« La fonction de la théorie communiste est d'affirmer la nécessité du communisme. C'est sa première raison d'être. Elle ne peut être neutre de ce point de vue. Autant que possible, elle doit montrer, contre l'idéologie dominante, ce qui tend au communisme. Ceux qui font de la théorie communiste n'ont rien à faire de ceux qui ne ressentent pas et en tout cas n'assument pas cette raison d'être constitutive de la théorie communiste. (...) C'est une affaire de taux de globules rouges »
(fragment anonyme de la théorie du communisme au XXIème siècle)
La contradiction entre le prolétariat et le capital se noue maintenant au niveau de la reproduction du mode de production capitaliste, cela nous donne la base abstraite du nouveau cycle : il y a coalescence entre la contradiction entre le prolétariat et le capital et le procès constitutif des classes. Cette coalescence c'est la fluidité du double moulinet de la reproduction capitaliste (rejet de l'ouvrier comme vendeur de sa force de travail et transformation du produit en moyen d'achat des moyens de production dont la force de travail, cf. Marx, Le Capital, ed. Soc. t.3, p. 19-20). C'est cette coalescence qui différencie radicalement le nouveau cycle de luttes de toutes les périodes où la révolution et le communisme se présentaient comme libération et affirmation du prolétariat. Cette nouvelle structure et ce nouveau contenu de la contradiction entre le prolétariat et le capital ne sont pas un simple changement de forme et même de contenu, mais une transformation de la composition de la classe ouvrière et donc de sa pratique, c'est l'existence d'une classe ouvrière historiquement spécifiée. Le nouveau cycle de luttes n'est pas un miracle structuraliste, mais l'action d'une classe ouvrière recomposée. Il s'agit de la disparition des grands bastions ouvriers et de la prolétarisation des employés, de la tertiarisation de l'emploi ouvrier (spécialistes de l'entretien, conducteurs d'engins, chauffeurs routiers, livreurs, manutentionnaires, etc - ce type d'emploi est maintenant majoritaire chez les ouvriers), du travail dans des entreprises plus petites, d'une nouvelle division du travail et de la classe ouvrière avec l'externalisation des activités à faible valeur ajoutée (travailleurs jeunes, payés au smic, souvent intérimaires, sans perspective professionnelle), de la généralisation des flux tendus, de la présence de jeunes ouvriers pour qui la scolarisation a rompu le fil des générations et qui rejettent massivement le travail en usine et la condition ouvrière en général, des délocalisations.
Face à l'action ouvrière le procès de travail capitaliste est devenu réellement beaucoup plus fragile, mais il faudra qu'au cours de ce nouveau cycle de luttes s'effectue une recomposition de la classe autour de ces nouvelles figures du travailleur taylorisé sur l'ensemble de la société (plus seulement dans le cadre de l'atelier) en liaison intrinsèque avec les luttes sur les modalités nouvelles de la reproduction (précarité, chômage, flexibilité, mobilisation extensive de la force de travail), pour que cette fragilité devienne la réalité de luttes ouvrières massives et récurrentes. Ce n'est pas la figure du précaire, en tant que position sociale particulière, qui, en elle-même, est la nouvelle figure centrale de la recomposition ouvrière, c'est cet ouvrier socialement taylorisé et par là même contaminé par toutes les caractéristiques de la précarité. Processus long et difficile qui passera par des phases et des circonstances imprévisibles, car la nature même de cette recomposition contient son contraire dans la fragilisation individuelle des prolétaires, leur plus grande substituabilité et l'affaiblissement de la force que représentait face au capital la qualification professionnelle (cette relation bizarre, mais longtemps efficace, entre l'OS et l'OP), et l'existence d'une identité ouvrière. Mais c'est dans cette difficulté même que réside l'espoir et la possibilité d'une lutte contre le capital qui soit immédiatement l'abolition de toutes les classes.
Le paradoxe de cette nouvelle composition de classe est de faire disparaître l'existence de la classe ouvrière au moment même où sa condition s'étend et où cette "disparition" n'est que l'effet de cette nouvelle composition et de sa segmentation. La classe ouvrière est on ne peut plus présente et la lutte des classes l'axe autour duquel tourne l'histoire, mais d'une part elle n'est plus confirmée dans la reproduction du capital et d'autre part le prolétariat n'est en contradiction avec le capital qu'en se remettant lui-même en cause.
Quand le rapport contradictoire entre le prolétariat et le capital ne se définit plus que dans la fluidité de la reproduction du double moulinet de la reproduction capitaliste, le prolétariat ne s'oppose au capital qu'en affrontant le mouvement dans lequel il est lui-même reproduit comme classe. Cet affrontement du prolétariat à sa propre constitution en classe est maintenant le contenu de la lutte de classe et l'enjeu de celle-ci est la remise en cause par le prolétariat de sa propre existence comme classe et de toutes les classes. C'est le contenu et l'enjeu des activités de l'actuelle classe ouvrière. Mais simultanément c'est, pour le prolétariat, agir en tant que classe qui est devenu une limite de sa propre lutte nécessaire en tant que classe. Définie dans les catégories du capital, jusqu'à et y compris leur nécessaire représentation politique, son existence en tant que classe devient pour le prolétariat la limite de sa propre lutte en tant que classe, limite interne qui le définit et l'enracine dans les catégories nées de la division sociale et manufacturière du travail, de la segmentation de la force de travail, des modes de vie et de consommation, de la diversité des projets d'ascension sociale ; définition dans les catégories du capital qui ne s'accompagne plus d'une identité confirmée dans la reproduction du capital incluant un projet spécifique de réorganisation de la société.
Dans ce cycle de luttes où la contradiction entre les classes se situe au niveau de l'autoprésupposition du capital, c'est-à-dire, pour les classes de leur reproduction réciproque (réciproque mais non égalitaire ou symétrique, le capital subsume le travail, ce qui a pour conséquence déterminante que la lutte des classes se résorbe comme économie et que la crise révolutionnaire de la reproduction des classes est d'abord, chronologiquement et non théoriquement, une crise économique) lutter en tant que classe devient la limite interne de la lutte de classe du prolétariat.
La révolution communiste ne peut plus être affirmation du prolétariat, érection de celui-ci en classe dominante, libération du travail productif : la montée en puissance de la classe à l'intérieur du mode de production capitaliste n'est plus le marche-pied de la révolution. Cette montée en puissance n'est plus possible, elle a perdu tout fondement, toute confirmation à l'intérieur même de la reproduction du capital.
Actuellement, les luttes revendicatives sur les salaires, les conditions de travail, la reproduction de la force de travail sont toujours là, mais le rapport d'exploitation ne contient plus aucune confirmation d'une identité ouvrière, plus aucune base de faire valoir autonome de la classe. La contradiction entre les classes se situe au niveau de leur reproduction. Etre en contradiction avec le capital cela signifie immédiatement, pour le prolétariat, être en contradiction avec sa propre reproduction comme classe dans la mesure où il n'existe comme classe que dans son rapport au capital, sans que celui-ci ne permette aucun retour sur lui-même, aucune confirmation. C'est dans un tel rapport aux luttes quotidiennes que prend forme la possibilité de la production, par le prolétariat, de son existence comme classe, comme d'une contrainte extérieure dans le capital. C'est alors le dépassement du cours des luttes quotidiennes. Mais ce dépassement n'est pas sans lien avec ce cours, c'est en cela que c'est un dépassement produit. Une critique de la transcroissance des luttes revendicatives en révolution qui repose sur une vision intangible du communisme, c'est-à-dire, en réalité, sur notre conception actuelle du communisme et qui fait de celle-ci une conception éternellement vraie, ne peut pas considérer qu'il y a eu une époque où a pu exister une telle jonction entre les luttes quotidiennes et la « perspective communiste » (parce que la « perspective communiste » était celle de ces luttes). Il y a eu une époque de la transcroissance entre luttes revendicatives et révolution, celle du programmatisme, celle du mouvement ouvrier. Cette époque est définitivement révolue.
