleurs, que dans son zusammmenbruchisme rentré et honteux. la question de la non-transcroissance et de l'immédiatisme est une autre paire de manches ; il s'agirait aussi de désenchanter des formules incantatoires. j'ai cru comprendre qu'il n'y avait pas de transition (d'accord) mais bien un procès révolutionnaire, à moins que ce soit un procès pré-révolutionnaire que la révolution conclurait de manière instantanée : passage, saut qualitatif. d'accord toujours à cette réserve près, appelant éclaircissement. la question pour moi est donc celle du procès, celle dont on ne parle jamais. je pense au réseau de l'amitié (le communisme est déjà là mais en dehors de la contrdiction en procès, comme l'excès du premier moulinet ou de la petite circulation par rapport à la production capitaliste, singularité autre que la singularité productive de plus value selon tombazos et hegel) comme coordination en guise d'organisation politique spontanée : non volontariste, non libre-artbitragiste ; stratégie de l'ent^etement. enfin, à plus tard de toute façon pour cette question et toutes les autres.

  • >Philosophie marxiste et philosophie bourgeoise
    8 septembre 2004, par
    ADK   [retour au début des forums]

    Ce que je me demande, moi, c'est comment la philosophie bourgeoise s'est muée en philosophie marxiste, ou marxienne, ou encore, comment la philosophie marxienne, celle qui prend appui sur Marx s'est muée en philosophie bourgeoise. Comment a-t-elle fait pour transformer la philosophie bourgeoise qui n'était qu'un développement de principes supérieurs, d'idées, et une affectation, en jargonage ésotérique intégral. Les termes "jargonage ésotérique" sont loin de représenter réellement ce qu'il en est de la philosophie dite marxiste. Pour préciser ma pensée, je dirais en premier lieu, que certains termes, la plupart du temps "non définis", interviennent systématiquement dans certains textes au demeurant incompréhensibles alors qu'ils n'ont de portée qu'au sein d'une autre philosophie, celle de Marx à proprement parler - je ne pense pas que le fait de recourir au mêmes termes que Marx fasse d'un texte un texte à la hauteur de la philosophie de ce penseur. En second lieu, il me semble que ce dernier procédé fonde une relative cohérence interne au discours en question qui permette de polémiquer sans fin et sans objet, car, de fait, ces discours ne permettent absolument pas de capter ce qu'il en est du monde comme on dit. Cette façon de faire a tellement tendance à assommer le lecteur courageux, le militant fidèle, l'activiste conscientieux, qu'elle finit par l'abêtir. Comme un dogme quelconque, ce discours inculque une sorte de doxa stérile et sans intelligence. De sorte qu'elle fanatiserait si elle avait la moindre emprise sur quoi que ce soit - elle a encore un certain poids en tant que référence pure de certains membres de mouvements syndicaux ! (Je ne suis du reste pas loin de voir dans le syndicalisme actuel une forme de fanatisme.) Cette doxa rend idiot et prétentieux ou alors dissuade quiconque a un certain conscience politique de s'intéresser à de multiples mouvements dits sociaux. Ou alors elle discrédite, agissant bien comme une philosophie bourgeoise - dans le mauvais sens du terme, le sens auquel a recours Paul Nizan. Je pense que les choses sont claires : la philosophie marxiste (communiste) actuelle noyaute la plupart des mouvement sociaux, ou noyaute les luttes de classes en servant de réfence aux dits courants syndicalistes, ou encore politiques de gauche "dite" extrême. Il s'agit bien d'une philosophie bourgeoise à part entière. Rien à voir avec des penseurs qui écrivent notamment sur le travail, ou alors sur la démocratie, sur l'idéologie économique actuelle, qui ont certes lu et approfondi Marx à un moment ou à un autre, mais dont la caractéristique consiste à avoir pris leurs distances par rapport à la doxa qui se recommande de la seule théorie dite marxiste existante, qui est comparable à une forme de scolastique, et à parler du monde tel que les gens y font référence actuellement. Il y aurait encore maintes choses à dire sur ce point ! Allez Jef, t'es pas tout seul...

