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L' Angle mort, polémiques
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(1/1) 12 novembre 2006, Lukas Stella
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Cette non connaissance n'est qu'un angle mort défini par ce qui est connu. Chercher la coïncidence ou purement et simplement réfuter la question de la crise c'est accepter le découpage de la réalité sociale tel que l'économie politique l'effectue et le formalise. (...) Ce n'est pas en ajoutant une dose d'indétermination à la " nécessité " économique que l'on retrouve la lutte de classe mais en reconnaissant que l'économie n'est qu'une théorie des rapports de production.
Il serait absurde de chercher une coïncidence entre les courbes de la production, du chômage, des prix, du taux de profit et les fluctuations de l'activité de la classe ouvrière. Ce qui est déterminant c'est le moment où un cycle de luttes se retourne, c'est-à-dire le moment où il n'est plus pris dans la dynamique conflictuelle de reproduction du capital, le moment où le cycle de luttes devient pour le capital la nécessité de modifier l'allure historique de l'exploitation (il ne s'agit pas ici de dire que le prolétariat met en crise le capital ce qui ne fait que renverser le déterminisme économiste et conserver l'objectivité donnée de l'économie). C'est dans le moment de la nécessité de la transformation que la lutte de classe connaît ses plus fortes tensions. Ce moment peut tout aussi bien précéder que suivre le point le plus bas des données brutes des cycles économiques, nous sommes là dans ce qu'il faut reconnaître comme échappant à la connaissance théorique mais on ne remplace pas une non-connaissance par une attente empirique, on la reconnaît comme telle dans son rapport à ce qui est connu. Cette non connaissance n'est qu'un angle mort défini par ce qui est connu. Chercher la coïncidence ou purement et simplement réfuter la question de la crise c'est accepter le découpage de la réalité sociale tel que l'économie politique l'effectue et le formalise. Alors que la vision économiste de la société capitaliste et de la lutte des classes cherche à rendre compte du non-économique comme du phénomène de l'économique qui serait son essence, la dénégation de l'économisme conserve le même couple mais réclame que l'on prononce le divorce. Dans les deux cas on a établi un rapport absurde, pour en accepter ou en réfuter l'efficacité, entre l'économie acceptée comme l'essence de la société capitaliste et l'existence concrète des luttes de classe. C'est-à-dire que l'on a mis en rapport ce qui est au mieux, en tant que critique de l'économie politique, une connaissance avec des existences empiriques qui vont infirmer ou confirmer la prégnance de la première. On cherche une solution à la confrontion de l'histoire empirique concrète avec l'abstraction de l'économie et de ses lois acceptée comme abstraction d'une réalité non-critiquée. En fait on cherche une solution à la question qui n'a pas de sens de savoir si le " concret de pensée " influence la réalité. La solution idéologique est recherchée dans le couple nécessité / contingence. Une fois le couple posé, personne ne peut nier que le prolétariat et la classe capitaliste agissent de façon déterminée par leur situation sociale ou qu'il existe des lois dans le mode de production capitaliste. Pour la vision économiste, la nécessité, en l'occurrence l'économie, fraie sa voie au travers de la contingence et des circonstances, la nécessité c'est ce qui est connu, les circonstances ce qui ne l'est pas (on peut les décrire mais on n'en a pas le concept). Ce qui n'est pas connu (les circonstances) n'est pris en compte que comme suite empirique d'évènements. Dans le domaine de la connaissance théorique auquel appartient la nécessité il existe un " angle mort ", une non-connaissance. La nécessité n'est pas ce qui se réalise, ou se réalisera, dans la contingence présente ou à venir. Parler de la nécessité et parler de la contingence c'est parler de deux choses qui sont dans des ordres différents et que l'on ne cherche pas de toutes forces à mettre en rapport, quand on parle de l'une on ne cherche pas forcément à former un couple diabolique avec l'autre. On a donc mis en relation une connaissance (la nécessité n'est rien d'autre), avec des existences empiriques. On va se mettre ensuite à comparer cette connaissance (la nécessité économique) à l'existence empirique du cours des luttes de classes. La contingence est ramenée au phénomène comme dans le couple essence / concret. La vision qui refuse ce cheminement de la nécessité dans les contingences tout en acceptant les termes du couple, c'est-à-dire l'existence dans le même ordre de la nécessité et des contingences confronte elle aussi ces mêmes réalités qui n'ont pas de rapports, elle accepte la nécessité comme le contraire de la contingence mais cette fois en mettant sous l'une et les autres des éléments qu'elle reconnaît bien n'avoir aucun rapport entre eux : les lois économiques et l'action révolutionnaire communiste. Toute sa subtilité est de les rapporter l'une à l'autre, de les confronter, pour conclure : la relation est nulle. L'erreur consiste dans l'acceptation des termes et de leur confrontation sous la forme de la nécessité et des contingences. L'absence de rapport n'est alors que le résultat, une forme particulière de l'acceptation de la mise en rapport. Cette vision va alors dire que les contingences nient la nécessité. Le fondement de cette vision est de concevoir l'essence comme une partie, la partie intime, de la réalité elle-même, or la distinction entre l'essence et les existences n'est pas une distinction qui sépare deux parties dans l'objet réel lui-même, c'est une distinction entre le concept de cet objet réel et cet objet réel (les rapports de production) comme objet existant. La nécessité est une détermination de l'économie comme essence et l'on ne cherche jamais à construire des passerelles à travers la frontière qui sépare le concept des objets particuliers. Tout simplement parce qu'il n'y a pas de frontière, c'est-à-dire pas d'espace homogène commun entre le concept et le concret existant. Réfuter la nécessité économique au nom des contingences ou dire qu'elle n'explique pas tout, c'est ne pas voir que parler de la nécessité comme économie ne s'oppose pas aux contingences, à l'indéterminé ; cette nécessité n'est que la connaissance d'une activité de la classe capitaliste qui n'est pas plus la marionnette du capital que le sujet de celui-ci. Il ne s'agit pas de la distinction et de la confrontation entre une essence et des phénomènes ; en parlant de la nécessité économique, nous ne sommes pas sortis de l'activité volontaire et consciente de la classe capitaliste et du prolétariat, mais c'est seulement la production d'une connaissance qui ne règle pas le sort du cours empirique des luttes de classes mais en permet la construction théorique et l'analyse. Ce qui est légitime c'est de mettre en rapport une connaissance avec une autre connaissance, c'est-à-dire un concept avec un autre concept et non la nécessité avec des existences empiriques. Je peux donc mettre en relation la nécessité économique avec le concept de cycle de luttes et c'est là où apparaît un " angle mort ", c'est-à-dire une radicale impossibilité de connaissance. Dans le concept de cycle de luttes, la contingence et l'existence empirique des luttes ont été supprimées. Le concept désigne l'activité du prolétariat dans le cours du capital en ce qu'il est une contradiction (lutte des classes) portant son dépasement de par cette activité. Entre ces deux concepts il n'existe ni un rapport d'essence à phénomène ni un rapport d'englobement, ils on en fait le même objet : le capital comme contradiction en procès. Il y a deux concepts pour un même objet parce que cet objet est double : c'est un processus économique nécessaire ; c'est une lutte de classe portant son dépassement. Jusque là on peut toujours considérer que les deux termes sont identiques et même se renforcent mutuellement, ce ne serait que deux point de vue différents : la nécessité économique donnant toute sa force à la lutte du prolétariat et cette dernière l'efficacité qu'il faut à la nécessité pour s'accomplir. Là où l'identité est problématique c'est que, simplement constatée, elle sous-entend que l'on n'a pas posé la question de la nature de l'économie et donc de sa nécessité. Si l'on pose cette question on voit que la nécessité économique est identique à l'activité du prolétariat que pour autant que cette nécessité contredit son propre dépassement dans et par cette activité (la nécessité de l'économie ne nous mène qu'à la contre-révolution dans sa liaison essentielle avec la révolution, mais contre-révolution tout de même), nous avons là un angle mort irréductible dans la conceptualisation du dépassement révolutionnaire du mode de production capitaliste. L'économie politique donne à voir la réalité de l'économie comme si celle-ci se donnait en clair. L'économie n'est qu'un moment de la lutte des classes : les conditions de la reproduction du rapport entre les classes se présentent toujours du côté du capital dans les termes de son objectivité qui sont les termes de l'économie (la production est reproduction, autoprésupposition). Ce n'est pas en ajoutant une dose d'indétermination à la " nécessité " économique que l'on retrouve la lutte de classe mais en reconnaissant que l'économie n'est qu'une théorie des rapports de production. La crise économique détermine la crise des rapports de production mais celle-ci dépend de tous les niveaux qui en fait constituent les rapports de production (formes de propriété, contrainte étatique et politique, pratiques idéologiques etc.) et de leur combinaison, de leur évolution propre, de leur résistance particulière, de la façon dont tous ces niveaux s'agencent à un moment donné. La détermination économique est quant à elle donnée dans la définition de la société capitaliste comme mode de