Le caractère historique de la contradiction entre le prolétariat et le capital signifie une relation chaque fois spécifique entre le cours du cycle de luttes que les luttes quotidiennes constituent et la révolution. Cela signifie également l'historicité du contenu du communisme. Le communisme est historique et il est en relation avec le cours immédiat de chaque cycle de luttes. En relation, c'est-à-dire qu'il y a des médiations, une production de la bataille et une fabrication de son contenu. Le communisme de 1795 n'est pas celui de 1848, ni de 1871 ou de 1917, et encore moins de 1968 ou le nôtre.
La réalité de la lutte de classe n'est pas double (cf. les critiques de Mouvement Communiste ou d'Echanges). Il n'y a pas, comme enfouie dans les luttes revendicatives, la réalité cachée d'une tension au communisme se manifestant plus ou moins. Nous sommes tout simplement dans une lutte de classes qui a pour contenu la contradiction qu'est l'exploitation et pour mouvement la baisse tendancielle du taux de profit qui est directement une contradiction entre les classes, entre le prolétariat et la classe capitaliste. A travers la baisse du taux de profit, l'exploitation est un procès constamment en contradiction avec sa propre reproduction ; le mouvement qu'est l'exploitation est une contradiction pour les rapports sociaux de production dont elle est le contenu et le mouvement. En ce sens, la lutte des classes est un jeu qui peut amener à l'abolition de sa règle. Non seulement, nous n'avons pas besoin d'une réalité double, mais encore une réalité double nous empêche de comprendre l'importance révolutionnaire de la lutte pour le partage de la valeur produite et l'aspect ordinaire des batailles en faveur du communisme.
L'exploitation est ce drôle de jeu où c'est toujours le même qui gagne (parce qu'elle est subsomption) en même temps et pour la même raison que c'est un jeu en contradiction avec sa règle et une tension à l'abolition de cette règle. Le communisme est le mouvement contradictoire du mode de production capitaliste, le procès de sa caducité. Il n'est pas un sens caché dans une « réalité double » de la lutte des classes. Le dépassement est inclus comme contenu même de la contradiction entre le prolétariat et le capital, et cela en tant que formes les plus immédiates de la lutte des classes. La classe n'existe pas deux fois, une fois comme reproductrice du capital et se battant dans les limites de cette reproduction et une deuxième fois comme tension au communisme. La révolution n'existe que comme le processus immédiat, dans ses limites nécessaires (du fait même qu'il est lutte de classe) de ce développement quotidien. Ce qu'il faut montrer, c'est en quoi, dans les conflits internes de ces luttes, dans leurs limites, leurs contradictions, leurs impasses, la façon dont elle sont battues, mais aussi la façon dont elles existent, les buts qu'elles se proposent, les formes qu'elles se donnent, elles expriment et formalisent le contenu révolutionnaire de ce cycle.
La lutte de classes n'est rien d'autre que le capital comme contradiction en procès, elle produit son dépassement et n'existe qu'en ce qu'elle le produit. Il faut abandonner toutes ces dualités qui ne sont que l'héritage de notre longue incapacité à sortir d'une conception programmatique de la révolution. « Batailles de concepts » ou « réalité double », « classe en soi » et « classe pour soi », c'est à la même fausse question que l'on cherche à répondre : quelle est, face ou dans la reproduction quotidienne, la nature révolutionnaire du prolétariat et quelles sont les conditions de l'actualisation de cette nature, comment elle se manifeste ? Il faut sortir de l'impossibilité du programmatisme qui nous contraint à ne pouvoir parler du communisme que dans une dissociation de la réalité de la lutte de classe ou une dualité du prolétariat.
On en revient toujours à ce point discriminant qui est la compréhension de la situation actuelle : défaite d'un cycle de luttes / restructuration / nouveau cycle de luttes. Mais, il ne suffit pas de dire qu'il y a eu défaite ouvrière, il faut dire laquelle, la préciser : celle de l'affirmation de la classe, de sa montée en puissance comme marche-pied de la révolution ; de la même façon il ne suffit pas de parler de restructuration à partir des années 1970, il faut la préciser. Sans ces précisions, on ne définit pas comme histoire la contradiction entre le prolétariat et le capital. On en reste à la conception des « éclipses et des réémergences » (Dauvé), et de l'attente de la prochaine « réémergence », en définitive on comprend la lutte des classes comme une « histoire » bêtement cyclique. Cette définition de la restructuration et d'un nouveau cycle de luttes est la condition sine qua non pour concevoir une nouvelle structuration et un nouveau contenu de la contradiction et sortir des apories du programmatisme. C'est-à-dire concevoir l'activité révolutionnaire non comme l'expression d'une nature, mais comme situation.
La nouveauté de la période réside bien dans la structure et le contenu de la contradiction entre le prolétariat et le capital qui se situant au niveau de la reproduction peut porter le dépassement immédiat du capital comme abolition de toutes les classes. C'est la dynamique de ce cycle de luttes, mais c'est aussi ce qui fait l'identité de cette dynamique avec sa limite. Cette identité nous pouvons la constater quotidiennement, c'est-à-dire constater qu'agir en tant que classe ne contient immédiatement plus rien d'autre que la reproduction des rapports capitalistes. Nous allons voir que l'identité n'est pas une confusion, qu'elle n'est pas sans médiation, mais qu'elle contient la différence comme un écart à l'intérieur d'elle-même.
Deux points résument l'essentiel du cycle de luttes actuel :
* la disparition d'une identité ouvrière confirmée dans la reproduction du capital, c'est la fin du mouvement ouvrier et la faillite corollaire de l'auto-organisation et de l'autonomie comme perspective révolutionnaire ;
* avec la restructuration du mode de production capitaliste, la contradiction entre les classes se noue au niveau de leur reproduction respective. Dans sa contradiction avec le capital, le prolétariat se remet lui-même en cause.
Il en résulte que la révolution n'est pas la victoire du prolétariat : il ne peut plus y avoir montée en puissance et transcroissance des luttes immédiates à la révolution. S'il n'y a pas transcroissance, il y a donc un moment de rupture qui distingue les luttes revendicatives de la révolution autant qu'il les coordonne. Cette rupture est un dépassement, mais un dépassement produit.
Le même contenu historique de la contradiction entre le prolétariat et le capital structure le cours quotidien et confère un contenu spécifique à son dépassement. Quand, en Angleterre, en 1854, le cours quotidien des luttes revendicatives aboutit à la constitution, à Manchester d'un « Parlement ouvrier » (avec le soutien enthousiaste de Marx : Oeuvres politiques, Pléïade, p. 754), ce « Parlement » proclame comme son but que « les ouvriers deviennent les maîtres de leur propre travail, afin de s'émanciper un jour tout à fait de l'esclavage salarié » et que « Si l'ouvrier a le droit indiscutable de participer aux profits de l'employeur, à plus forte raison a-t-il le droit d'être son propre employeur... ».