    ADK

  • > Corrrection communiste
    9 septembre 2004, par
    ADK   [retour au début des forums]

    Cette fois, seulement un mot. J'ai dû relire trois fois l'article de jef écrit en réponse à l'article communisation de Christian Charrier. Je me suis planté. Je ne pense pas qu'il s'agisse de philosophie bourgeoise. J'ai vu rouge parce que je n'ai rien compris à un langage exceptionnelement enlevé et complexe à saisir. et aussi parce que je venais de lire un article paru sur le site senonevero qui m'avait fait hurler de rire et de dépit. Celui-là était réellement abscons. Il y a longtemps que je n'étais pas tombé sur des textes aussi bien torchés et consacrés à la théorie communiste de la révolution que ceux de Charrier et de jef..., chacun suivant son style. Je ne retire pas ipso facto ce que j'ai écrit sur la philosophie communiste et bourgeoise, mais je dirais que jef maîtrise à peu de choses près parfaitement le langage théorique. Son texte est en fait un vrai festival. "Exténuer la contradiction dont se supporte le capital" : il n'y rien à faire, c'est plutôt joliment dit. Un peu trop de mots à cinq sous, cependant, qui font désespérer de bien saisir ce dont il est réellement question à moins de relire et de relire encore. Je pense, personnellement, que chaque expression ici nécessiterait un chapitre d'explications... Mais ça tient la route, pour sûr. Un beau texte, sans plus.

    ADK

  • > Communisation
    8 octobre 2004, par
    C. charrier   [retour au début des forums]

    jef écrit :

    « il apparaîit clairement que l'heure est à l'abandon de la thèse enlisée selon laquelle l'action de la classe en tant que classe produit le dépassement du capital. » Puis en conclusion : « le refus de la nature révolutionnaire du prolétariat reconduit paradoxalement à un autre nécessitarisme, celui selon lequel le capital fait le boulot tout seul. »

    Si je comprend bien le point de départ et le point d'arrivée pour eux-même j'avoue ne rien comprendre aux propos intermédiaires : « il faut entendre par cette thèse que la diction contradictoire de la classe contrastant avec le pôle contraire-identique, auquel cette contradiction est réductible ou identifiable à l'accent près, etc. » Ma fréquentation de Hegel m'a habitué à une langue difficile et j'ose dire qu'en général j'arrive à m'y retrouver dans la mesure ou H ne « fait pas du style », mais là je nage complètement ! Peux-tu m'expliquer un peu plus simplement ton commentaire de la première proposition ? Peux-tu me dire également ce qu'est cette « zusammenbruchstheorie » dont TC/Meeting seraient victime (au passage je te signale que TC n'est pas tout Meeting et que Meeting n'est pas tout TC). Merci d'avance.

    • > Communisation
      19 octobre 2004, par
      jef   [retour au début des forums]

      cher charrier 1000 excuses pour le retard, débordement . je réponds ces jours-ci à toi

      • > Communisation
        20 octobre 2004, par
        jef   [retour au début des forums]

