Rupture dans la théorie de la révolution
vendredi 22 novembre 2002
La formation à partir de 1995 d'un mouvement démocratique radical se développant rapidement à l'échelle mondiale et aussi vite contesté de l'intérieur comme réformiste ou citoyenniste a prouvé que la lutte des classes n'a pas disparu avec le « vieux mouvement ouvrier » programmatique et que l'effondrement du capitalisme bureaucratique ne signifie nullement l'éternisation de l'exploitation capitaliste sous sa forme « pure », c'est-à-dire concurrentielle.
Trois grandes questions se dégagent des débats en cours.
La révolution a-t-elle pour contenu la réappropriation des « richesses » ou l'abolition de la valeur ?
Surgit-elle comme un dépassement immédiat de l'aliénation ou se produit-elle comme un dépassement médiatisé par la crise du rapport d'exploitation ?
Est-elle le fait d'une vague « multitude » humaine posant face à elle le capital comme pure extériorité ou celui d'une classe définie dans le rapport capitaliste, le prolétariat, quand il entre en contradiction avec sa propre action en tant que classe ?
Or ces trois questions font écho à celles posées dans une situation très différente par certains groupes théoriciens issus de l'ultragauche marxiste ou de l'anarchisme après 1968, quand le programme de gestion ouvrière du capital se décomposait sous l'effet du refus du travail.
Il ne s'agit donc pas dans cette anthologie de présenter les matériaux d'une quelconque « archéologie » de la révolution prolétarienne. Par la médiation ou le « détour » d'une reprise critique des acquis théoriques du mouvement post-soixante-huitard, c'est de nous, maintenant, qu'il s'agit.
De la communisation, c'est-à-dire de l'abolition sans transition du capital comme dépassement produit des limites de nos luttes actuelles.
De la théorie, comme contenu et production du processus révolutionnaire, comme auto compréhension du processus, et non plus comme sa « vérité » ou sa raison transcendante.
Ce qui implique la critique de l'idéologie de la révolte que produit dans son immédiatisme subversif et dans sa naïve identification du communisme à l'essence ou la nature humaine la mouvance anti -citoyenniste.
Avec ce livre, les individus associés dans les éditions Senonevero veulent seulement contribuer à la clarification du débat, qui reste de toute manière ouvert, puisque le cours des luttes retravaille sans cesse questions et réponses.
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