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L'"anticapitalisme" comme idéologie ... et comme mouvement

Première publication : 30 septembre 2001, mise en ligne: mardi 1er octobre 2002


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Il y a 2 contribution(s) au forum.

(1/2) 30 novembre 2003, stirner

(2/2) 19 novembre 2003, le fils rebel de Negri





Note de traduction : les (...) indiquent des passages sautés dans la traduction car ils ne faisaient que reprendre des idées déjà exprimées ou développer des thèmes qui avait un intérêt moindre ou étaient largement connus.

les passages en italiques à l'intérieur de parenthèses sont des résumés

L' " anti-capitalisme " comme idéologie
... et comme mouvement

La récente séries de mobilisations à l'occasion des sommets internationaux a été considérée par certains comme un " mouvement, et a été souvent traitée par l'Etat comme une entité indifférenciée. Cependant le " mouvement " n'a que peu d'existence en dehors des mobilisations et il est divisé par des contradictions internes. S'il est un mouvement politique plutôt que social, la question de l'idéologie doit être posée. Nous analysons ici la relation aux mobilisations de quatre tendances idéologiques qui se sont imposées sur la scène britannique : les " démocrates progressistes " (the progressive liberals), la gauche institutionnelle, les anarchistes / black bloc, et Ya Basta ! Nous avançons que pour que les prétendues mobilisations " anti-capitalistes " deviennent un mouvement prolétarien, le lien doit être établi avec les luttes du prolétariat dans son ensemble.

Est-ce qu'un nouveau mouvement apparaît ?

Notre intention ici n'est pas de discuter les théories de la " globalisation " mais plutôt de nous affronter aux contradictions des mobilisations elles-mêmes. (..) L'usage du terme de "globalisation", comme s'il allait de soi et ne posait pas problème, est une preuve de l'emprise de l'idéologie sur les mobilisations (...) la focalisation sur le capital comme circulation et finance, précisément écarte de la vraie question : comment pouvons nous dépasser le mode de production capitaliste ? (...)
Tandis que l'usage de ce terme (anti-capitalisme) semble assez rafraîchissant au premier abord, il n'y a pas de signes réels que la compréhension par la plupart des participants de ce qu'est l'anti-capitalisme soit plus radicale ou cohérente que celle de la majorité des participants qui se réfère à " l'anti-globalisation " ou à " l'anti grandes entreprises ". (...)
Tandis que le terme d'action directe avait dans le passé (cf. IWW) le sens précis d'appropriation directe ou de blocage de la reproduction capitaliste, la distinction entre la revendication et l'action directe n'est plus aujourd'hui aussi claire. En outre, tandis qu'occuper pour empêcher la construction de routes, la prise de rues pour nos fêtes et le cassage des bureaux de la City - actions associées à la récente pré-histoire de l'anticapitalisme en Grande Bretagne peuvent se présenter comme des actions directes (dans la mesure où dans chaque cas nous avons pris au capital sans demander), beaucoup des actions incluses dans la plupart des évènements des Sommets anti-globalisation ont pris la forme de défilés traditionnels : banderoles au vent et revendications. (...)
Le caractère durable de ces mobilisations - le fait qu'elles ont été des mobilisations de masse dans plusieurs pays apparemment autour d'objectifs et d'actions semblables - suggère peut-être que ce qui apparaît est un nouvel internationalisme. Est-ce que le vide laissé par l'effondrement du Stalinisme et le recul de la social-démocratie est maintenant comblé par une force qui trouve son expression dans le communisme plutôt que dans ces impasses historiques ? L'auto-définition comme anti-capitaliste dont nous sommes les témoins suggère que c'est une possibilité.
Cependant, un des traits caractéristiques communs à la social-démocratie et au Stalinisme et qui leur a permis d'être une forme durable au travers de laquelle la résistance ouvrière était mobilisée (et récupérée) était le fait qu'ils se rattachaient eux-mêmes aux luttes quotidiennes sur " le pain et le beurre ". (...) Certains des commentateurs de l'anti-globalisation identifient l'énergie du nouveau " mouvement " aux divers mouvements de masse dans l'hémisphère sud ...(...). D'autres revendiquent pour ce dernier diverses luttes autour du monde contre les politiques neo-libérales comme les coupes sombres dans la sécurité sociale, l'élimination de la législation du travail, les baisses de salaire. Mais tandis que ces considérations suggèrent que les mobilisations à l'occasion des Sommets sont juste la plus haute forme d'expression d'un large mouvement mondial de luttes quotidiennes, il apparaît de façon certaine, dans les pays capitalistes avancés, que le mouvement existe seulement dans et autour des mobilisations de masse elles-mêmes. (...)
Bien sûr, l'impulsion qui pousse beaucoup de ceux qui prennent part au mouvement jaillit de leur dégoût quotidien des obligations ennuyeuses d'un monde dominé par le capital : un monde du travail, de la destruction écologique, de la pauvreté, etc. Mais le mouvement n'existe pas encore comme un effort quotidien de résistance aux conditions de vie déterminées par le travail salarié. En ce sens, on peut raisonnablement remettre en question l'appellation « mouvement », et encore plus mouvement de classe.

Contradictions dans le mouvement
(...)
On peut dire que les mobilisations lors des Sommets sont simplement l'occasions pour de nombreux et divers mouvements ou tendances de faire chacun leurs propres trucs. (...). L'importance de l'opposition entre " globalisation " et " capitalisme " reflète typiquement de profondes différences d'analyse, d'approches, et au fond de positions de classe. Par exemple, sur le continent, il y a des organisations comme ATTAC (...). Mais il y a aussi de nombreux anarchistes et de tendances similaires impliquées dans les mobilisations de masse qui rejettent ce courant principal ; ils ont précisément tenu, à au moins une occasion ( Barcelone), un contre-contre-sommet face au contre-sommet du " mouvement officiel ".
Même parmi ceux qui sont impliqués et qui définissent comme " anti-capitaliste ", ce qui est arrivé - ou qui aurait pu arriver -, il y a des différences cruciales. Le manque de volonté d'analyser sérieusement le capital permet d'écarter ces différences. Le dialogue sélectif de l'Etat avec quelques ONG impliquées dans et autour des mobilisations apparaît comme une tentative de capitaliser ce type de divisions. (...) Par exemple, Blair a tenu des réunions contradictoires avec des personnes de " abolir la dette ". (...).

L'Etat en lutte contre le mouvement

(L'utilisation partout d'une extrême violence dans la réaction des Etats, pas seulement en Amérique du nord, selon les traditions de la police américaine, utilisation des lois anti-hooligans) (...)
De façon significative, l'Etat et les organisations supranationales perçoivent - et ils agissent en conséquence - une continuité manifeste dans les mobilisations. En d'autres termes, la continuité - en fait une escalade - dans la réponse de l'Etat aux mobilisations montre qu'ils traitent celles-ci comme un tout : c'est-à-dire comme un mouvement menaçant.

(Pas seulement une menace pour la tenue de leurs réunions) (...)

