L'@NGLE MORT Théorie Démocratisme Radical Action Directe Exploitation Luttes de classe Le Monde tel qu'il va Question d'Orient
l'Angle mort Senonevero Problématiques et Histoire Recherches  










Peut-on vraiment parler de "courant communisateur" ?
RÉPONSE À L'INVITE

mercredi 31 mars 2004


DANS LA MEME RUBRIQUE
La Plateforme
Le edizione Senonevero
Invite


Il y a 1 contribution(s) au forum.

(1/1) 10 septembre 2004, adk





1 Dans le cadre du collectif d'édition « Senonevero », j'avais il y a deux ans critiqué comme formaliste la démarche consistant à se poser d'emblée des questions sur le fonctionnement d'une éventuelle revue, avant même d'avoir défini son contenu et donc sa nécessité. Je reconnais aujourd'hui que l'invite à participer à l'élaboration d'une « revue internationale pour la communisation », judicieusement intitulée Meeting, dit mieux que le premier projet sur quelles bases et dans quel but on veut ouvrir un nouvel « espace de discussion ».

2 Qu'il existe dans les luttes actuelles des pratiques et des théories diversifiées voire opposées mais visant toutes la communisation, j'en suis bien d'accord. Je partage aussi l'idée que ces pratiques et théories ont en commun la critique de toute organisation de classe permanente, la négation de toute médiation ou transition entre la révolution et le communisme et - bien que ce point fasse tout de même un peu problème pour les anticitoyennistes - l'affirmation de la lutte des classes comme seule dynamique de la destruction du capitalisme. Je ne suis par contre pas sûr qu'on puisse à bon droit parler de « courant communisateur ».

3 En première analyse, cette formule paraît tout à fait satisfaisante. Le qualificatif « communisateur », renvoyant à « communisation », signifie que la révolution « n'est pas un programme qu'on pourrait appliquer ni même quelque chose qu'on pourrait déjà décrire », mais un processus dans lequel nous sommes embarqués et dont il faut « explorer les voies ». Le terme « courant » indique bien que les pratiques et théories tendant à la communisation sont en cours d'élaboration, dans un mouvement plus large qu'on peut comprendre à la fois comme celui de la lutte historique et comme celui de la lutte actuelle entre la classe capitaliste et le prolétariat.

4 Il y a pourtant un problème. Construire à partir des quelques positions définies dans l'invite un « courant communisateur », c'est d'abord fédérer un peu vite les différentes pratiques et théories « intéressantes » - qui ne sont d'ailleurs pas même nommées - et c'est ensuite accréditer un peu l'idée que ce courant est toujours en situation de communiser la société capitaliste, puisque ce qui le définit comme communisateur se perd dans l'abstraction de la dynamique de la lutte des classes. Or nul ne peut soutenir qu'elle approche aujourd'hui de ce point de fusion où se pose concrètement la question de l'abolition de l'exploitation et des classes ou, dit positivement, la question de la production de l'immédiateté des rapports entre individus singuliers. Le sous-titre même de Meeting, « revue pour la communisation », implique la reconnaissance de la différence entre ce qui est simplement visé et ce qui est effectivement et actuellement atteint. Sans pour autant lever l'ambiguïté du terme « communisateur ».

5 D'autre part, le mot « courant  », désignant dans le texte des individus et groupes déjà engagés dans des activités visant la communisation, pose le sujet révolutionnaire comme sujet politique virtuellement autonome. Ce qui est ici en cause, ce n'est pas la forme d'activité plus ou moins spécialisée que prend et conservera sans doute jusqu'à l'approche de la révolution cet engagement (qui n'a rien d'existentiel). Ce n'est pas non plus la nécessité actuelle de se définir aussi face à l'ennemi citoyenniste, en allant au-delà de la dénonciation anticitoyenniste. C'est la surprenante indétermination du rapport de ces pratiques et théories de rupture aux luttes actuelles du prolétariat, dans lesquelles on nous dit pourtant qu'elles se développent, et donc la non-intégration dans la définition même de la tâche théorique de ce facteur inhibant que représente l'activité pour le moment strictement défensive de la classe.

6 La double confusion tendancielle entre le but et le mouvement, d'une part, le prolétariat et ses fractions radicales, d'autre part, est sans doute provisoirement inévitable. Elle participe de l'autonomisation de la dynamique des luttes, dans ce cycle où le prolétariat produit tout son être dans le capital et donc où la reproduction du système est l'horizon quotidien de la lutte de classe. Mais cette situation actuelle de la théorie peut rendre difficile une véritable confrontation théorique. Certains camarades peuvent absolutiser le mouvement et poser la communisation comme toujours possible, sans trop chercher à déterminer où en est le processus, voire poser le processus comme en principe indéterminé, sans répondre sur le fond aux critiques de T.C. Ceux de T.C. peuvent quant à eux fort bien définir et redéfinir la communisation dans l'analyse du cours du capital et des luttes sans intégrer suffisamment ce qui dans ce cours fonde le besoin d'intervention et la conception indéterministe.