Le cycle de luttes actuel se caractérise par la disparition de l'identité ouvrière, par le fait que toute lutte trouve dans ce qui la définit sa propre limite comme reproduction du capital. Actuellement, pour le prolétariat, affronter le capital c'est affronter sa propre constitution et sa propre existence comme classe. Déterminée par la structure de la contradiction entre les classes dans ce cycle, la contradiction au niveau de l'autoprésupposition des rapports de production capitalistes confère au communisme le contenu du libre développement de l'immédiateté sociale de l'individu. Ce n'est que comme produit d'un cycle de luttes où la lutte contre le capital contient pour le prolétariat sa propre remise en cause et sa propre abolition que l'homme ne cherchera pas à demeurer quelque chose qui a été, que la révolution peut être l'abolition de toute particularité sociale à reproduire. L'abolition du prolétariat est l'aboutissement d'un cycle de luttes qui contient, pour cette classe, la remise en cause d'elle-même dans sa contradiction avec le capital et qui définit alors le contenu de son dépassement comme la capacité de traiter tout le développement historique antérieur comme prémisse d'un libre développement : absence de mesure des forces humaines d'après un étalon préétabli. La communisation est une désobjectivation du monde. Des luttes revendicatives à la révolution, il y a rupture, saut qualitatif, mais cette rupture n'est pas un miracle, elle n'est pas non plus la simple constatation par le prolétariat qu'il n'y aurait plus rien d'autre à faire que la révolution devant l'échec de tout le reste. Cette rupture est produite positivement par le déroulement du cycle de luttes qui la précède et dont on peut même dire qu'elle fait encore partie. Cette rupture s'annonce dans l'identité entre la dynamique de ce cycle et ses limites, elle s'annonce comme la multiplication des écarts dans cette identité (certains aspects du mouvement social argentin, les luttes « suicidaires », les pratiques des sauvageons dans les entreprises, les collectifs, la faillite de l'autonomie, toutes les pratiques dans les luttes qui produisent l'unité de la classe comme une unité extérieure et une contrainte objective, le mouvement d'action directe). Il ne s'agit pas de considérer les éléments qui constitue cette annonce comme des germes à développer, mais comme ce qui rend invivable cette identité. Dynamique et limite ne sont pas immédiatement identiques ; elles le deviennent dans la reproduction du capital, dans la défaite de ces luttes.
L'activité du prolétariat dans la révolution peut être qualifiée de « rapport de prémisse ». C'est l'appartenance de classe apparaissant comme une contrainte extérieure : la simultanéité de l'implication du prolétariat par le capital et de son incapacité qualitative, de par la structure et le contenu de la contradiction (contradiction au niveau de la reproduction) à valoriser la valeur accumulée. Tout le travail passé, toute l'histoire, et toute l'universalité même de la situation du prolétariat, apparaissent non comme quelque chose à reproduire mais comme la prémisse d'un libre développement ne considérant rien de ce qui lui préexiste et rien de ce qu'il pose lui-même comme quelque chose à reproduire. Rapport entre les classes, le rapport de prémisse n'est pas une base objective existant en dehors de la pratique du prolétariat, il n'est dans ce stade du procès de la révolution qu'activités de fractions communistes de la classe. Fractions, car la classe est par définition prise dans la reproduction du capital, même en crise ; c'est cela entre autre la médiation de l'activité révolutionnaire, quant à son contenu, par l'opposition au capital. En abolissant toute présupposition antagonique d'une particularité sociale à reproduire, l'activité du prolétariat contre le capital est une désobjectivation pratique du monde dans lequel se meut l'activité humaine ; une désobjectivation de tout le travail social accumulé dans le capital, en ce que celui-ci, comme rapport social, est nécessairement objet. Il fallait le capital pour produire ces notions extravagantes d'activité en soi, et de produits en soi, ou conditions de l'activité. Il fallait le capital, pour poser leur rencontre comme ayant pour préalable, et résultat, l'objectivité, contrainte latente à sa reproduction, forme à reproduire du rapport social, et faire de cette rencontre même, le mouvement de l'objectivité.
Dans le rapport de prémisse, l'accumulation du travail social perd la détermination sociale contradictoire du capital, c'est-à-dire perd son caractère d'objectivité. L'activité comme sujet, le produit comme objet, perdent leur détermination sociale antithétique de travail et de capital et leur séparation, présupposant leur rencontre et en résultant tout aussi constamment. Comme rapport social à reproduire, le capital est nécessairement objet (capital latent, capital en soi), face au travail. La désobjectivation pratique du monde des produits de l'activité sociale antérieure, c'est l'abolition de leur détermination sociale contradictoire face au travail salarié, et de la détermination sociale contradictoire de l'activité comme sujet en soi, en tant que travail salarié. L'objectivité et la subjectivité sont abolies dans ce qui les définit comme objectivité et subjectivité : la contrainte à être reproduites dans leur séparation. Séparation qui, comme préalable et résultat, définit le capital comme objectivité et le travail salarié comme subjectivité.
Le rapport des individus entre eux, comme contenu de la révolution communiste, ne peut avoir pour but que lui-même et ne peut reproduire comme principe de la société la particularisation d'une activité comme le travail qui est la coïncidence du caractère social et individuel de l'activité humaine en dehors d'elle-même. La non-coïncidence entre l'activité individuelle et l'activité sociale, autonomisée comme économie, entre, dans le rapport d'exploitation capitaliste, en contradiction avec elle-même.
Le dépassement ne peut se produire que dans la crise de ce cycle, à l'issue de celui-ci. La contradiction entre le prolétariat et le capital, telle qu'elle est le cours quotidien de la lutte de classe et le cours dynamique des contradictions du capital, constitue et nécessite la crise de la reproduction comme médiation de son dépassement. Cela parce que la contradiction devient nécessairement économie dans son procès et crise économique (crise de l'économie). En outre, cette crise est sous sa forme économique, en tant que baisse tendancielle du taux de profit, directement une contradiction entre les classes. Il est évident, du fait même qu'il passe par l'économie, que le cycle de luttes n'est pas un processus continu de montée en puissance ou de décantation sortant les germes révolutionnaires de leur gangue.
Le passage des luttes immédiates à la communisation est une autotransformation de l'activité du prolétariat, ce passage est un dépassement produit qui commence dans les luttes immédiates. C'est la lutte du prolétariat dans sa dynamique qui produit la rupture révolutionnaire.
Dans tous les conflits le plus important c'est la distinction dans la reproduction du capital de l'activité de classes distinctes. La crise du rapport d'exploitation est donnée dans le prolétariat et dans le capital. Il n'y a pas de situation qui donnée unilatéralement soit sans issue pour le capital. C'est de par la spécificité de l'activité du prolétariat, dans une phase historique donnée de la contradiction, que le capital ne peut produire un mode de valorisation supérieur. Dans la crise de l'implication réciproque de ce cycle de luttes, dans le cours des conflits immédiats, vus la structure et le contenu de la lutte des classes, la condition de salarié est produite comme une contrainte extérieure en même temps que c'est en tant que salarié que l'on se bat. C'est le moment de fusion d'un conflit, moment que bien des caractéristiques des luttes actuelles ont commencé à annoncer. Nous ne pouvons pas résoudre une équation dont les données ne contiennent pas les éléments de sa solution, pour ce qui nous intéresse les données permettant de résoudre l'équation du dépassement ce sont la structure et le contenu du capital restructuré et du cycle de luttes.