La menace la plus intéressante concerne le climat général d'inéluctabilité de la situation que Blair et les autres dirigeants occidentaux ont cherché à cultiver durant les dernières années. (...) La visibilité et la perpétuation de l'existence de mobilisations de masse anti-globalisation - et même anti-capitalistes - pourrait constituer une force d'opposition. Ceci pourrait enfin élargir le climat de résistance. Dans un tel climat, une résistance dans d'autres secteurs commence à paraître possible et peut se déployer. Un mouvement, pourtant critiqué pour sa composition souvent " middle class " et son idéologie confuse, pourrait cependant préfigurer et contribuer au développement d'une vague de luttes posant une authentique menace pour l'auto-reproduction du capital.(...)
Tandis qu'à l'intérieur du mouvement lui-même des divergences fortes sont discutées, l'Etat, lui, apparaît moins discriminateur. (...) L'attaque brutale de la police contre l'école accueillant les gens du Genoa Social Forum et d'Indymedia, et les tortures subies par ceux qui furent arrêtés, en ont été le plus bel exemple.
Toutefois les causes de cette attaque ne sont pas claires. (Revanche de la police, c'est très improbable). L'action de la police apparaît au moins cohérente avec la position de Berlusconi selon laquelle " il n' y a pas de différence entre les deux groupes - manifestants pacifiques et black bloc - et avec sa proclamation de la connivence entre les éléments " démocrates " (liberals) et les violents. Attaquer une cible aussi « soft » (...) a pu constituer, de la part d'une police qui avait reçu l'ordre de défendre le sommet par tous les moyens nécessaires, un avertissement au reste des manifestants.
Toutefois, l'attaque de la police est peut-être stratégique : les " démocrates " (liberals) peuvent être considérés - avec raison - par les forces de l'Etat comme la logistique de cette sorte d'événements (...). L'intention derrière cette attaque a pu être de dissuader les " démocrates " de venir aux prochains événements (...).

Quelques conséquences inattendues des actions de l'Etat.

(Créer une plus grande unité parmi les gens extrêmement divers qui étaient réunis).
Par exemple, l'énorme mobilisation à Seattle était dominée par une tendance " libéral-NVDA " qui tenta activement d'empêcher beaucoup d'actions militantes (ils se sont souvent discrédités). (...) Mais à Québec les actions de la police permirent aux éléments non-violents de la foule de considérer le même back bloc comme partie d'eux-mêmes. (...). A Gênes, à nouveau, l'élément non-violent constitua la majorité. Mais la tactique de la police de matraquer tout le monde dans l'intention de disperser la foule a provoqué un retour de flammes quand entrèrent dans la bagarre beaucoup plus de gens que ceux qui étaient venus au départ dans cette intention - y compris quelques uns des " démocrates (liberals) et des non-violents.
Le fait de « surfer sur les Sommets » de nombreux événements anti-globalisation a parfois caché le niveau de la participation locale. Par exemple, Seattle, Québec et Gênes furent des occasions pour les locaux d'agir contre les flics et la propriété. Gênes, qui a une longue histoire de résistance à l'autorité, a témoigné de formes variées de solidarité entre les locaux et ceux qui étaient venus seulement pour les manifestations (montrer itinéraires, cacher manifestants, envoyer de l'eau ...). (...) les locaux participèrent au pillage des boutiques.
Malgré ces exemples, il y a eu souvent division entre locaux et manifestants dans plusieurs des Sommets, illustrant à nouveau le point selon lequel ces évènement expriment typiquement une séparation entre la lutte quotidienne et la résistance comme " activisme ". Les manifestations de Prague montrent peut-être cette séparation de la façon la plus dramatique : parmi les Tchèques, la mobilisation fut limité à une petite communauté d'activistes. Jusqu'à présent c'est l'action de la police qui a eu pour conséquence de briser cette séparation. (...).

Le rôle des idéologues

Les perspectives possibles de ce mouvement volontariste sa durée, son caractère international et, au moins pour quelques uns, son ordre du jour ouvertement " anti-capitaliste " - ont entraîné la tentative d'une espèce d'hégémonie de différents groupes ou tendances. (Ce qui implique la reconnaissance tout d'abord qu'il s'agit bien d'un mouvement et que chaque groupe définisse ce mouvement d'une façon particulière qui lui donne une place centrale).
Si les mobilisations deviennent un mouvement, l'auto-critique est un moment important de ce processus. Une critique des idéologues est nécessaire pour la raison pratique suivante : leur définition positive de l'unité du mouvement contient une négation inévitable, l'exclusion, dans leur définition, de ceux qu'ils perçoivent comme une menace pour elle. Nous allons maintenant examiner les approches du mouvement de quatre tendances impliquées dans et autour des mobilisations et qui sont devenues saillantes à partir d'une vision anglaise : les " démocrates progressistes " (" progressive liberals ") ; les anarchistes / black bloc ; la gauche traditionnelle - en Grande Bretagne, les trotskistes - et Ya Basta ! Il y a eu de nombreuses tentatives de telles tendances à marginaliser certains " autres " - souvent les éléments plus militants. En outre, cette marginalisation ne se borne pas aux définitions, mais peut impliquer des exclusions réelles et des défaites. (...)
Nous reconnaissons qu'une analyse des règlements de compte des idéologues ne peut en elle-même nous en dire beaucoup plus sur la nature et la dynamique du mouvement ; une telle analyse risque également de se limiter au niveau des idées. Toutefois nous entreprenons cette analyse non seulement parce qu'il est nécessaire de développer quelques outils théoriques pour combattre les idéologues et défendre les tendances les plus prometteuses qu'ils pourraient exclure - tout comme pour critiquer certaines tendances qu'ils peuvent inclure -, mais aussi parce que critiquer ces autres compréhensions du mouvement est un pas nécessaire pour développer notre propre compréhension.

Le mouvement pour les " démocrates progressistes ".

(Critique des thèses de Naomi Klein dans son livre " No Logo " : critique des entreprises multinationales). Toutefois, pour Naomi Klein, ce n'est même pas la " globalisation " comme telle qui est le problème, mais un système global qui " va de travers ". (...) Pour Klein, le mouvement est essentiellement mobilisé autour de la menace que représente le pouvoir des multinationales pour les capacités de l'Etat et à cause de cela pour la citoyenneté. (...).

Interlocuteurs de l'Etat ?

La menace que représentent les idéologues " démocrates progressistes " comme Klein réside dans leur légitimation du rôle de l'Etat démocratique par le lien qu'il font entre le mouvement d'une part et l'Etat et les courants politiques principaux d'autre part : " nous " - les ouvriers super-exploités de la confection à Jakarta, les activistes anti-multinationales, et les classes moyennes démocrates progressistes comme Klein - " réclamons " la totalité des droits de citoyens que seulement un Etat réellement démocratique peut garantir afin de nous protéger des excès des entreprises globales. Si ceci est ce qui « nous » unit, alors cela signifie la marginalisation de la plupart des tendances les plus militantes.
Le rôle des « idéologues démocrates progressistes » comme Klein est récupérateur en ce qu'ils se présentent eux-mêmes comme la voix - la plus construite - du " mouvement ", qu'ils peuvent alors représenter dans un dialogue avec les institutions démocratiques et les grandes entreprises qui viennent à la table des négociations. Tandis que ces tendances qui acceptent la direction des idéologues démocrates vont modérer leurs revendications dans l'espoir de telles négociations, les autres deviennent la suite-croupion des durs contre lesquels plus tard la répression de l'Etat gagne une plus grande légitimité.
Ce travail d'exclusion est évident dans la distinction tranchée que fait Klein entre " manifestations " et " émeutes ". ( Le message est effacé dans toute la violence et les dégâts, mais ce n'est que leur message . En fait, comme souvent quelques réformistes le reconnaissent souvent, s'il y a un effet incontournable des émeutes, c'est d'amener les gens à parler du sujet de l'émeute : l'émeute définit l'ordre du jour - peut-être au moins jusqu'à ce qu'elle devienne un rituel. (Les démocrates progressistes ne comprennent pas le rapport entre l'Etat et les forces de la globalisation ; l'Etat cherche à faciliter l'accumulation du capital dans chaque aire nationale).
En appelant de leurs vœux un capitalisme acceptable, avec l'Etat comme organe d'intervention d'un contrôle démocratique, non seulement ces démocrates justifient l'aliénation qu'est le capital mais ils appréhendent également l'Etat de façon incorrecte comme un outil neutre. Ou peut-être plus sûrement, ils comprennent bien celui-ci, instinctivement : comme une structure nécessaire pour garantir la version du capitalisme dont ils sont partisans.