        me voici me voilà, 12 jours. on a pris l'habitude de considérer avec Roland que oui, le capital est cette contradiction en procès qui se supporte : pas une contradiction qui s'écroule, comme l'ont cru 124 ans les fidèles de la religion marxiste pour qui ce qui est contradictoire s'écroule dans le néant aussitôt dit. le capital n'est pas kantien mais hegelien : contradiction en procès. très bien. mais d'où sort la révolution ? de nulle part ailleurs, nous dit toujours RS, de l'action de la classe en tant que classe. autrement dit, la contradiction se supprime à supprimer l'un de ses pôles. or pour se supprimer, le pôle prolétarien, qui supprime par là tout le reste, à savoir le capital comme tel, entre en contradiction avec soi-même. 1.comme si on entrait en contradiction avec autre chose que soi-même. 2.il y a deux contradictions : celle du capital : travail et non-travail, travail vivant et travail mort qui le supprime ; celle du prolétariat : classe et non-classe, classe qui comme classe et comme rien d'autre se supprime comme classe. la première, celle du capital, je la disais se décliner sous une double forme, dont la duplicité n'est qu'une question d'accent, que l'on porte sur le capital ou sur le travail : à savoir : le capital comme travail et non-travail, mais dans l'élément du capital (les exploiteurs), et le capital comme travail et non-travail, mais dans l'élément cette-fois du travail (les exploités). la seconde, je l'appelle contrariété (pas de traduction allemande, rien à voir avec l'entgegensetzung, op-position traduite 'contrariété' par ce grand fou de gandillac), c'est-à-dire une 'contradiction' schizophrène, car elle n'est pas d'un sujet, mais de deux qui se détruisent au sein d'un seul, qui n'est un qu'en apparence : 'contradiction' effective, aussi effective que celle du capital, à ceci près qu'elle ne se supporte pas : sic et non, comme travailleur, je tends à supprimer le travail et partant le capital, mais à terme, l'une essence supprime l'autre, du capital et de ce qui le supprime. la grande question est : qu'est-ce qui le supprime ? la classe comme classe et rien d'autre ? non, sinon, retour au quasi-sujet molaire et ensorceleur du capital, dont la contradiction se supporte très bien (qu'on arrête avec la baisse tendancielle du taux de profit, il y a les contre-tendances au paragraphe suivant). donc quelque chose d'irréductible à la classe qui dans la classe fout celle-ci en l'air : le communisme. le communisme ne se formule que sur le terrain du capital, mais son combustible lui vient de quelque chose qui lui est irréductible et est donc pré-moderne : l'immédiateté sociale de l'individu (OK avec TC). le communisme est l'immédiateté sociale prémoderne de l'individu passé au crible du capital, c'est-à-dire sans le pouvoir prémoderne, et passé par l'atomisation apparente (c'est-à-dire réelle seulement de manière abstraite)opérée par le capital. le communisme immédiatise la socialité de l'individu héritée du pré-moderne, mais passe à travers la singularisation capitaliste : c'est-à-dire que la relance du tout passe partout et par chacun, et que les masses cessent d'être distribuées par l'idée, comme disait hegel, avec les démiurges d'un côté, les décidés de l'autre. on criera : hegel ! marxisme ! point du tout. le communisme détruit le pouvoir pré-moderne et le pouvoir moderne de la valeur, ne les relève (hebt auf) pas, ne les sursume pas : c'est pourquoi il faut se méfier des supprimer/nier/abolir qui ont souvent été associés avec la dialectique dans une perspective sursomptive : ce qui est nié/aboli/supprimé est conservé/relevé à un niveau supérieur. niet : le communisme prend ici et là, mais détruit définitivement (sans trace, sans relève, sinon sur le mode d'une mémoire mythologisante de plus en plus ludique, rieuse) à la fois le principe hiérarchique prémoderne et celui profane-archique de la valeur.

        la zusammenbruchstheorie, c'est la théorie de l'anti-révisionnisme des années 20 à la hendryk grossmann, du marxisme orthodoxe, selon lequel le capital s'écroule tout seul. inutile de souligner le paradoxe que cette théorie sortait tout droit du 3e internationalisme, et a été reprise par les conseillistes à la mattick (cf. sa théorie des crises). or avec TC et Roland, on refuse le procès automatique, au fond hégélien, qui produit le communisme, mais curieusement, la révolution ne sort de rien d'autre que de l'épuisement de la contradiction en procès et se supportant du capital, qui finit par ne plus se supporter, pour preuve la baisse tendancielle du taux de profit. le prolétariat n'est plus en soi le communisme, mais le capital produit le communisme tout de même. j'ai l'impression que l'échappement du capital n'est pas si dingue, et que l'auto-destruction du capital pourrait produire dans l'automatisme global et achevé (science-fiction) une sorte de communisme des élites, avec le reste de l'humanité en extinction, une espèce de phylocide soft, dont ne réchapperaient que les possédants hyper-concentrés dans des villages super blindés : ce ne serait plus le capital (finie l'accumulation parce que fini le travail vivant) mais ce serait comme on le voit loin d'être le communisme, enfin, le nôtre, à savoir celui de tous, si j'ose et dire et si tu vois ce que je veux dire.

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