La révolution est un conflit entre les classes, elle est la détermination ultime du procès contradictoire du capital comme contradiction entre le prolétariat et le capital. Le procès de dépassement de la lutte revendicative s'amorce dans la lutte revendicative elle même, lorsque celle-ci, à l'intérieur d'elle-même, pose ses exigences sans tenir compte de la logique de reproduction du système et, par là, tend à remettre en question les conditions mêmes de l'existence de l'exploitation. C'est-à-dire simplement lorsqu'elle devient, dans son cours de lutte revendicative, jusqu'au-boutiste, dépassant par là sa cohérence de lutte revendicative. C'est là que l'auto-organisation des luttes est un moment crucial du dépassement révolutionnaire des luttes revendicatives.
Le syndicalisme exprime l'activité de la classe en ce qu'elle implique conflictuellement le capital et présuppose son rapport à lui. Mais, et c'est fondamental, c'est dans le capital que la reproduction de ce rapport trouve constamment les conditions de son renouvellement. C'est en cela que, fonction de l'implication réciproque, le syndicalisme se trouve nécessairement amené à envisager le renouvellement de ce rapport sur la base des nécessités du capital, il n'a pas le choix. A ce niveau, et de ce point de vue, le conflit ne peut porter que sur le profit (forme transformée de la plus-value) et sa répartition, comme si tous les éléments du procès de production concourraient également à sa constitution. C'est bien pour cela que mener la lutte revendicative de façon jusqu'au-boutiste et intransigeante ne peut être le fait des syndicats mais de l'auto-organisation et de l'autonomie ouvrière. Mener, dans l'autonomie ouvrière, la lutte revendicative sur la base d'intérêts inconciliables, c'est effectuer un changement de niveau dans la réalité sociale du mode de production capitaliste. La lutte revendicative ne se situe plus au niveau du profit et de tous les éléments du procès de production concourrant également à sa formation, mais au niveau du travail en tant que producteur de valeur dont la plus-value.
On passe du niveau du conflit à celui de la contradiction. Le niveau du conflit c'est celui du partage entre salaire et profit, les intérêts ont beau être là inconciliables, on demeure dans un jeu à somme nulle indéfiniment reproductible dans la mesure où tant que l'on en reste à ce niveau le balancier ira dans un sens puis dans l'autre car on ne s'est pas attaqué à la balance elle-même. Le niveau de la contradiction est celui de la plus-value et du travail productif, mais on ne peut pas revendiquer d'être un peu moins travailleur productif de plus-value autrement qu'en revendiquant un peu plus de salaire ou un peu moins d'heures de travail ce qui nous ramène à la distribution et au conflit. C'est l'insuffisance de la plus-value par rapport au capital accumulé qui est au coeur de la crise de l'exploitation, s'il n'y avait pas au coeur de la contradiction entre le prolétariat et le capital la question du travail productif de plus-value, s'il n'y avait qu'un problème de distribution et si tous les conflits sur le salaire n'étaient pas l'existence de cette contradiction (du fait que c'est la contradiction qui existe elle est conflits, tout autant que la plus-value devient profit), la révolution demeurerait un voeu pieux Ce n'est donc pas par une attaque du côté de la nature du travail comme productif de plus-value que la lutte revendicative est dépassée (on en reviendrait toujours à un problème de distribution), mais par une attaque du côté des moyens de production comme capital.
Lorsque la baisse tendancielle du taux de profit qui est une contradiction entre des classes comporte dans cette contradiction définie historiquement la remise en cause par le prolétariat de sa propre existence comme classe, la nécessité face à laquelle se trouve alors cette activité du prolétariat consiste non à modifier le partage entre salaire et profit mais à abolir la nature de capital des moyens de production accumulés. L'attaque contre la nature de capital des moyens de production, c'est leur abolition comme valeur absorbant le travail pour se valoriser, c'est l'extension de la gratuité, la destruction qui peut être physique de certains moyens de production, leur abolition en tant qu'usine dans laquelle se définit ce qu'est un produit, c'est-à-dire les cadres de l'échange et du commerce, c'est le bouleversement des rapports entre les sections de la production qui matérialise l'exploitation et son taux, c'est leur définition, leur enchassage dans les rapports intersubjectifs individuels, c'est l'abolition de la division du travail telle qu'elle est inscrite dans le zonage urbain, dans la configuration matérielle des bâtiments, dans la séparation entre la ville et la campagne. « Les rapports entre individus se sont figés dans les choses, parce que la valeur d'échange est de nature matérielle » (Marx, Fondements..., Ed. Anthropos, t.1, p.97). L'abolition de la valeur est une transformation concrète du paysage dans lequel nous vivons, c'est une géographie nouvelle.
La communisation n'est donc pas une prise du pouvoir sous quelque forme que cela soit par le prolétariat, mais l'abolition par des mesures pratiques de luttes contre la classe capitaliste de toutes les déterminations du mode de production capitaliste. Cette abolition est positivement la communisation des rapports entre individus en tant qu'individus singuliers. Cette approche du communisme comme rapports entre individus singuliers, nous la trouvons chez Marx dans sa critique de l' « unique » de Stirner. Marx ne rejette pas le concept mais le sens et le rôle que lui donne Stirrner : « Par conséquent, l' « unicité » comprise comme épanouissement original et conduite individuelle comme on l'a exposée plus haut, non seulement suppose tout à fait autre chose qu'une bonne volonté et une conscience honnête, mais juste le contraire des divagations de Sancho (elle suppose une révolution communiste, nda). Chez lui, l' « unicité » n'est que l'embellissement de la société existante, une goutelette de baume pour l'âme en peine, l'âme impuissante que la misère a rendue misérable. (...). Et il supposait (Stirner) non seulement des besoins égaux, mais des activités égales, de sorte que chacun pouvait remplacer l'autre dans le "travail humain". (...) Qu'est-ce qui permet à Sancho, en général, de parler d'incomparabilité (l' « unicité », nda), alors qu'il laisse subsister l'argent qui est, en pratique la comparaison personnifiée, alors qu'il se soumet à l'argent et se laisse estimer à cet étalon universel pour se comparer à d'autres ? Il est donc flagrant qu'il dément lui-même son incomparabilité. (...) Au demeurant, l'incomparabilité peut s'entendre dans diverses acceptions. La seule dont il s'agit ici, l' « unicité » au sens d'originalité, suppose que l'activité de l'individu incomparable se distingue elle-même de l'activité de gens égaux (souligné dans le texte) (l'originalité est conditionnée par l'interdépendance, nda). » (Marx, Idéologie Allemande, in Oeuvres Philosophie, Ed. Pléiade, p. 1321-1322, et p.482-483, Ed. Sociales). Cette « unicité » est le mouvement même d'abolition de toutes les classes qui est celle de l' « individu moyen » (Idéologie Allemande, Ed. Sociales, p. 96) , elle trouve son origine dans la capacité des prolétaires à s'autotransformer dans l'affrontement, dans le capital, de leur propre existence comme classe : « Cette subordination des individus à des classes déterminées ne peut être abolie tant qu'il ne s'est pas formé une classe qui n'a plus à faire prévaloir un intérêt de classe particulier contre la clase dominante. » (ibid, p. 93). Ne plus faire prévaloir d'intérêt de classe particulier, à partir de sa propre situation et de sa propre lutte comme classe, c'est la définition même de la communisation.