Le rapport aux mobilisations des anarchistes et du black bloc

(Les média couvrent bien la présence des anarchistes dans les mobilisations, mais les anarchistes parlent à contre-coeur dans les média par crainte de la récupération, ils ont de toute façon un rôle déterminant dans la genèse et le développement des mobilisations)
(En Grande Bretagne, les anarchistes ont eu une forte influence dans le mouvement " Réclaim the Steet " - RTS - et dans l'émeute dans la City le 18 juin 1999)
Bien que les organisateurs de Seattle ont été plus des démocrates / gauchistes, un anarchisme " soft " était présent. (Par exemple le Direct Action Network qui a introduit des formes anarchistes de prises de décisions) Contre cette sorte d'implication beaucoup d'anarchistes sur une ligne idéologique plus dure ont taxé ces militants de masse de manœuvre de la campagne libérale/gauchiste. Une brochure - " We are winning ! the battle of Seattle. A personal account " - assure que de nombreux anarchistes étaient en colère contre la direction imposée par DAN refusant la violence contre les personnes et la propriété. (Cela est dû à l'histoire particulière de l'anarchisme aux Etats-Unis qui a une culture individualiste et non-historique).
Toutefois, une partie des anarchistes a trouvé là le type d'intervention sur la mobilisation de Seattle qui allait ensuite les définir lors des autres rassemblements : le black bloc. C'est cette association de l'anarchisme avec cette forme d'actions militantes qui a principalement défini ses relations avec les mobilisations contre la " globalisation ".
Les émeutes qui, ce mois de juillet, ont dévasté Gênes ont permis aux organisations gauchistes de provoquer un retour de flamme contre le leadership du black bloc. Sur leur propres bases idéologiques, et utilisant la mort de Carlo Giuliani, la fraction de la gauche démocratique du mouvement a diabolisé les manifestants violents dans une grande offensive de propagande en Italie. (Infiltration par la police, ceux qui avaient embrassé la tactique violente se sont retrouvé sur la défensive). Il est alors nécessaire d'examiner les moyens que cette tactique a développé.
Le problème du black bloc durant ces évènements est la contradiction entre son existence comme tactique et comme identité idéologique ; et la manière dont, dans sa forme, le mouvement anti-globalisation contraint ces deux aspects à coïncider . Pour contrer la propagande gauchiste qui décrit le black bloc comme un groupe homogène facilement identifiable et marginalisable (jeune, masculin, anarchiste, fanatique, nihiliste), d'autres ont insisté sur son hétérogénéité, sa fluidité et le fait qu'il est d'abord et avant tout une tactique.
A ce titre il est défini comme n'étant pas une identité idéologique, se transformant selon les contraintes pratiques que dictent l'endroit et le moment. Toutefois, bien que cela soit en partie vrai- et bien que certaines personnes à l'intérieur du black bloc le voient ou le souhaitent ainsi - , il y a une forte tendance à confondre radicalité et fétichisme dur de la violence. Une détermination, si ce n'est pas un trait caractéristique du black bloc, qui le distingue du simple combat de rue durant les manifestations, est l'existence d'un groupe associé engagé dans une forme d'action séparée du reste de la foule. Le black bloc cherche à se définir lui-même comme un groupe de militants habillés de noir qui travaillent ensemble, se protègent les uns les autres, affrontent les flics et attaquent la propriété, et par cela même se voient eux-mêmes comme l'aile radicale et autonome des manifestations. En pratique, la tendance black bloc s'adapte de façon significative aux conditions locales, mais n'échappe pas aux limites d'un rôle militant.

Seattle : l'idéologie anarchiste et le black bloc

La principale origine de la tactique du black bloc est le mouvement autonome allemand des années 70 et 80, connu pour sa large présence et sa grande organisation sur la scène des squats. Les autonomes se divisèrent entre une tendance anti-impérialiste s'identifiant avec la Fraction Armée Rouge et une tendance " social-révolutionnaire " fortement inspirée par l'autonomie italienne. La tactique du black bloc est plus liée au côté anti-impérialiste, ce à quoi on peut rattacher son avant-gardisme et son manque d'orientation vers la classe ouvrière - allemande -.
Il y a eu des formations black bloc inspirées par les blocs allemands aux Etats-Unis durant les années précédentes, mais elles n'eurent jamais vraiment d'impact, étant donné les énormes restrictions aux manifestations aux Etats-Unis, et le pouvoir de la police. Toutefois, à Seattle, le black bloc a remporté un grand succès en attaquant la propriété de grandes entreprises comme Nike et Starbucks. Dans un communiqué quelques membres du black bloc ont explicité leur tactique : ils décrivent leur pratique sophistiquée comme celle d'un groupe qui échappe à des coups sérieux en demeurant constamment en mouvement et en évitant les engagements avec la police, mais ils présentent leurs actions contre la propriété comme symbolique : ce qui importe c'est la " destruction de symboles ", le " nombre de fétiches brisés ". Ils affirment également que leur action est en phase avec l' aspect « anti-grande-entreprise » du mouvement, sous entendant qu' ils sont contre toutes les relations de propriété. Etant donné les cibles limitées des manifestations, les pacifistes qu'ils tournent en dérision sont probablement plus efficaces en bloquant le centre de la ville . Il n'est pas suffisant d'opposer aux pacifistes un spectacle de violence, en espérant que cela dévoilera la mauvaise odeur de l'idéalisme hippie, comme un " exorcisme ". Opposer une action militante dure comme étant une action « en soi » contre le NVDA (Non Violent Direct Action) révèle seulement une grande confusion idéologique.
Le black bloc de Seattle a semblé beaucoup mieux défini par son isolement du reste du mouvement. Ils étaient peu. Ils ont eu à affronter l'incompréhension du reste de la foule, et même à se défendre eux-mêmes contre les " flics pacifistes ". Ils ont eu à défendre leurs actions en reprenant les termes mêmes des " démocrates (liberals). Là, le black bloc comme tactique était inséparable de son identité particulière. En même temps, le black bloc peut considérer que l'énorme impact international de Seattle est dû en partie à son actions.
Le black bloc de Seattle a été plus tard stigmatisé comme " un groupe d'anarchistes venu d'Eugène et qui suivent le primitiviste John Zerzan ". Cela exagère l'influence du primitivisme sur le black bloc en particulier et sur l'anarchisme américain en général.. Toutefois, l'attrait du primitivisme, avec son fétichisme anti-technologique et son absence d'analyse de classe, et une expression du très large mode de vie en ghetto de l'anarchisme américain. Une limite du black bloc en Amérique est son intérêt pour ce qui a trait à cette culture. Mais naturellement, dans le voisinage du " mouvement " anti-globalisation, cette espèce de style de vie avant-gardiste peut sembler être le radicalisme contre les démocrates (liberals). Si cela avait été impliqué dans un mouvement de classe cela aurait amenés les anarchistes à remettre en cause leur séparation.
Les émeutes de Washington, bien qu'elles présentent un plus haut degré de répression policière, ont révélé une avancée dans le niveau de collaboration entre manifestants " violents " et " non-violents ". La décision de ne pas être antagoniques a débouché sur une coordination et une collaboration effective entre les différentes tactiques, et sur le fait de ne pas gêner l'autre. Les positions idéologiques de chacun des deux ensembles ont commencé à disparaître dans des considérations pratiques.