7 Des deux côtés, par manque d'un changement théoricien dans le cours des luttes, on risque d'avoir du mal à « faire travailler les textes à leur propre dépassement ». Des deux côtés, on risque de raisonner comme si la notion de « courant communisateur » ne faisait pas problème, ceci en raison même de l'éloignement de la communisation effective. Car bien que l'analyse concrète des luttes concrètes puisse en partie améliorer la précision du « préviseur », l'éloignement du but force à et permet de se contenter d'abord de l'abstraction la plus générale du processus de la communisation et d'une définition très politique du sujet communisateur.

8 Le pari de Meeting n'est donc vraiment pas gagné d'avance. Je souhaite bien sûr que la revue paraisse et devienne un organe d'échanges théoriques réguliers et fructueux au moins à l'échelle européenne, l'approfondissement du débat n'ayant rien à perdre à son élargissement. Mais je crains qu'on ne construise un sujet révolutionnaire ad hoc pour les besoins de la problématique fondatrice de la revue et j'aimerais donc que soit mise à l'ordre du jour la question du « courant communisateur ».

 

François



novembre 2003











> La pensée est-elle de l'aérosol ?
10 septembre 2004, par adk   [retour au début des forums]

Il me semble impossible de mettre en question le courant dit communisateur. Je pense même que c'est un problème de langage, qu'il n'est même pas possible de correspondre dans les mêmes termes avec les tenants de la communisation. Ainsi ne peut-on associer ce courant à une mouvance théorisatrice ! Bien sûr, la validité de cette proposition découle de ce que l'on entend par théorie. Mais l'impression de tourner en rond domine, de procéder à l'aide de sauts de puce. On en revient au point de départ. Il n'y pas moyen de gagner des positions stables et nouvelles. Certes, il y a moyen d'y repérer des vérités, des textes qui ne sont pas totalement creux ! Sans doute, faut-il faire le travail d'identifier les propositions qui ont un sens et celles qui n'en ont pas, ceci afin de constituer une sorte de base théorique ! Ou plutôt un fragment de base théorique. Mais pourquoi ne pas aborder de plain pied le problème de la révolution, ou celui du partage du travail, ou celui de l'égalité, de la scientificité de la théorie économique ? Je pense qu'il faut se reposer les mêmes questions que Marx ! Attention : j'entends ici par question une interrogation qui a été la sienne et qui demeure, en dépit de toutes les théories, productions qui auraient traité de son problème. Il y a question s'il y a mise en abîme de l'existence même, ou du monde en tant que destin. Il ne faut nullement tenir pour acquis tout ce que Marx a élaboré en fait de réflexions, de théories, même s'il s'agit d'en tenir compte. Quand je dis que c'est une question de langage, c'est aussi parce que même de vagues considérations méthodologiques semblent difficile à comprendre par le profane, qui, à mes yeux, est peut-être beaucoup plus proche de la vérité que le soi-disant savant ! L'époque de Max Weber est révolue. Le savant a cédé la place au technicien du savoir, au scientifique. Leurs ambitions et leurs moyens diffèrent. Les problèmes, eux, demeurent. Le débat est d'autant plus complexe que, bien sûr, certains ont l'impression de revenir de loin par rapports à la logorrhée marxiste-léniniste, ou soviétique ! La distance entre la dite logorrhée, idéologie soviétique et la forme d'affadissement imputable à la théorétique actuelle du communisme n'est toutefois pas aussi grande qu'on pourrait l'imaginer. S. Lazarus a parlé de péremption. Je pense que le courant actuel de pensée relève d'une orthodoxie dogmatique que l'incapacité à ébranler son cadre conceptuel étriqué condamne à la péremption. Bien sûr cette incapacité a une cause : son irrelevabilité en tant que pensée de la révolution, de l'évolution sociale, historique. Pour moi, cette théorétique est une sorte de triangle des Bermudes de la recherche et de la pensée de la révolution, ou encore de la transformation sociale, etc.., un crime, probablement inconscient, contre la révolution, le prolétariat, en quelque sorte. Ou alors un sacrifice. Peut-être les conditions imparties à la recherche ne permettent-elles pas un développement de certaines théories ! Mais alors, il s'agirait de s'interroger de façon fondamentale sur la liberté, sur la liberté de pensée à proprement parler.

SPIP est le système de publication développé par le minirézo sous licence GPL Hébergés, hébergeurs, suivez le lien... nous contacter L'@NGLE MORT | PLAN DU SITE | Stats