Aborder la communisation comme création de rapports entre les individus comme individus singuliers conduit à une considération problématique. Le prolétariat agit comme classe du mode de production capitaliste, c'est celui-ci qu'il abolit et par là s'abolit lui-même, mais si nous considérons les mesures communisatrices nous nous apercevons que, dans leur contenu positif, c'est avec les catégories définissant la valeur qu'elles sont en rapport. Le prolétariat abolit le mode de production capitaliste en abolissant les déterminations de la valeur. Si la question de la communisation doit être prise à partir de la valeur, c'est-à-dire du faire valoir social de l'individu et si c'est dans ce cadre, le plus large qui soit, que se révèle la communisation comme mouvement pratique, il faut en conclure que abolir la valeur ce n'est pas produire un nouveau faire valoir social, mais abolir le social. Nous pourrions simplement nous en réjouir et dire que la révolution est le dépassement de toute l'histoire passée, il n'en demeure pas moins que nous sommes là face à un problème théorique : l'abolition du capital est le dépassement positif des déterminations de la valeur or dans le mode de production capitaliste la valeur n'existe que comme capital, mais c'est comme valeur que nous pratiquons l'abolition du capital. Attention, nous ne sommes pas là comme dans Le Capital dans le domaine du « concret de pensée », mais dans les mesures empiriques de la communisation. Pour l'instant, nous en resterons là.
Si le dépassement des conditions existantes, la communisation, c'est le dépassement de l'objectivation de la production, ce n'est là que les mesures immédiates que les prolétarires auront à prendre pour ne plus l'être en abolissant les forces adverses de la classe capitaliste. Le communisme est le dépassement de toute l'histoire passée, il n'est pas un nouveau mode de production. C'est une rupture totale avec toutes les déterminations de l'économie. L'immédiateté sociale de l'individu c'est la fin de cette séparation entre l'activité individuelle et l'activité sociale, qui avait constitué le fait pour l'homme d'être un être objectif en base du rapport entre son individualité et sa socialité et définissait son activité comme travail. Ce n'est pas l'objectivité en elle-même qui est en cause mais la séparation entre activité individuelle et activité sociale qui constitue l'objectivité en économie et celle-ci en médiation entre les deux. Nous voilà au fondement de l'activité révolutionnaire, dans la relation entre profit et plus-value réside sa capacité à aller plus loin que ce qui était immédiatement son point de départ : le passage actif du conflit à la contradiction et à partir d'elle à la communisation.
Climax de la lutte des classes, la contradiction entre le prolétariat et le capital, dans la lutte revendicative, se tend à un point tel que la définition de classe devient une contrainte extérieure, une extériorité simplement là parce que le capital est là. Le jeu réflexif de l'implication réciproque parvient au point où l'appartenance de classe est extériorisée comme contrainte. C'est là, le saut qualitatif dans la lutte de classe. C'est là qu'il y a dépassement et non transcroissance. C'est là que l'on passe d'un changement dans le système à un changement du système. Mais ce dépassement, articulé à la structure et au contenu du cycle de luttes, est le dépassement produit d'une contradiction entre les classes qui se situe au niveau de la reproduction.
« Nous, nous pouvons faire autre chose ! », disent en substance les prolétaires.
Le point ultime de l'implication réciproque c'est quand le prolétariat s'empare des moyens de production. Il s'en empare, mais ne peut se les approprier. Sa lutte contre les forces sociales défendant la reproduction capitaliste de la société lui impose de les bouleverser dans leur forme sociale, c'est-à-dire dans les formes matérielles immédiates dans lesquelles cette forme sociale existe. Son action est en outre conditionnée par ce qu'il est lui-même. Il est l'abolition des conditions existantes sur la base des conditions existantes. Il est dans le mode de production capitaliste l'abolition de la propriété, de la division du travail, de l'échange et de la valeur, des classes, sur la base et à l'intérieur de leur existence. Toutes les appropriations révolutionnaires antérieures étaient limitées par leur nature même d'appropriations car elles demeuraient dans la division du travail, la propriété, et la division de la société en classes. L'appropriation effectuée par le prolétariat ne peut en être une car elle ne peut s'accomplir que par sa propre abolition en tant que classe, dans une union universelle de la production dans laquelle il se dépouille de tout ce qui lui reste encore de sa situation sociale antérieure. Dans le communisme l'appropriation n'a plus cours parce que c'est la notion même de « produit » qui est aboli. Bien sûr, il y a des objets (les notions d'objectivité et de subjectivité sont même à redéfinir) qui servent à produire, d'autres qui sont directement consommés, d'autre qui servent aux deux. Mais parler de produits et se poser la question de leur circulation, de leur répartition ou de leur « cession », c'est-à-dire à un moment donné de leur appropriation, présuppose des lieux de rupture, de « coagulation » de l'activité humaine : le marché dans les sociétés marchandes, la dépose et la prise au tas dans certaines visions du communisme. Le produit n'est pas une chose simple. Parler de produit, c'est supposer qu'un résultat de l'activité humaine apparaît comme fini face à un autre résultat ou au milieu d'autres résultats. Ce n'est pas du produit qu'il faut partir mais de l'activité.
Dans le communisme, c'est l'activité humaine qui est infinie parce qu'insécable. Elle a des résultats concrets ou abstraits, mais ces résultats ne sont jamais des « produits » pour lesquels se poserait la question de leur appropriation ou de leur cession sous quelque modalité que cela soit. Cette activité humaine infinie synthétise ce que l'on peut dire du communisme. Si nous pouvons parler d'activité humaine infinie pour le communisme, c'est que déjà le mode de production capitaliste nous donne à voir, bien que contradictoirement, et non comme un « bon côté », l'activité humaine comme flux social global continu et le « general intellect » ou le « travailleur collectif » comme force dominante de la production. Le caractère social de la production rendant la base de la valeur contradictoire. Cette continuité de l'activité humain ce n'est (sous une autre approche) que le dépassement du temps disponible sur la base contradictoire du mode de production capitaliste.
Ce n'est finalement que parce qu'il ne peut rien s'approprier, parce qu'aucun élément de sa définition n'est quelque chose qui le confirme que la contradiction entre le prolétariat et le capital peut devenir extranéisation de l'appartenance de classe. Ce que le prolétariat est devient quelque chose à dépasser, en même temps que cela s'impose comme le présupposé de ce dépassement. Lorsque nous parlons de l'appartenance de classe comme d'une contrainte extérieure cela ne renvoie pas à un individu prédéfini, préexistant, pour lequel cette appartenance deviendrait contingente mais à une autotransformation des prolétaires et à la production d'un individu immédiatement social dont cette extériorité est précisément, dans la lutte, le processus révolutionnaire de naissance. La pratique révolutionnaire est la coïncidence du changement des circonstances et de l'activité humaine : autochangement.