Grande Bretagne

Tandis que quelques activistes britanniques sont tombés amoureux du black bloc et de ses tactiques, et ont joyeusement espéré un sommet auquel prendre part, les manifestations " anti-capitalistes " en Grande Bretagne - J18 ; Mayday 2000 et 2001 - n'ont pas eu de black blocs. Des gens se sont masqués et habillés de noir pour éviter la surveillance, mais il n'y eut pas la même ségrégation sur la scène activiste entre " démocrates " et militants. Quand les bagarres sont arrivées ceux qui y prirent part ,en fait, n'étaient souvent pas des " politicos ". Une telle situation a pu se développer de par l'absence d'une gauche institutionnelle encadrant les évènements . La tolérance du style " chacun pour soi " de la foule hippie a aidé a cela. Néanmoins, après la surprise du J18, le nombre limité de participants a permis à la police de contrôler les évènements suivants.

Prague et Québec

La tactique du black bloc a été utilisée à Prague en septembre 2000, d'une façon totalement différente qu'à Seattle. Informé des différentes tendances qui pourraient être présentes ce jour là, et des tensions qui pourraient survenir entre elles, le groupe organisateur, Inpeg, décida d'organiser, pour encercler la conférence, un effort séparé mais concerté. Trois itinéraires différents pouvaient être utilisés pour approcher la zone interdite, chacun correspondant à une tendance politique différente. Chacun pouvait se joindre au groupe de son choix - les " créatifs " dans le bloc rose (pendant la journée les " créatifs " du RTS ne furent pas satisfaits de leur colonne à cause de leur rassemblement avec les trots et d'autres gauchistes, pour cela ils formèrent une quatrième colonne propre " rose et argent "), Ya basta ! et politicos-rabougris (" stunt-politicos ") dans le bloc jaune, le black bloc dans le bloc bleu - et en outre, chacun pouvant aider l'autre pour diviser les forces de la police dans une attaque unifiée contre la conférence présente (à la différence de Seattle ou de Gênes). Quelques éléments du black bloc parvinrent réellement au rez de chaussé du centre de conférence avec la colonne rose et argent, aidé par les assauts du bloc bleu sur les lignes de police lors de différentes approches. Le bloc bleu ne bougea pas trop les lignes mais blessa beaucoup de flics. Ce fut l'action la plus ciblée du black bloc jusque là, mais quelques uns d'entre eux se demandèrent si en un sens elle n'était pas trop ciblé - " est-ce que viser le centre de conférence suggère un soutien au programme réformiste des " démocrates " ? - comme si en visant indirectement les conférences en dévastant la cité hôte ne revenait pas au même.
Québec, en avril 2001 a vu le plus grand nombre de soutiens publics pour une action du black bloc, comme nous le disions plus haut . Ce fut là que le black bloc comme tactique, en défonçant la très impopulaire palissade, s'est réellement connecté au sentiment de la marche, et de beaucoup de personnes dans la ville. L'initiative du black bloc se révéla un moment charnière (les spectateurs le rejoignirent après la première attaque contre la palissade). Le bloc, en tant que force organisée et déterminée a pratiquement été considéré comme l'égal des combattants pacifistes de Ghandi, comme le montre un témoignage sur Indymédia. Des dames âgées de Québec ont été vues tenant des affiches disant " Dieu bénisse les gars en noir ".

Gênes - le black bloc sous l'attaque.