production. L'économie n'est pas la réalité cachée des rapports de production ni même une détermination de ceux-ci à laquelle il faudrait en ajouter d'autres. On a dit ce qu'était l'économie, il est possible de préciser un peu. En tant que conditions objectives de la reproduction des rapports sociaux de production se retrouvant toujours à un pôle de la société du fait même de ces rapports, elle est la structure fixe distribuant les moyens de la production (y compris la force de travail) et les fonctions dévolues aux agents de la production. Cette structure définit l'exploitation. Mais il est vain de chercher cette structure dans une partie empiriquement visible de la société, là on ne rencontrera que des rapports juridiques, des contrats, de la violence politique, des institutions, de l'idéologie, des frontières politiques nationales ou " ethniques ", des stratégies individuelles, des relations entre sexes ou entre tranches d'âge, des capitaux particuliers et des fractions particulières de la force de travail (tout comme au Moyen-âge on rencontrait de la religion et des rapports individuels de subordination, ou dans les sociétés primitives des relations de parenté). Tout cela ne vient pas masquer l'économie, c'est même là qu'elle se donne à voir mais comme une abstraction à construire théoriquement et son efficacité pratique n'est autre que la lutte des classes dans les rapports de production, c'est sa forme d'existence réelle et non une apparence à dissoudre pour découvrir l'essence cachée et seule vraie. L'économisme et sa dénégation (la recherche d'une action du prolétariat ne dépendant pas de ses conditions sociales et économiques) ont en commun soit la simple croyance en l'économie comme en une réalité se dissimulant sous toutes les formes sociales, soit (c'est la cas le plus fréquent) la croyance en l'économie comme l'essence des rapports de production et existant réellement comme telle - essence - en tant que secteur particulier de la vie sociale. Pour l'économisme il s'agit simplement de dissoudre ces formes d'apparition, toutes les déterminations des rapports de production, pour n'avoir que la réalité vraie ; pour sa dénégation il s'agit de refuser un rapport de causalité entre le noyau et les formes sociales, Rapport ramené au problème de la relation entre un secteur particulier de la vie sociale et tous les autres. On se trouve alors, si on est conséquent avec ce que l'on dit, embarqué dans la joyeuse problématique de l'infrastructure et de la superstructure (même si l'on a la pudeur de ne pas prononcer les termes), des interactions dialectiques et de l'empilage d'assiettes. Dans l'économisme et sa dénégation, d'une part, on a pris l'économie simultanément comme partie empirique de la vie sociale et noyau rationnel de celle-ci (essence) et, d'autre part, on n'a pas pris comme telles les formes d'apparition. Les formes d'apparition ne sont pas des apparences, la valeur d'échange, par exemple, est une forme d'apparition de la valeur et non une apparence de celle-ci. Ces dernières sont devenues soit des apparences (l'économisme), soit des réalités pouvant être totalement autres (sa dénégation). Dans le premier cas on a nié la réalité des formes d'apparition, dans le second on a conféré à l'économie une réalité pour elle-même existant dans un secteur de la société en dehors de ses formes d'apparition, ces dernières, niées comme formes d'apparition, entretiennent alors avec l'économie un rapport indéfinissable relevant d'une sorte de causalité fluctuante. Toute une série de couples comme déterminisme et liberté, classe ouvrière et prolétariat, économie et lutte révolutionnaire, lutte défensive et rupture, viennent ensuite cautionner les fluctuations de la causalité. En définitive, dans la relation entre économie et rapports sociaux de production, c'est dans un cas comme dans l'autre la même erreur de méthode que l'on trouve : l'empirisme. De la combinaison des formes d'apparition on abstrait l'économie mais au sens où on réaliserait une extraction. L'économie existerait comme essence réelle dans le réel qui la contient, la recèle et la cache. On la dégage. La réalité est alors constitué de deux essences réelles, la pure (l'économie) et l'impure (toutes les déterminations qui constituent les rapports sociaux de production et non les " niveaux " qui renvoient à la métaphore architecturale des étages). L'économie serait donc contenu réellement dans la réalité des rapports sociaux. La méthode a simplement consisté à séparer dans l'objet deux parties existantes en lui. La différence entre l'objet réel (les rapports sociaux) et son essence (l'économie) est avouée puisque l'essence est déclarée seulement partie de l'objet réel, mais cette différence est niée à l'instant même où elle est reconnue en devenant une simple distinction des parties d'un seul objet, l'objet réel, les rapports sociaux de production. On a alors produit comme partie réelle de l'objet son essence qui n'est en fait que sa connaissance, les formes d'apparition