Il n'y a pas dans cette activité qui se transforme d'apparition ex-nihilo de propriétés nouvelles, toutes les prémisses sont là présentes : l'exploitation comme contradiction et la situation du prolétariat dans cette contradiction, le capital restructuré, les caractéristiques du cycle de luttes. Ce ne sont pas les vertus du mouvement lui-même qui assurent le dépassement (la lutte devenant la propre base de ces qualités nouvelles simplement parce qu'elle est lutte, comme le pensait le GLAT il y a longtemps et encore plus ou moins le mouvement d'action directe maintenant), mais ce par quoi ce mouvement existe (l'enchaînement que nous venons de définir). Il n'en demeure pas moins que le dépassement du mode de production résulte à ce moment là des qualités de la lutte. La lutte ne contient pas en tant que telle le changement de système, que l'activité du prolétariat puisse se transformer elle-même ne tient pas d'un miracle relevant des vertus de l'action. Le cours de la lutte dans les rapports que les prolétaires entretiennent entre eux, dans les mesures d'expropriation (et non d'appropriation) qui sont prises, ne contient pas des germes de rapports nouveaux (la théorie des germes est celle qui attribue à la lutte elle-même la production des qualités permettant le dépassement), il est la production de ces rapports nouveaux, ce sont alors les mesures communistes prises comme nécessité de la lutte (l'abolition de l'échange et de la valeur, de la division du travail, de la propriété ne sont que l'art de la guerre de classe, ni plus ni moins à ce moment là que lorsque Napoléon mène sa guerre en Allemagne par l'introduction du code civil). Une nécessité absolument consciente car il n'y a rien de préexistant à reproduire.
Toute transcroissance est à ranger au magasin des antiquités mais non toute articulation entre les luttes revendicatives, le cours quotidien des luttes, et la révolution. Dans le cours de la lutte contre le capital, la classe se retrouve face à elle-même comme limite à dépasser. L'auto-organisation formalise dans la lutte revendicative l'irréconciabilité des intérêts entre la classe ouvrière et la classe capitaliste, elle est par là le moment nécessaire de l'apparition de l'appartenance de classe comme contrainte extérieure et la forme dans laquelle s'amorce, contre elle, la communisation des rapports entre individus.
Il n'y a plus d'identité de salariés, de prolétaires ou de travailleurs à libérer contre cette société, il n'y a plus de projet de réorganisation de celle-ci sur la base du salariat ou du travail producteur de valeur. Lorsque des luttes revendicatives sont dans cette situation et agissent en conséquence, c'est là que peut s'amorcer leur dépassement, c'est-à-dire la communisation. Cela signifie que l'appartenance de classe qui était nécessité, définition sociale préalable à reproduire parce qu'impliquant sa reproduction, devient contingente. Toute grève, toute lutte n'est pas potentiellement la révolution, mais nous ne pourrons jamais définir à l'avance le moment où la lutte revendicative produit son propre dépassement.
Ce dépassement de la contradiction entre les classes est le moment où lutter contre le capital, devient, dans le cours de la lutte, remettre en cause sa propre condition de prolétaire qui est alors produite, dans le cours du conflit, comme une contrainte extérieure, en même temps que c'est en tant que prolétaire que l'on se bat contre le capital et que simultanément on produit des rapports nouveaux. On communise la société, c'est-à-dire qu'on la supprime en tant que substance autonome du rapport entre les individus, qui se rapportent à eux-mêmes dans leur singularité. Les rapports sociaux antérieurs, sans que cela tienne à un plan d'ensemble (inexistant et impossible), se délitent dans cette activité sociale où l'on ne peut faire de différence entre l'activité de grévistes et d'insurgés et la création d'autres rapports entre les individus, de rapports nouveaux, dans lesquels les individus ne considèrent ce qui est que comme moment d'un flux ininterrompu de production de la vie humaine.
Le dépassement n'est pas un processus interne à la classe, mais son conflit avec le capital et l'évolution des rapports de forces, donc des objectifs et de la conscience théorique qui se déterminent dans la lutte. La communisation est soumise à l'histoire de l'accumulation du capital et à sa crise. Qu'est ce qui peut faire de cette crise une crise finale ? Rien d'autre que son déroulement, et non l'accomplissement d'un sens ou d'une tendance. C'est la crise du mode de production capitaliste dans les termes du mode de production capitaliste résultant de la baisse tendancielle du taux de profit, contradiction entre des classes (c'est en cela que la question souvent posée : « jusqu'à quel point devra-t-il baisser ? », n'a pas de sens.). Ce n'est pas l'irreproductibilité de cette contradiction qu'est l'exploitation qui produit la communisation. C'est le dépassement d'un cycle de luttes spécifique et la pratique du prolétariat qui en résulte alors comme pratique dans cette crise qui se définit comme communisation, rendant la contradiction entre le prolétariat et le capital irreproductible. L'annonce de ce dépassement existe dans les luttes actuelles.
Dire qu'il n'y a plus aucune possibilité de transcroissance entre les luttes immédiates et la révolution (cette absence même définit la révolution comme communisation) ce n'est pas dire qu'il n'y a aucune relation entre les deux. Nous pourrions même parler de « jonction », tout dépend de la façon de concevoir cette « jonction ».
En décembre 95, dans la lutte des sans-papiers, des chômeurs, des dockers de Liverpool, de Cellatex, d'Alstom, de Lu, de Marks et Spencer, etc., telle ou telle caractéristique de la lutte apparaît, dans le cours de la lutte elle-même, comme limite en ce que cette caractéristique spécifique (service public, demande de travail, défense de l'outil de travail, refus de la délocalisation, de la seule gestion financière, etc.), contre laquelle le mouvement se heurte souvent dans les tensions et les affrontements internes de son recul, se ramène toujours au fait d'être une classe.
Si nous pouvons quotidiennement constater que chaque lutte butte sur ce qui la constitue comme action de classe, il en va autrement en ce qui concerne la transformation de cet « agir en tant que classe », devenu limite, en remise en cause par le prolétariat de son propre rapport au capital, comme classe. C'est-à-dire la transformation de quelque chose qui, pour l'instant, se résout dans la reproduction du capital en quelque chose qui soit activement, dans la lutte de classe, la remise en cause par le prolétariat de sa propre situation de classe.
Dans les luttes revendicatives actuelles, nous avons une annonce de leur dépassement comme lutte révolutionnaire, c'est-à-dire comme communisation, chaque fois que dans ces luttes, c'est ce qui fait du prolétariat une classe du mode de production capitaliste qui est attaqué. Cette attaque s'effectue à l'intérieur de la lutte revendicative, elle n'est d'abord qu'un moyen de la mener plus loin, mais ce moyen de la mener plus loin entre en conflit avec ce qui définit le prolétariat. C'est toute l'originalité de ce cycle de luttes. Les luttes revendicatives ont des caractéristiques qui étaient impensables il y a une trentaine d'années.