La manifestation de juin 2001 à Gotteborg contre le sommet de l'Union Européenne dégénéra en une vaste émeute des militants du black bloc et vit le premier tir contre un manifestant. La principale victime des tirs, dans un état critique pendant plusieurs semaines, était Suédois, et il semble que la scène anarchiste suédoise fournisse beaucoup d'éléments au black bloc. A un moment, le black bloc accula les flic à la retraite (les images de la télé montre ce qui ressemble assez à une déroute) et Gotteborg vit quelques uns des affrontements les plus intenses avec la police. Contrairement à Prague, le black bloc était en mauvais termes avec les éléments pacifistes dont le pique-nique au soleil dans le parc fut interrompu par les charges de police contre les émeutiers.
A Gênes, le black bloc était dispersé et répandu sur une large étendue, et leurs vêtements était devenu bariolé et de couleurs plus claires, adaptés aux conditions italiennes - c'est-à-dire la chaleur et une faible surveillance par vidéo. Les participants ont débattus de la composition des blocs militants. Certains disent qu'ils y avaient beaucoup de locaux impliqués et que cela prouvait que Gênes était la plus socialement connectée des manifestations contre les sommets. D'autres défendent que bien que la population fut amicale et en général aida, la plupart des locaux présents lors des émeutes n'étaient que des spectateurs médusés, qui peuvent avoir aidé le black bloc en certaines occasions, mais qui, de façon générale, considéraient l'évènement comme un spectacle extraordinaire, ce que dans un certain sens il était.
Il y avait, à Gênes, de nombreux éléments du black bloc originaires de pays différents, ainsi que de nombreux blocs peu organisés, mais à nouveau les problèmes de la façon d'agir du black bloc sont réapparus, ce qui a entraîné des bagarres entre différents groupes de militants le vendredi. Une section du black bloc, à la jonction des COBAS et de l'activité du black bloc, attaqua les flics trop tôt dans l'avancée de la manifestation. Les flics intervinrent et dispersèrent la foule. Les Cobas furent en colère contre la première sortie du black bloc - la section des COBAS qui a rejoint la manifestation avec le black bloc se préparait, comme ils le firent, à affronter les flics et à attaquer la zone interdite, était apparemment la tendance la plus militante des COBAS . Plus tard ils se battirent avec le black bloc pour l'empêcher de continuer à les suivre jusqu'à leur point de rassemblement, les menaçant réellement de jeter le bloc dans les bras des flics. Le black bloc insista et fut finalement admis parmi eux. Il semble qu'une certaine culture anarchiste européenne avec son fétichisme obsessionnel du combat de rue peut être vue à l'œuvre dans cet épisode. D'autres font remarquer que beaucoup d'anarchistes dans le bloc étaient très contents d'agir tactiquement en compagnie des COBAS et que les problèmes eurent pour origine les actions de quelques éléments stupides, et d'une absence d'organisation à la base.
Sur le Corso Torino (lieu de la plus grande manifestation du samedi, largement dominé par la gauche institutionnelle) de jeunes anarcho-punks et d'autre dans le black bloc qui accompagnaient le défilé étaient très contents de détruire les banques et les stations services, et, lorsque cela fut fait, d'attaquer des cibles insignifiantes comme les arrêts de bus et les panneaux de signalisation. Certains mirent le feu à une station service qui était près d'un bloc d'immeubles, d'autre virent la stupidité de cela, et éteignirent le feu. Pour certains le plus important était de marquer d'entailles les cibles détruites, au lieu de penser à développer un effort concerté contre les flics, ce que d'autres pensaient être plus approprié. Toutefois, une efficace barricade fut construite sous un pont de chemin de fer et resta en feu, ce qui retarda l'avancée de la police. La plupart du temps, la police progressait lentement, attaquant aux lacrymogènes, ce qui chaque fois provoquait la panique dans la foule qui battait en retraite. Finalement, la foule fut chassé du Corso Torino par un véhicule blindé. L'ensemble fut assez rituel et ennuyeux. Au même moment, une autre partie de la manifestation fut prise au piège en face du centre de convergence par un mouvement de police déclenché par une attaque du black bloc. Après un bref affrontement avec les éléments du black bloc qui étaient restés, la police avança en menant une attaque vicieuse, tirant une grande quantité de gaz lacrymogène et chargeant la foule avec des véhicules blindés, l'effet de cette action fut complétée par l'action des membres de Rifundazione faisant la chaîne pour empêcher les gens de s'échapper. Ce fut un carnage effrayant et il est surprenant qu'il n'y ait aucun mort.
Beaucoup furent en colère et consternés qu'aucune réponse concertée n'ait pu être faite à la mort de Carlo Giulani le jour suivant. Sans un puissant mouvement enraciné, les émeutiers furent impuissants devant le meurtre d'Etat d'un des leurs - beaucoup quittèrent Gênes l'après-midi même.
Il faut dire que l'on ne pouvait pas faire grand chose d'autre. La plus grande partie du bloc n'étaient pas équipée de bons masques à gaz et de bonnes armes, ainsi la meilleure solution était de se replier et de se disperser face à l'avance de la police qui causait des ravages. En ce sens, Gênes fut aussi le plus grand succès du black bloc étant donné l'énorme accumulation de dégâts causés à la propriété (plus de trente banques détruites), et la plus grande extension des émeutes sur la ville. Si les autorités parvinrent à défendre la conférence avec succès, la crainte des casseurs demeurent encore. L'extension vers d'autres cibles en elle-même peut être vue comme une évolution positive par rapport à l'identification faite par le mouvement du capital comme étant quelques individus cupides conspirant derrière une palissade. Mais encore une fois, c'est une généralisation extrêmement limitée par la forme du mouvement tel qu'il est : " vous faites un théâtre de rue symbolique et inutile sous les portes de la conférence, nous, nous effectuons des destructions concrètement symboliques de toutes sortes de manifestations du capital " - c'est-à-dire que la pratique est confondue avec le bris de vitrines.
Mais on ne peut pas simplement attribuer les insuffisances des évènements de Gênes à l'idéologie des militants. D'une part, les gens viennent de l'extérieur pour chaque évènement avec leur bagage idéologique. D'autre part, c'est la limitation du mouvement qui empêche le moment de vérité dans ce mouvement militant de se réaliser en tant que partie d'un vrai mouvement contre le capital. .
De façon encourageante, dans les discussions après Gênes, on peut voir que beaucoup qui s'identifiaient avec le black bloc sont parvenus à une compréhension de ses limites après ses succès et ses échecs à Gênes.
Sous le prétexte d'exprimer son action militante et d'éviter l'échec d'une confrontation avec l'Etat, le black bloc tend à devenir une sorte de bande de casseur errante et sans racines (et une grande partie de son succès tient justement à cela). Pourtant en faisant cela, ses actions s'isolent par rapport aux buts immédiats de la mobilisation, aussi longtemps qu'il n'est pas relié à un mouvement social plus large qui pourrait rendre ses actions militantes utiles (ou hors-sujet !). Comme telles ses perspectives ne peuvent être que de présenter ses actions d'un manière qui s'accorde avec les principes de base de l'idéologie " démocratico-gauchiste " et "anti-globalisation " (du lobbying avec des cocktails-molotov), ou de célébrer ses actes comme des pratiques autonomes contre l'Etat et le capital ( une coupure positive avec le courant dominant du mouvement aussi loin qu'il puisse aller). Toutefois, alors que cela renforce sa singularité, cela ne nous avance pas beaucoup pratiquement. Dans le long terme, sans un plus large mouvement qui lui donnerait un sens, un telle pratique ne peut être au mieux que symbolique et un exorcisme.
Une complication supplémentaire dans la dynamique des mobilisations " anti-globalisation " est que, objectivement, ce sont les actions militantes des casseurs qui ont créé un véritable problème pour les autorités. Sous l'attaque, les institutions capitalistes peuvent avec assez de succès se barricader, mais il n'est pas acceptable pour l'Etat que le black bloc bloque tout le reste de la ville, leur dérobant également, par leur violence, la vedette dans les media.

Le mouvement pour la gauche traditionnelle

(Le mouvement s'est développé en Grande -Bretagne sans la présence de la gauche traditionnelle, essentiellement les trotskistes du SWP, les plus opportunistes, tous leurs efforts pour relayer le mouvement sont tombés à plat). (...).
Quand le SWP a tardivement essayé de se relier au mouvement " anti globalisation " ce fut au travers de la campagne " abolir la dette " (" drop the debt "), avec une tentative d'appel aux groupes les plus " démocrates " (libérals) et les plus liés à l'église, dans et autour d'évènements comme à Birmingham la manifestation contre le G 7 en 1998.

Le SWP comme l'alternative démocrate radicale ( radical liberal alternative)

( Le SWP totalement absent du 18 juin ; c'est après les évènements de Seattle que les trotskistes ont commencé à être très excités par ce qu'ils appelaient le mouvement " anti-capitaliste ". Le SWP s'engage tardivement dans le PGA - People's Global Action - en même temps qu'avec les meneurs du mouvement démocrate-progressiste - Klein, Susan Georges etc. -, et même Tony Benn - gauche du Labour. Ils cherchent à créer des organisations récupératrices)
Le SWP a complété ces débats et son activité organisationnelle par un travail idéologique considérable consistant en une réécriture du " mouvement anti-capitaliste ". Tandis qu'ils considèrent le J 18 comme un signe passager - pour beaucoup d'entre nous, le début de la mobilisation " anti-capitaliste " de masse - le SWP, comme la plus grande partie de la gauche occidentale, date le début du mouvement des évènement de Seattle. En un sens, c'est justifié. Seattle visait un sommet international, tandis le J 18 à Londres visait les institutions de la City plutôt qu'un sommet particulier. Toutefois, Seattle ne fut pas seulement une mobilisation très massive (spécialement pour les USA qui n'avaient connu que de petites actions de masse durant ces dernières années), mais aussi saisissante quand à ses cibles. Mais, en revanche, Seattle a d'autres trait caractéristiques qui empêchent de le considérer comme le point de départ du " mouvement "  : en particulier, nous l'avons dit plus haut, il fut dominé par une tendance démocrate-progressiste qui combattit la violence et tenta de marginaliser les éléments les plus militants et les plus radicaux.
Débattre avec les démocrates-progressistes et négliger certains aspects de l'histoire du " mouvement " permet au SWP de se positionner comme l'alternative radicale. (...)
Bien sûr, les gens finiront par trouver l'approche " démocrate " profondément inadéquate ; le SWP espère que les gens chercheront une alternative radicale à l'intérieur du contexte qu'il définit et qui le rend attractif. (le SWP reste très discret sur les tendances plus radicales comme les anarchistes ou les " Tutte bianche " alors qu'il parle beaucoup des " démocrates ". Démocrates et SWP se soutiennent mutuellement). Ceux qui observent l'action du SWP aujourd'hui seront conscients qu'il a basculé vers la droite. Il est évident que leur pratique dans " Résistance Globale " montre qu'ils sont maintenant en train d'essayer de se positionner comme de respectables démocrates (liberals). (Ils demandent à l'Etat plus d'intervention et un contrôle de la finance internationale). En théorie, comme léniniste, le SWP devrait bien sûr défendre que l'Etat (bourgeois) ne peut simplement être pris mais qu'il doit être détruit pour ouvrir la voie à un " Etat ouvrier ". Mais, comme opportuniste, le SWP est quasiment semblable à ses partenaires " démocrates ", considérant l'Etat comme organe neutre plutôt que comme fonction historique nécessaire de l'accumulation du capital.