deviennent une autre partie de ce réel. Il faudra bien sûr ensuite régler le problème de la liaison entre ces deux parties en lesquelles se décomposent le réel. C'est là que se situe le choix entre l'économisme (le déterminisme) et la causalité fluctuante (fluctuante, car on ne peut benoitement affirmer l'absence de tout rapport). La dénégation de l'économie croit en l'économie de la même façon que l'économie politique pour laquelle elle est un secteur repérable et délimité de la réalité, même si elle n'en tire pas les mêmes conclusions. Dire que l'économie est l'essence des rapports sociaux ce n'est pas lui conférer un secteur de réalité dans ces rapports, c'est avoir par la connaissance prise sur cette réalité, et c'est considérer les formes d'apparition non comme des apparences à réduire (économisme) ou un autre coin de la réalité (causalité fluctuante) mais comme la seule existence réelle de cette essence. Il n'y a pas là d'idéalisme, de processus de réalisation ou de révélation de l'essence, il y a deux objets différents, on ne confond pas une essence qui est une connaissance, un concret de pensée, avec des existences. Mais alors nous avons reconnu comme inhérent à la théorie un angle mort dans son appréhension des existences et c'est la théorie elle-même qui produit et délimite cet angle mort à l'intérieur d'elle-même. L'économie dont il est ici question, en tant qu'essence des rapports sociaux de production, c'est l'économie comme produit théorique de la critique de l'économie politique et non l'objet de l'économie politique qui comme champ particulier existe bel et bien comme les conditions de la reproduction des rapports de production objectivées du côté du capital et possède sur cette reproduction une terrible efficacité. Mais cette existence n'est pas le donné allant de soi qu'elle prétend être (elle n'est qu'un moment de la reproduction du rapport d'exploitation en ce que ce rapport est subsomption) en cela elle n'est pas la réfutation mais la confirmation du fait qu'en tant qu'essence des rapports de production l'économie n'est pas un secteur particulier de la réalité. Dire qu'en tant qu'essence l'économie n'est pas un secteur particulier de la réalité ne signifie pas qu'au niveau des existences empiriques il n'y ait pas un moment de la réalité de la reproduction des rapports sociaux qui soit économie (nous avons défini plus haut ce moment). Dire qu'en tant qu'essence l'économie n'est pas un secteur particulier, c'est refuser à l'économie telle qu'elle existe dans la reproduction de tous les jours des rapports sociaux de production toute prétention à l'autonomie, on ne peut faire la théorie de ce moment particulier sans mettre en question le découpage que ce moment instaure dans la réalité sociale, c'est le reconnaître pour dire que ce moment n'a pas en lui-même sa raison d'être, son fondement. . C'est là qu'avoir défini l'économie comme essence (concret pensée) des rapports sociaux est prise sur la réalité immédiate de ces rapports. Si l'on se défait d'une conception empiriste ou idéaliste de l'essence, dire que l'économie est l'essence des rapports sociaux de production dépasse le dilemme du déterminisme et de l'action. Cela permet en outre (en plus de reconnaître l'économie comme moment particulier tout en lui déniant la prétention à l'autonomie et de rejeter la problématique des déterminations entre secteurs) de donner un sens (n'ayons pas peur des mots) au passé et au présent de la lutte des classes, d'effectuer une prévision de son avenir et, dans cette prévision de délimiter théoriquement ce qui ne peut être connu sans définir l'inconnu (l'angle mort) comme une somme d'existences aléatoires comparer à l'essence connue. Ce sont les critères qui définissent le connu qui délimite l'inconnu. Le propre tant de l'économisme que de la causalité fluctuante est de confondre l'économie comme essence et l'économie comme secteur particulier. L'économisme veut faire jouer au secteur particulier par rapport à l'ensemble de la vie sociale le rôle que l'empirisme ou l'idéalisme attribue à l'essence (la réalité vraie sous les apparences et les dissolvant), il n'y a plus d'angle mort, la causalité fluctuante accepte la confusion mais refuse la causalité contraignante qui résulte de sa confusion entre l'essence et le secteur particulier, l'angle mort a tout absorbé, c'est un trou noir. Comme, pour elle, le secteur particulier c'est immédiatement l'essence, elle ne peut accepter les conséquences de sa confusion, ce qui l'amène à du bricolage théorique quant elle voit la relation comme le combat entre le déterminisme et la liberté, la lutte défensive et la lutte révolutionnaire, l'appartenance du prolétariat à ce " monde " mais aussi à un autre chose pouvant relever de l'histoire ancienne, de l'anthropologie, de la société en général, ... elle fluctue car ce qui lui échappe et ne peut que lui échapper c'est la nature réelle de l'économie comme secteur particulier.
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