A partir du moment où la lutte des classes se situe au niveau de la reproduction, en même temps que, dans le démocratisme radical, l'existence comme classe du prolétariat se confond avec le capital comme horizon indépassable, c'est dans n'importe quelle lutte que le prolétariat ne peut, ni ne veut, rester ce qu'il est. Il ne s'agit pas forcément de déclarations fracassantes ou d'actions « radicales », mais de toutes les pratiques de « fuite » ou de dénégation par les prolétaires de leur propre condition. Dans les luttes suicidaires à la Cellatex, la grève de Vilvoorde et bien d'autres éclate que le prolétariat n'est rien séparé du capital et qu'il ne peut demeurer comme ce rien (qu'il réclame sa réunion avec le capital ne supprime pas l'abîme qu'ouvre la lutte, la reconnaissance et le refus par le prolétariat de lui-même comme cet abîme). C'est l'inessentialisation du travail qui devient l'activité même du prolétariat, tant de façon tragique dans ses luttes sans perspectives immédiates (suicidaires) et dans des activités autodestructrices, que comme revendication de cette inessentialisation comme dans la lutte des chômeurs et précaires de l'hiver 1998. Quand apparaît, comme lors de la grève des transports italiens ou des ouvriers de la FIAT à Melfi, que l'autonomie et l'auto-organisation ne sont plus que la perspective de rien, c'est là que se constitue la dynamique de ce cycle et que se prépare le dépassement de la lutte revendicative à partir de la lutte revendicative. Le prolétariat est face à sa propre définition comme classe qui s'autonomise par rapport à lui, qui lui devient étrangère.
L'objectivation dans le capital de l'unité de la classe est devenue palpable dans la multiplication des collectifs et la récurrence des grèves intermittentes (les grèves du printemps 2003 en France, la grève des postiers anglais). Il ne s'agit pas de juger ces phénomènes à l'aune d'une vision normative qui n'y voit qu'un inachèvement, un inaccomplissement de leur propre projet d'unification de la classe préalable à son affirmation. Dans ces luttes, c'est l'extériorisation de l'appartenance de classe qui est annoncée comme caractéristique actuelle, présente, de la lutte en tant que classe. Dans tout ces mouvements, comprendre la segmentation comme une faiblesse à dépasser dans l'unité, c'est poser une question formelle et lui apporter une réponse tout aussi formelle. La diffusion de ces mouvements, leur diversité, leur discontinuité constituent leur intérêt et leur dynamique même. « Aller plus loin », ce n'est pas supprimer la segmentation dans l'unité, ce n'est pas une réponse formelle qui est peut-être déjà caduque, il ne s'agit pas de perdre la segmentation, les différences. « Aller plus loin », c'est, dans d'autres circonstances, la contradiction entre ces luttes de classes dans leur diversité et l'unité de la classe objectivée dans le capital. Il ne s'agit pas de dire que plus la classe est divisée, mieux c'est, mais que la généralisation d'un mouvement de grèves n'est pas synonyme de son unité, c'est-à-dire du dépassement de différences considérées comme purement accidentelles et formelles. Il s'agit de commencer à comprendre ce qui se joue dans ces mouvements diffus, segmentés et discontinus : la création d'une distance avec cette unité « substantielle » objectivée dans le capital. Cette extrême diversité conservée et même approfondie dans un mouvement plus général en contradiction avec le capital et cette unité objective qu'il représente est peut-être une condition de l'articulation entre les luttes immédiates et la communisation. De tels faits sont maintenant une détermination incontournable de la lutte des classes. L'unité de la classe ne peut plus se constituer sur la base du salariat et de la lutte revendicative, comme un préalable à son activité révolutionnaire, elle ne se constituera que dans sa propre abolition. L'unité du prolétariat ne peut plus être que l'activité dans laquelle il s'abolit en abolissant tout ce qui le divise. C'est une fraction du prolétariat qui dépassant le caractère revendicatif de sa lutte prendra des mesures communisatrices qui entamera alors l'unification du prolétariat qui ne sera pas différente de celle de l'humanité, c'est-à-dire de sa création comme l'ensemble des relations que les individus établissent entre eux dans leur singularité.
Mettre le chômage et la précarité au coeur du rapport salarial ; définir le clandestin comme la situation générale de la force de travail ; poser - comme dans la mouvement d'action directe - l'immédiateté sociale de l'individu comme le fondement, déjà existant, de l'opposition au capital ; mener des luttes suicidaires comme celle de Cellatex et d'autres du printemps et de l'été 2000, renvoyer l'unité de la classe à une objectivité constituée dans le capital, sont pour chacune de ces luttes particulières des contenus qui construisent la dynamique de ce cycle à l'intérieur et dans le cours de ces luttes. Dans la plupart des luttes actuelles apparaît la dynamique révolutionnaire de ce cycle de luttes qui consiste en produire sa propre existence comme classe dans le capital donc se remettre en cause comme classe (plus de rapport à soi), cette dynamique a sa limite intrinsèque dans ce qui la définit elle-même comme dynamique : agir en tant que classe. Mais dynamique et limite ne sont pas immédiatement identiques ; elles le deviennent dans la reproduction du capital, dans la défaite de ces luttes. La limite de ces luttes, le fait d'agir en tant que classe, crée un écart à l'intérieur des luttes elles-mêmes, écart par lequel seulement la limite peut être qualifiée de limite et c'est cet écart qui est qualifiable de dynamique (non un processus premier donnant sens à la période et subsumant le cours empirique des luttes). L'action en tant que classe qui ne reconnaît et produit l'existence de la classe que dans son rapport au capital n'est pas renvoyée à elle-même comme limite sui generis, mais par la reproduction du rapport capitaliste qui est l'activité de la classe adverse (même si l'activité du prolétariat et de la classe capitaliste s'impliquent). Agir en tant que classe en se produisant comme tel dans le capital c'est se remettre en cause, mais c'est aussi se trouver impliqué dans l'activité de reproduction du capital qui transforme cette action en limite. Dans ce nouveau cycle de luttes, il n'y a pas de « germes » ce qui est une vision évolutionniste, mais ce qui dans les luttes actuelles annonce leur dépassement comme extranéisation par le prolétariat de son existence comme classe fait partie d'une contradiction qui pousse le prolétariat à bouleverser ces éléments eux-mêmes. En ce qu'ils sont encore une activité contre les rapports de production capitalistes dans lesquels ils demeurent activité d'une classe, ils contiennent leur propre limite pour eux-mêmes.
On ne peut voir, dans ces luttes, que des luttes défensives qu'à la condition de considérer que la lutte offensive c'est celle qui consacre la montée en puissance du prolétariat à l'intérieur du mode de production capitaliste. C'est-à-dire finalement celles que l'on pourrait rattacher à la catégorie maintenant caduque de l'auto-organisation. Le prolétariat ne se rapporte plus à lui-même comme à la classe productive se libérant, ce qui est le fondement et la substance même de l'auto-organisation. La vague de lutte « suicidaires » que l'on a connue de Cellatex à Metaleurop en passant par Adelshoffen, la Société Française Industrielle de Contrôle et d'Equipements, Bertrand Faure, Mossley, Bata, Moulinex, Daewoo-Orion, ACT (ex Bull), reconnaissent que l'on existe comme prolétaire que dans son rapport au capital et non pour soi-même. La lutte contre le capital devient, disent les tenants de l'auto-organisation, « suicidaire ».Ils ne voient pas que ce « suicide » contient, dans la contradiction avec le capital, pour le prolétariat, l'évidence de sa propre disparition. En Argentine, les analyses les plus intelligentes (Echanges, Mouvement Communiste, Mutines Séditions) ne parviennent plus à trouver ce que pourtant elles cherchent désespérément : l'auto-organisation « révolutionnaire ». Elles parlent alors de « limites » de « contradictions » d' « interclassisme », de « prise en main par les politiques », tout cela est vrai. Mais, sans comprendre que cela n'est vrai que parce que c'est le modèle lui-même qu'elles cherchent qui est mort. Elles parlent alors, comme Mutines Séditions, d' « intégration du mouvement social » et quand elles veulent trouver quelque chose qui pourrait s'y opposer, elles ne trouvent que les manifestations de « rage », les émeutes, la violence. Enfoncées dans leur perspective « autonome », elles ne voient là aucune « aspirations », aucune « perspectives ». L'émeute porte en elle une perspective sociale très importante, parlante, elle matérialise la nécessité d'en finir avec nos conditions de vie et notre propre situation actuelles, elle rend visible que notre propre situation sociale actuelle n'est pas la base de notre « émancipation », mais n'existe que comme contrainte, que dans le rapport au capital, que notre situation est un obstacle à abolir. Quelle serait, pour ces analyses, La perspective ? A les lire, c'est évident : la prise en main des usines qui ne soit pas un « plan de travail ». Une contradiction dans les termes.