Encore plus de politique ennuyeuse
Sur cette question de l'Etat, beaucoup ont vu dans les mobilisation " anti-capitalistes " britanniques et leurs mouvements précurseurs une alternative au bulletin de vote : des milliers tentant de développer des formes d'action directe parce que les institutions de la démocratie sont comprises comme faisant partie du problème. Mais pour le SWP, les mobilisations sont une occasion pour donner à ce moyen aliéné une importance refondée et un renouveau. Ainsi, ils ont promu " L'Alliance Socialiste " comme un moyen de mener à termes les buts supposés du " mouvement anti-capitaliste ", essayant de faire revenir les gens dans l'impasse des politiques électorales.
Une autre caractéristique stimulante de quelques unes des mobilisations " anti-capitalistes " et de leurs précurseurs du RTS, au moins en Grande Bretagne, a été la façon dont à l'occasion elles ont noué des liens avec des ouvriers en lutte. Par exemples : la manifestation du RTS avec les dockers pillards de Trafalgar Square en 1997 (la " Marche de la Justice Sociale ") ; l'occupation des docks de la Mersey et les occupations des lignes et des bureaux en soutien des travailleurs du métro en grève en 1996. Dans ces exemples, plutôt que la solidarité passive et les initiatives syndicales mettant fin aux grèves habituellement offertes de l'extérieur au groupe d'ouvriers en grève, il y avait une tentative d'intervenir avec les méthodes du mouvement d'action directe. Dans quelques cas, ouvriers et activistes, ensemble, furent aspirés par ce qui arrivait ; ils parvinrent à une compréhension différente les uns des autres et des possibilités d'une lutte liant les objectifs alimentaires et des envies " utopiques " (révolution, résistance écologique). (En note, les déclarations d'un docker de la Mersey : " fuck you and your jobs and your slave labour " ; il parle également des militants de RTS comme d'une brise d'air frais avec leur refus du travail salarié : " il faut prendre en considération ce qu'ils disent. "). Comme nous le disions alors, la faiblesse même du mouvement ouvrier était une partie de la raison pour laquelle le soutien aux formes d'occupations du RTS devinrent si importantes pour quelques luttes ouvrières : dans la mesure où l'efficacité des médiations du mouvement ouvrier a décliné, " l'action directe " est devenu plus nécessaire, plus applicable et pertinente.
Toutefois, le SWP et d'autres trotskistes ont trouvé d'autres raisons de s'intéresser au mouvement. Seattle et l'interruption de la conférence de l'OMC n'ont pas seulement impliqué le mouvement environnementaliste et les militant anti-dette ou anti " bagnes à sueur ", mais ont également généré une importante manifestation organisée par l'AFL-CIO, l'équivalent américain du TUC. Pour le SWP, le " mouvement anti-capitaliste " est et doit être fondé sur diverses luttes syndicales dans le monde. Ce qui est aussi vital pour que les syndicats gardent un sens : pour les trots, les liens entre les syndicats et les autres dans le mouvement " anti-capitaliste " sont essentiels. Toutefois, ce que le SWP ne peut pas pleinement comprendre c'est la résistance des ouvriers aux syndicats, jusqu'à l'intérieur des mobilisations. Ainsi, par exemple, bien que les syndicats aient organisé un défilé traditionnel à Seattle, beaucoup d'ouvriers présents l'ont rejeté et, à la place, ont rejoint les éléments les plus militants dans l'action directe.
(Suit une critique de la tactique électoraliste des trotskistes, tactique destinée à enlever aux ouvriers leurs illusions, l'appel à l'Etat n'est pas seulement une tactique opportuniste mais peut se relier à la conception léniniste générale du capital comme anarchie du marché. Puis une critique de la révolution comme affaire de parti ... Ce n'est pas le parti, mais les luttes elles-mêmes qui dissolvent les illusions).
Le moment de vérité dans l'approche du SWP est leur tentative de se relier aux luttes de la classe ouvrière : c'est-à-dire leur tentative de saisir les récentes mobilisations comme des actions de classe. Cela rend leur analyse supérieure à celle des "démocrates progressistes ". Le problème est d'abord la façon dont le SWP identifie la classe avec sa représentation (c'est-à-dire le mouvement ouvrier), et, ensuite, la manière dont il se relie à de telles luttes de classe : comme mercenaires plutôt que comme êtres humains. (De par ses positions, de par notre expérience du SWP et des autres trots et de par sa faiblesse actuelle, il n'y a rien à craindre de lui).
En outre, l'absence de structure et le côté informel même du " mouvement anti-capitaliste " en Grande Bretagne rend difficile pour le SWP de s'en emparer selon la manière habituelle. (Le SWP en définissant son action comme " politique radicale " dégoûte en fait les gens participants aux mobilisations de la " politique radicale " en général).

La relation de " Ya Basta ! " avec les mobilisations
Pour quelques personnes en Grande Bretagne, l'approche de Ya Basta ! - la pratique de Tutte Bianche - leur est apparue comme un renouveau dans le militantisme anti-capitaliste , renouveau qui dépasse simultanément l'absence d'organisation du black bloc et le brutal ouvriérisme des Trots. (...).
L'arrière-plan politique de Ya Basta ! (dans les restes de l'autonomie) et leur inspiration propre (les Zapatistes) leur donnent également une certaine crédibilité. La capacité de Ya Basta d'atteindre ses buts - détournement de trains, gestion de centres sociaux, résistance à la violence ds flics - accroît leur attrait : il pouvait apparaitre à beaucoup que c'était une tendance assez puissante pour transformer les volontés " anti-capitalistes " en une réalité concrète.

Des symboles pour des citoyens
Toutefois, quelque-uns avaient fait l'expérience de la pratique de Ya Basta ! comme étant au fond guère moins aliénée que celle des vieux partis léninistes ancienne manière, cette approche passée de mode qu'ils avaient parait-il dépassée : ils sont essentiellement une autre organisation hiérarchique qui, pour atteindre ses buts, étouffera effectivement les autres tendances de la foule.
Et finalement quels sont ces buts ? Les raisons de s'habiller de blanc et de mener une manifestation incluent le fait de s'exposer prétendument à la brutalité des flics et de définir une nouvelle " voie moyenne " entre la violence et la non-violence. Dans un climat politique italien dans lequel la violence est presque une routine, Ya Basta ! doit au moins se présenter comme prêt à la confrontation pour obtenir une crédibilité radicale. Même s'il s'agit d'une forme symbolique de confrontation ; et naturellement toutes leurs déclarations publiques insistent sur l'importance des " symboles " et de la " communication ".
Ya Basta dément avec vigueur les accusations selon lesquelles leurs confrontations sont pré-arrangées avec les flics, citant de réelles blessures comme preuves. Encore après Gênes, Luca Casarini, le meneur des Tutte Bianche, pleurnichait que la police avait trompé les Tutte Bianche en négligeant leur accord mutuel de conduite ! Ya Basta ! raille l'accusation de spectacle car ils pensent naturellement que le message compte plus que la pratique qui le produit. Leur activité est essentiellement orientée vers la " société civile " au travers des mass media. Mais à qui est destiné le témoignage de leurs actions à travers les media ? Qui sont les pauvres d'esprit qui ont besoin de Ya Basta ! pour comprendre la nature des flics ? le rejet d'une identité ouvrière de la part de Ya Basta ! et des autres Tutte Bianche est lié au désespoir " post-fordiste " que la clase ouvrière elle-même puisse être le sujet de l'histoire. De là, particulièrement dans le nord de l'Italie, l'audience que Ya Basta ! tente d'attirer apparaît comme la même classe moyenne et milieu étudiant qui compose la base de leur direction.
Dans le sud de l'Italie où les conditions sont beaucoup plus dures beaucoup de partisans de Ya Bata ! proviennent d'un milieu ouvrière. Mais l'implication de plus d'éléments prolétariens dans Ya Basta ! fait partie de la récupération même que nous avons décrite. (...)
Si l'accent mis sur l'image a un arrière égout de post-modernisme, il n'est que concordant avec la politique de Ya Basta !. Ils disent s'appuyer sur les Grundrisse - mais de la même façon que le Negri tardif : le même abandon de la notion de prolétariat comme la classe universelle capable d'empoigner et de dépasser le capital comme totalité. En conséquence ils ne sont certainement pas communistes. Et pas révolutionnaires non plus : plutôt que d'abolir l'Etat et le capital, ils luttent - à travers des moyens aussi imaginaires que " la grève générale de la citoyenneté " - pour la pleine réalisation du sujet bourgeois sous la forme d'un revenu de citoyenneté et autres droits universels, et cela pas en tant que simples " revendications de transition ". Le sujet de cette lutte c'est la " multitude " - en particulier, les " invisibles ", comme les sans papiers, ce que symbolise la tunique blanche.
D'une part, Ya Basta et les autres Tutte Bianche prennent la position post-autonomia / post-moderniste selon laquelle la différence et la pluralité, c'est-à-dire la fragmentation, est la force du mouvement, selon laquelle toutes ces sortes de tactiques différentes sont nécessaires. Ils se réfèrent même au soutien à une coopération avec le black bloc à Québec et Göteborg. D'autre part, ils ont aussi attaqués ceux dont la tactique diffère de la leur. Certains des leurs se sont battus avec des éléments du black bloc à Gênes, alors qu'ils leur reprochaient la violence de la police. De plus, alors que Ya Basta ! accuse le black bloc d'être infiltré par les flics, ils coopèrent eux-mêmes tout le temps avec ces derniers. Alors qu'une critique de la manière de faire du black bloc est nécessaire, l'analyse de cette tactique par Ya Basta ! est aussi fausse qu'hypocrite. Le fait est que l'approche symbolique de Ya Basta ! n'a simplement pas marché à Gênes parce que les flics avaient décidé d'être réellement durs : ils avaient pour mission que la foule n'interrompe pas la conférence, comme cela avait été le cas lors de rassemblements précédents. La méthode de Ya Basta ! n'a pas marché en dépit des buts des organisateurs : leurs boucliers, leurs casques, leurs masque à gaz et leur rembourrage ne furent pas utilisés par les participants simplement comme des moyens de défenses mais aussi comme des armes réelles en réponse à l'attaque des flics.
Ya Basta ! a été critiqué par le SWP comme étant post-moderne, élitiste, et inefficace. " Workers Powers " les a critiqué pour avoir agi comme des flics. Ya Basta répond en accusant ces gauchistes de n'être que des léninistes vieux style étouffés dans l'orthodoxie marxiste. Toutes ces critiques sont justes. Les différences superficielles entre Ya Basta ! et les Trots cachent leurs profondes similitudes. Dans la mesure où ils sont concernés par le fait que la lutte devrait porter sur des objectifs tels qu'une distribution plus équitable (du travail aliéné), les droits des citoyens, le contrôle démocratique des ressources etc., alors ils évoluent en totalité à l'intérieur de la pensée bourgeoise. Les Trots et les " post-léninistes " de Ya Basta ! sont réellement le reflet l'un de l'autre.

Le radicalisme comme réformisme
Ya Basta est apparu dans les centre sociaux dans lesquels le mouvement autonome s'est réfugié après la défaite de la fin des années 70. En fait, une racine de leur propension à négocier avec les flics peut se trouver dans le passé de leur équipe dirigeante sur la scène autonome de Padoue dans les années 80 qui était devenue si petite que les activistes restant et les flics pouvaient presque s'appeler par leur prénom. L'arrière-plan social et historique de Ya Basta a facilité le développement de traits spécifiques de l'autonomia comme rationnels pour un réformisme récupérateur, un défaitisme habillé en nouvelle vision du " changement social " (1, voir à la fin du texte). L'exemple le plus lumineux de cela sont les liens institutionnels qu'ils célèbrent comme un signe de leurs succès. Le mouvement plus large des Tute Bianche en Italie, dont Ya Basta ! est une composante, a flirté avec les autorités depuis le début des années 90. Les Tute Bianche ont des liens financiers considérables et des arrangements avec les autorités. Cela inclut leur partenariat et leur soutien par des sections de l'ex-Parti Communiste Rifondazione Communista et le soutien étatique de quelques centre sociaux dans lesquels ils sont impliqués. Ces liens formels ainsi que leur dialogue avec les autorités, leur présence aux élections locales et, pire encore, leur appartenance aux coopératives de l'économie solidaire (qui ont sapé les salaires des autres travailleurs), la présence des Tute Bianche comme partie prenante de la construction de la « société civile », sont capable de mener à bonne fin les réformes qu'ils désirent. Peut-il y avoir une plus grande évidence de la faiblesse d'un mouvement ? !
La menace que représente Ya Basta ! est celle de la récupération de l'énergie et des activités des éléments les plus radicaux pour un projet réformiste dans et autour des mobilisations anti-globalisation ; Avec leurs manœuvres et leur opportunisme, les Tute Bianche peuvent être vues, en Italie, comme un autre malhonnête de plus. Mais dans d'autres pays, ils apparaissent comme l'alternative radicale que les gens étaient en train de rechercher. A travers leur occupation d'une " situation symbolique ", une perspective radicale - incarnée dans les centres sociaux autorisés - peut apparemment se développer en association avec les rapports sociaux capitalistes. De telles réformes " réalisables " transforment la révolution totale en un objectif mouvant.
Lors de quelques évènements " anti-capitalistes ", les limites de l'approche de Ya Basta ! ont été identifiées par des membres de Ya Basta ! eux-mêmes, et la direction, avec son programme gauchiste-réformiste post-moderne, n'a pas toujours été capable de ramener l'ordre dans les rangs. A Gênes, Ya Basta ! A, à nouveau, essayé de décréter une alternative au combat de rue avec les flics. Mais à cette occasion la notion de " dépassement de la violence et de la non-violence " est apparue pour ce qu'elle est - une rhétorique creuse - et quelques Tute Bianche ont rejoint les émeutes. De la part des Tute Bianche, vu leur histoire faite d'abstention, de lancement de projectiles, c'était en fait faire ce que l'autre n'attendait pas, mais pas de la façon espéré par la direction de Ya Basta !.