La remise en cause par le prolétariat de sa propre existence en tant que classe, c'est-à-dire l'autotransformation des prolétaires en individus immédiatement sociaux dans leur contradiction avec le capital où leur appartenance de classe se produit dans l'affrontement avec le capital comme quelque chose de contingent est un enjeu de ce cycle de luttes qui, en tant que tel, ne peut donner lieu à aucun programme d'intervention « communiste », à aucune liste de revendications, à aucun compromis. Et là rien n'est déterminé à l'avance, c'est à l'action du prolétariat à résoudre cet énorme problème. Vue la situation du prolétariat dans la contradiction, c'est ainsi (par cette structure et ce contenu, historiquement spécifiés, de la contradiction) que nous situons, dans la lutte des classes définissant le mode de production capitaliste, le passage à la communisation. C'est de cette façon que nous pouvons relier dans leur contenu et dans leur histoire les luttes actuelles et la production du communisme.
Il est évident que dans le cours actuel des luttes la remise en cause n'est pas identifiable à la communisation, ni même à sa « potentialité » (ce qui ne voudrait rien dire), et si elle est encore une déduction théorique c'est qu'elle est aussi beaucoup plus que cela. Etre beaucoup plus que cela c'est ce qui est arrivé dans les luttes sociales en Argentine. Dans les activités productives qui se sont développées, il s'est passé cette chose au premier abord déconcertante : l'autonomie est apparue clairement pour ce qu'elle est, la prise en charge et la reproduction par la classe ouvrière de sa situation dans le capital, les défenseurs de l'autonomie « révolutionnaire » diront que cela vient de ce qu'elle n'a pas triomphé, alors que c'est là son triomphe même. Mais, au moment même où, dans les activités productives, l'autonomie apparaît pour ce qu'elle est, c'est tout ce qui est la base de l'autonomie et de l'auto-organisation qui se trouvait bouleversé : le prolétariat ne peut trouver en lui-même la capacité de créer d'autres rapports interindividuels (volontairement , je ne parle pas de rapports sociaux), sans renverser et nier ce qu'il est dans cette société, c'est-à-dire sans entrer en contradiction avec l'autonomie et sa dynamique. Par la façon dont ont été mises en oeuvre ces activités productives, dans les modalités effectives de leur réalisation, ce sont les déteminations du prolétariat comme classe de cette société qui ont été effectivement bousculées (propriété, échange, division du travail). C'est ainsi que la révolution comme communisation devient crédible.
Le prolétariat ne peut se libérer sans s'abolir, or l'auto-organisation, l'autonomie, même sous la forme des conseils ne peuvent être que la tentative d'érection de ce qu'il est dans la société capitaliste (classe du travail productif) en pôle absolu de la société. En cherchant à libérer sa puissance sociale existante dans le capital, cette affirmation du prolétariat se retourne contre elle-même et ne peut que se constituer en tant que reproduction du capital en contre-révolution, avec laquelle elle ne se confond pas mais qu'elle implique comme sa défaite programmée. Si l'on s'affirme en tant que classe du travail productif, on affirme en même temps, même en voulant les reprendre en soi, la valeur et le capital. C'est là, pour les conseils, leur base, leur existence et leur nature, leur demander d'être l'abolition du prolétariat c'est leur demander d'être autre chose que ce qu'ils sont, c'est-à-dire les producteurs se reconnaissant et s'affirmant comme tels.
La prochaine révolution aura à abattre l'auto-organisation, l'autonomie et le conseillisme parce qu'ils seront repris par le démocratisme radical et les syndicats, il ne s'agira pas d'un « faux conseillisme », il sera le vrai et le seul conseillisme de cette période. Cette révolution se trouvera non pas à devoir achever tout ce qui avait été commencé dans les révolutions précédentes, mais se trouvera face justement à ce que tous les partis et les syndicats du mouvement ouvrier avaient combattu et qu'ils prendront alors en charge. Elle n'aura pas face à elle des formes politiques de la contre-révolution mais des formes sociales. Les conseils ouvriers, là où le développement actuel du capital aura laissé la possibilités d'en former, seront la justification de la contre-révolution. La classe révolutionnaire est bien le prolétariat, même au sens strict de classe des travailleurs productifs de plus-value, mais la révolution ne partira plus jamais des usines et y restera encore moins, elle commencera quand les ouvriers en sortiront pour les abolir. Cette révolution sera celle de l'époque où la contradiction entre les classes se situe au niveau de leur implication réciproque et de leur reproduction. Et « le maillon le plus faible » de cette contradiction, l'exploitation qui relie les classes entre elles, se situe dans les moments de la reproduction sociale de la force de travail, là où justement, loin de s'affirmer, la définition du prolétariat comme classe du travail productif apparaît toujours (et de plus en plus dans les formes actuelles de la reproduction) comme contingente et aléatoire, non seulement pour chaque prolétaire en particulier, mais structurellement pour l'ensemble de la classe. Ce n'est qu'à partir de là que la révolution pourra investir la production pour l'abolir en tant que moment particulier des rapports entre les hommes et abolir par là-même le travail dans l'abolition du travail salarié. C'est dans ce procès de la révolution que la propre définition du prolétariat comme classe des travailleurs productifs apparaîtra réellement, en actes, comme limitée. La définition du prolétariat n'est plus une catégorie socio-économique, tout comme celle de la classe capitaliste, mais la polarisation, comme activités, des termes de la contradiction qu'est l'exploitation, ce qui est déjà pour chaque lutte le critère permettant de juger de son approfondissement et de la mise à jour de ses propres causes.
La communisation ne se constitue pas en mode de vie face au capital, mais sera le dépassement des luttes revendicatives dans le cadre immédiat du travail ou de la reproduction de la force de travail, c'est-à-dire dans le cadre de l'exploitation. La révolution n'est ni la révélation d'une nature révolutionnaire du prolétariat toujours déjà là, ni le résultat du face à face de deux mondes : celui du capital et celui de l'alternative communiste se constituant face à lui. Si la révolution est le dépassement du mode de production capitaliste produit par le développement historique de la contradiction entre le prolétariat et le capital, cela signifie qu'elle est soumise au développpement des contradictions de classes de cette société, à leur histoire. La question de la communisation est sous sa forme la plus concrète celle de la relation entre ce cycle de luttes et la révolution. Le dépassement est réellement une production et une histoire, nous pouvons approcher théoriquement le processus de ce dépassement à la condition d'une production théorique que je pourrais qualifier d'aléatoire et de falsifiable. Jamais un coup de dés théorique alignant un superbe brelan conceptuel n'abolira le hasard.