 

De l'idéologie à la théorie


En Grande Bretagne, où les récentes mobilisations ont souvent été interprétées comme plus radicales, " anti-capitalisme " plutôt que " anti-globalisation ", certains ont le sentiment que le point le sommet du mouvement est déjà passé . Les fêtes de rue du RTS commencèrent en 1995, et ont culminé dans le réjouissant " Carnaval contre le capital " du 18 juin ; mais les évènement " anti-capitalistes " qui ont suivis - Euston le 30 novembre 1999, 1° mai 2000 et 2001 - ont été des succès plus modestes et moins dépourvus d'ambigüités. Tous ces évènements diffèrent de ceux de Seattle, Prague, et Gênes, qui continuent à exciter et intéresser les gens, en ce qu'ils n'ont pas été concentrés sur un Sommet. A vrai dire, la raison pour laquelle ils ont été progressivement moins suivis est peut-être l'absence d'une spécialisation et d'une cible particulière. La perception que le " mouvement " est déjà déclinant reflète peut-être le même « anglo-centrisme » quilimitenécessairementles analyses que nous avons exposées.
Néanmoins, les mobilisations de masse centrées sur un Sommet ne peuvent en elles-mêmes constituer un mouvement, aussi impressionnantes soient elles. La tentative de lier ces mobilisations de masse avec des expressions particulièresde la résistance à la rationalisation économique que nous avons vues dans divers pays - y compris les grèves, les mouvements pour la terre, les occupations d'étudiants - est absolument nécessaire. En ce sens, les idéologues ont raison. Mais remarquer, avec pertinence, que les différentes luttes sont liées par une relation commune au capital global n'est pas nécessairement la même chose que d'observer si et comment ces diverses luttes sont reliées entre elles dans la pratique, en tant que sujet collectif.
La reconnaissance que différentes activités et tendances représentent ensemble un mouvement est un élément nécessaire de n'importe quel développement d'un mouvement. Mais poser une unité qui n'existe pas - faire des commentaires sur des contradictions - ne peut en soi servir à créer un mouvement. De plus, pour les idéologues, dans le but de parvenir à une certaine hégémonie, il est nécessaire de proclamer que ce qui est arrivé est naturellement un mouvement - et ainsi de geler les limites actuelles.
En conséquence, les " démocrates ", les gauchistes et Ya Basta ! ont fait de bruyantes déclarations pour dire qu'il s'agit d'un mouvement unique. Excepté peut-être le black bloc, chaque tendance que nous avons critiquées ici a cherché à définir un sujet particulier du mouvement qui serait le produit de conditions historiquement spécifiques. Définir ces conditions historiques spécifiques est donc inclus dans la tentative de comprendre la nature du " mouvement ". Pour la plupart, leur définition de ces conditions sont idéologiques : " globalisation ", " neo-libéralisme ", l'émergence de la " société civile " et la " multitude " comme nouveau sujet. Le black bloc, au contraire, se définit simplement comme une pratique du combat de rue et d'attaque de la propriété - et donc pourrait peut-être proclamer qu'il est non-idéologique. Mais, comme nous l'avons vu, la tactique est elle-même idéologique dans la mesure où elle est fétichisée comme une identité politique. Chacune des quatre tendances que nous avons examinées possède donc une compréhension idéologique du supposé " mouvement " - déformée et unilatérale. Chacune prend un aspect des différentes luttes et pratiques - l' (anti) logo, les travailleurs organisés en grève, les invisibles voulant devenir citoyens, le cassage de la propriété et le combat avec les flics - pour le secret de la totalité.
Mais qu'elle est la totalité - l'essence - du phénomène anti " globalisation " ?
Une perspective ne voudrait voir que la composition « classe moyenne » démocrate de la direction du mouvement, son soutien par le mouvement ouvrier représentatif, et leur programme réformiste de partage. Sur cette base, certains voudraient traiter brièvement ce qui est arrivé comme ayant que peu d'importance pour la lutte de classe.
Une approche différente de la question voudrait ignorer entièrement la direction et l'idéologie et se concentrer seulement sur les actions radicales de beaucoup de participants et sur le climat de résistance aux forces de l'Etat qu'elles ont engendré au cours de ces mobilisations. De ce point de vue , le phénomène anti- " globalisation " est naturellement partie prenante de la lutte de classe.
Nous avons défendu précédemment (Editorial Aufheben n° 8) que s'il doit y avoir un " mouvement anti-capitaliste ", alors il doit se constituer lui-même comme le prolétariat, la négation déterminée du capital. Cela signifierait non seulement rompre avec l'hégémonie " démocratico-gauchiste ", mais aussi - et naturellement centralement - être relié pratiquement aux autres sections du prolétariat mondial .
En termes de rupture avec l'hégémonie démocratico-gauchiste, l'accent mis dans cet article sur les idées et les idéologues reflète simplement le fait que le phénomène " anti-globalisation " n'existe au jour le jour que comme mouvement politique.
En tant que phénomène d'alliance de classes et quelque peu informe, il est une lutte idéologique. A cause de cela, même si de nombreuses actions des participants sont des contributions à la lutte de classe, la question de l'idéologie devait être posée.
En termes de connections concrètes avec l'ensemble de la classe ouvrière, on ne peut bien sûr dépasser les distinctions  : de nombreux éléments prolétariens ont été impliqués dans les mobilisations anti- " globalisation ". Mais ils ne peuvent se relier abstraitement avec une classe ouvrière plus large - c'est-à-dire à travers la présence aux manifestations des syndicats comme représentations de la classe ouvrière. De telles connections peuvent seulement être réalisées au travers de la lutte elle-même. Leurs échecs jusqu'à maintenant, et à cause de cela les limites des mobilisations elles-mêmes, sont en grande partie le reflet du faible niveau des luttes sociales. Cette absence, à son tour, est le résultat des défaits historiques dans la lutte de classe auxquelles nous avons assisté depuis 20 ou 30 ans. A cause de cela les mobilisations contre la " globalisation " peuvent de venir un mouvement social plutôt que simplement un phénomène politique seulement dans le sens où elles deviendraient un élément d'une reprise plus générale de la lutte de classe.

Aufheben n° 10 ; septembre 2001

(1) Ce point est bien développé par Neil Fernandez, reprenant des arguments exprimés par Insurrezione : la compréhension théorique par l'Autonomie italienne du fait que la prise du pouvoir par la classe ouvrière est nécessairement une rupture tendancielle dans la réalisation des nécessités du capital, tant qu'elle reste détachée d'une complète compréhension des modes d'intégration, peut rendre possible un mouvement partant de l'ouvrièrisme originel des années 60 vers une appréciation positive de diverses sortes d'accommodation, ou au moins à un abandon du besoin de les critiquer sans distinction. L'idée d'une révolution communiste globale peut alors être transformée en un concept d'occupation contestataire permanente d'une " aire de l'autonomie " militante et sous-culturelle, correspondant en réalité à une forme d'autogestion.











> L'"anticapitalisme" comme idéologie ... et comme mouvement
19 novembre 2003, par le fils rebel de Negri   [retour au début des forums]

Comme a son habitude le collectif aufheben nous abreuve de dizaines de lignes pour nous dire ce que l on sait deja au lieu de voir dans tous ce merdier que constitue la nebuleuse anti mondialisation les veritables points de ruptures comme certaimns groupes ont encore recememt tente de le faire en s attaquant aux Negri et autre ATTAC, Monde diplomatique....misere de l intellectualisme

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